L’écrivaine Rachida M’Faddel a présenté Résidence Séquoia et Lettres aux femmes d’ici et d’ailleurs avec les coauteures du recueil, Christiane Pilote, Céline Larouche, Françoise Jobin, Jacinte Lavoie et Danielle Hébert.

Des lettres du Saguenay aux femmes du monde

Hiver 2016. L’auteure Rachida M’Faddel enseigne un cours sur l’islam et la révolution arabe à l’Université du Québec à Chicoutimi, suivi par une soixantaine de personnes, dont plusieurs étudiants de l’Université du troisième âge (UTA). Une session marquée par l’ouverture et le partage entre deux cultures, et qui a donné naissance au recueil Lettres aux femmes d’ici et d’ailleurs.

Publié en 2017 aux Éditions Fides, il comprend une trentaine de textes, signés par des hommes et des femmes, comme la chroniqueuse Nathalie Petrowski, la députée Rita de Santis, la chanteuse Lynda Thalie et une douzaine d’étudiants saguenéens. C’est grâce à eux que l’idée a émergé, dans la volonté de poser un geste concret pour la fin de leur session. L’UTA réunit des membres âgés de 50 à 85 ans, soucieux d’étoffer leurs connaissances générales.

« C’est le projet humaniste le plus enrichissant que j’ai vécu avec l’UTA », assure la codirectrice de l’ouvrage, Céline Larouche, qui tenait ce rôle avec l’écrivaine d’origine franco-marocaine Rachida M’Faddel.

Cette dernière a vécu quelques années entre Montréal et Saguenay, et demeure bien attachée à la région, où elle s’est sentie aussi bien accueillie que dans la métropole. Elle était de passage récemment pour présenter son nouveau livre, Résidence Séquoia (voir autre texte). C’était aussi l’occasion de se remémorer l’histoire derrière le recueil dont les droits sont remis au Centre de femmes d’ici et d’ailleurs. L’organisme montréalais, qui a pour mission de développer l’autonomie des femmes de toutes les origines, a ainsi reçu près de 2000 $ en 2017.

« Ce sont vraiment des gens de cœur qui ont participé au livre, décrit Rachida M’Faddel. Des gens qui croient à un Québec inclusif. Certains ont écrit à leur mère, à leur fille, aux immigrantes, aux femmes qui portent le voile… C’est très varié et empreint de liberté. Il peut y avoir de la critique, mais d’une manière respectueuse. »

L’auteure a déjà écrit sur le thème de l’immigration (Le destin d’Assia, Le mirage canadien et Regards croisés, paroles de femmes : trois générations, trois religions). « Je le fais toujours pour porter un message, confie celle qui a été touchée par l’ouverture de ses étudiants par rapport à l’islam. C’est un sujet qui reste un peu tabou. »

Après la visite d’une mosquée, les thèmes du vivre-ensemble et de la place des femmes ont été largement discutés. La composition des lettres devenait la continuité logique du cours. « Mon éditeur a tout de suite accepté », se rappelle Rachida M’Faddel. La sienne porte sur sa détresse vécue après la mort de sa mère.

L’écrivaine affiche encore une belle complicité avec ses élèves saguenéennes rencontrées par Le Quotidien. Il y a, par exemple, Jacinte Lavoie, secrétaire de l’UTA, qui a écrit sur les forces complémentaires des hommes et des femmes. La présidente du groupe, Danielle Hébert, cosigne un texte retraçant l’histoire féministe du Québec. Enseignante à la retraite et mère de trois fils, Christiane Pilote a dédié ses mots touchants à Marianne, la fille qu’elle n’a jamais eue. « Je lui écris de temps en temps pour qu’elle ne m’oublie pas. »

Et il y a encore bien d’autres réflexions à découvrir dans Lettres aux femmes d’ici et d’ailleurs, où « ici », c’est un peu le Saguenay.

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À L'IMAGE DU QUÉBEC D'AUJOURD'HUI

L’écrivaine Rachida M’Faddel aurait bien aimé voir sa mère vieillir, elle qui est décédée en 2012 à l’âge de 68 ans. Pour se consoler, elle a imaginé Résidence Séquoia, une maison de retraite où les pensionnaires sont d’origines diverses, « à l’image du Québec d’aujourd’hui ».

La Québécoise d’adoption a présenté récemment son roman aux pensionnaires de Chartwell Villa Chicoutimi, une des premières conférences d’une tournée à travers des résidences de la province. Même si les personnages ont des noms comme Shiraz, Rajesh ou Patricio, leur quotidien doit sûrement ressembler un peu à celui des résidants.

« À Montréal, il y a des gens de toutes les cultures qui vont à la garderie ensemble, qui étudient à l’école ensemble, qui travaillent ensemble. Forcément, ils vieillissent aussi ensemble. Pour moi, c’est une chance de pouvoir vivre longtemps avec ceux qu’on aime », croit Rachida M’Faddel.

À la mort de sa mère, l’auteure a visité des résidences pour personnes aînées, comme si elle cherchait un peu celle qui l’avait quittée à travers toutes ces rencontres. « Ces endroits ont parfois une certaine réputation. Pour moi, ce n’est pas un mouroir, mais un lieu de vie », souligne la dame.

Il y a une trentaine d’années, Rachida M’Faddel, alors journaliste en France, avait réalisé des entrevues avec des aînés d’une résidence pour qu’ils lui racontent leurs souvenirs. « J’avais trouvé ces gens tellement intéressants. Je crois que cette expérience est restée dans mon subconscient tout ce temps. »

Dans le roman, les personnages vivent toutes sortes de péripéties à travers le regard d’Enzo, qui peut surnommer une voisine « la tente » en raison de son voile ou appeler un autre résidant « le pot de fleurs » pour son turban.

Un deuxième tome devrait prochainement suivre ce livre aux éditions Fides. « Il y a aussi un producteur canadien intéressé pour en faire un film », indique Rachida M’Faddel.