Denys Tremblay défie la passage du temps en effectuant un retour marqué au centre dactuel Bang de Chicoutimi, jusqu’en septembre.

Denys Tremblay, roi un jour, roi toujours

«J’ai 68 ans, un âge où on tombe dans un exil intérieur. On en a assez vu», laisse échapper Denys Tremblay au cours de l’entrevue accordée au Progrès. Si on suit cette logique, le désir de produire de nouvelles oeuvres comme celles qui sont rassemblées au centre d’art actuel Bang de Chicoutimi, jusqu’au 19 septembre, n’aurait pas dû s’imposer à lui. C’est pourtant arrivé, et là réside la dimension la plus émouvante de ce projet.

Ce qui a poussé le professeur retraité à défier le passage du temps, en effet, ce sont les encouragements prodigués par ses anciens élèves. Formés à l’UQAC, certains sont devenus enseignants, alors que d’autres sont engagés à 100% dans la création. Ils demeurent attachés au maître dont les cheveux roux ont tourné au blanc, tellement que plusieurs, parmi eux, lui ont passé des commandes.

Denys Tremblay présente l’une de ses créations récentes, laquelle réfère à une célèbre photographie captée au Vietnam en 1969. Aux deux extrémités, on remarque des images associées aux aventures de L’Illustre Inconnu, le personnage qu’il a incarné jusqu’à l’émergence du roi Denys 1er en 1997.

«Créer, on ne décide pas ça. Or, il y a des gens qui ont exprimé le voeu que ça continue, mon affaire, qui ont voulu acheter des oeuvres. C’est une chose que je trouve gratifiante», confie l’artiste saguenéen. Un voile d’émotion enveloppe ces phrases, mais l’homme n’est pas du genre à s’épancher longtemps. Explorant les deux salles où Bang lui offre l’hospitalité, le voici qui décrit le contenu de l’exposition baptisée Le retour du Roi.

L’élément qui attire l’attention, infailliblement, c’est celui qui se rapporte à L’autre Fabuleuse histoire du Royaume. C’est l’un des deux volets du rendez-vous estival, celui qui réfère le plus directement au règne de Denys 1er de L’Anse. Dans la foulée du référendum qui a donné naissance à la monarchie municipale de L’Anse-Saint-Jean, en 1997, des objets à portée symbolique ont été fabriqués par des artisans de la région. La couronne, l’épée à deux manches, la Toge du Grand protocole et plein d’autres choses.

Parmi les souvenirs du règne de Denys 1er, il y a ce livre d’or qu’on peut voir au centre Bang.

«Les visiteurs découvriront qu’on peut avoir des rapports différents avec le pays, Dieu ou la collectivité. C’est possible parce que les artistes leur offrent d’autres visions du monde, celle d’un roi qui prête allégeance au peuple, plutôt que l’inverse, par exemple. C’est ce qui me fait dire que Denys 1er est un vrai roi, en même temps qu’une vraie oeuvre d’art. Il n’y a pas de distance entre les deux», énonce Denys Tremblay.

Que le règne ait pris fin parce que des citoyens ont rué dans les brancards ne trouble plus sa sérénité. «Ça ne mourra jamais», croit même l’ancien souverain. Ce que lui inspire cette aventure, de même que les oeuvres récentes qui en ont découlé, c’est un constat autrement plus réjouissant, l’idée que le Saguenay–Lac-Saint-Jean constitue un territoire où on ne craint pas de rêver grand.

Les personnes qui s’intéressent à l’histoire de l’art aimeront explorer la salle où Denys Tremblay offre son interprétation personnelle, appuyée sur des oeuvres majeures comme Le déjeuner sur l’herbe, de Manet, et Fontaine, de Marcel Duchamp.

«Le lac Saint-Jean est une mer. Nos rivières sont des fleuves et notre matière première, ce sont les artistes», avance Denys Tremblay, qui reste convaincu que l’avenir du monde viendra de la périphérie. «Ceux qui étaient ignorés, marginalisés, prennent enfin leur place», note-t-il en mentionnant les communautés autochtones, les minorités sexuelles et le Québec des régions, celui qui a porté la CAQ au pouvoir.

Les nouvelles oeuvres proposent une relecture de l’expérience monarchique. Elles consistent en des fresques numériques où Denys 1er cohabite avec l’Illustre Inconnu, le premier personnage campé par l’artiste, ainsi que des références à la guerre du Vietnam, à la Résistance française et, plus subtilement, au rôle équivoque que peuvent jouer les médias.

Dans la deuxième salle, par ailleurs, on trouve le volet de l’exposition intitulé Une autre histoire de l’art. Des oeuvres imprimées sur tissu servent de support à une réflexion qui réveille le professeur en Denys Tremblay. Présentées pour la première fois il y a deux ans, à Baie-Saint-Paul, elles offrent une interprétation originale de l’histoire de l’art qui, inévitablement, ramène le visiteur au temps de la royauté.

«Le référendum qui a permis la création de la monarchie municipale, c’est une communauté qui a posé un geste fort. C’est comme si le virtuel devenait réel et même aujourd’hui, la monarchie est «inarrêtable». Dans un avenir rapproché, on verra apparaître une cryptomonarchie», laisse entrevoir Denys Tremblay en affichant un air mystérieux.