Dans ce tableau, on remarque des notes et un dessin émanant d’un proche de Cindy Dumais, un homme qui lui annonce qu’il est parti à la chasse aux souris. Elle l’a représenté à l’aquarelle en utilisant uniquement les couleurs figurant sur sa correspondance.

Des notes manuscrites transformées en portraits

Puisqu’une bibliothèque représente l’équivalent d’une cathédrale pour les mots, le lieu par excellence pour en apprécier la portée, il était logique que l’exposition Les Convers (at) ions de Cindy Dumais y fasse escale. Fruit d’un projet qui s’est matérialisé en 2016, elle est présentée à la bibliothèque municipale de Jonquière jusqu’au 24 mars et offre aux visiteurs l’occasion de découvrir comment des lettres et des notes manuscrites, même les plus modestes, peuvent constituer une source d’inspiration.

Pour la voir, il suffit de se rendre au rez-de-chaussée, au-delà du comptoir du prêt. Un premier cadre à l’intérieur duquel sont regroupés des dizaines de messages donne le ton. Il est accompagné d’un texte évoquant la démarche de l’artiste originaire de Dolbeau. Elle a pour objet d’explorer la notion d’identité, de cerner les limites de la condition humaine, au moyen de documents collectionnés pendant une dizaine d’années.

Chacun des tableaux accrochés dans cet environnement est consacré à l’un des proches de Cindy Dumais. On ne précise pas la nature des liens, mais plusieurs des messages émanent de collègues et d’amis. Certains n’ont qu’une fonction utilitaire, confirment un rendez-vous, disent où laisser la clé du logis au moment de quitter. D’autres épousent un ton plus personnel.

« Bonne soirée. Danse bien ! » « Cindy, j’ai déclaré la guerre. Aux souris ! » « Au Japon, on riz beaucoup ». L’humour est aussi présent que la sollicitude dans ces communications et l’artiste complète les échanges en créant un portrait de la personne en cause. Réalisé à l’aquarelle, il est accompagné d’une grille de couleurs définie par les messages. Seule la couleur du papier utilisé par ses correspondants, ainsi que de l’encre ou du crayon, était permise, une contrainte qui, bien sûr, ajoute une couche de sens au projet.

Ces portraits-mémos, pour reprendre l’expression de Cindy Dumais, empruntent à l’esthétique des photos que les sujets ont placées sur leur profil Facebook. À défaut de voir ces clichés, on s’amuse à tracer des liens entre les portraits et les textes. Le chasseur de souris affiche ainsi un teint gris, semblable à celui des rongeurs. Quant à l’amie qui mange de la crème glacée en Sibérie pour combattre la chaleur (oui, ça se peut), elle est représentée par un lapin surmonté d’une boule rose évocatrice d’une glace aux fraises.

La délicatesse des portraits impressionne, d’autant qu’ils sont tout petits, coincés dans la partie inférieure des tableaux. L’un des plus réussis montre une femme portant un enfant presque transparent à l’aide d’un bras, tandis que l’autre main est refermée sur une balle rose dont on retrouve l’écho discret sur ses lèvres. L’expression de contentement que laisse voir son visage est si réussie qu’on a l’impression de voir une photo prise à l’insu du sujet.

Précisons que pour mieux apprécier cette exposition, on peut lire un document mis à la disposition des visiteurs. Et les personnes qui veulent pousser plus loin le plaisir de la découverte peuvent participer à un atelier qui aura lieu le 19 janvier, à la salle polyvalente de la bibliothèque (on réserve au numéro 418 698-5350, poste 4151). Tenue de 13 h 30 à 15 h 30, cette activité baptisée À la manière de... Cindy Dumais permettra aux gens de créer une œuvre épousant des paramètres semblables à ceux de Convers (at) ions.

C’est ici que commence l’exposition Les Convers(at)ions, de Cindy Dumais. Dans le premier tableau, qui accompagne le mot de présentation, elle a regroupé des notes, des lettres manuscrites, collectionnées pendant une dizaine d’années. Elles servent de point d’ancrage à des portraits de leurs auteurs réalisés à l’aquarelle.