Une bonne partie de la distribution de La chute de l’empire américain s’était déplacée. De gauche à droite, Rémy Girard, Maripier Morin, Alexandre Landry, Patrick Émmanuel Abellard et Pierre Curzi posent au centre-ville de Chicoutimi.

Denys Arcand, loin du déclin

Réunis mercredi pour la première projection saguenéenne de La chute de l’empire américain,plusieurs membres de l’impressionnante distribution du dernier film de Denys Arcand étaient de passage à Chicoutimi. Les nouveaux venus (Maripier Morin, Patrick Émmanuel Abellard) et vétérans du grand écran (Rémy Girard, Pierre Curzi) en ont profité pour raconter leur expérience de tournage, de même que leurs impressions sur le film, qui stigmatise le rôle de l’argent et questionne l’importance du capital en tant que valeur.

N’ayant, mis à part le titre, aucune filiation avec le tryptique qu’avait débuté Le déclin de l’empire américain (complété avec Les Invasions barbares et L’âge des ténèbres), La chute de l’empire américain tourne autour d’un doctorant en philosophie (Pierre-Paul Daoust, campé par Alexandre Landry) tombant sur une impressionnante somme d’argent, qu’il conserve à la suite d’un bracage s’avérant fatal pour ses auteurs. La suite entraîne les cinéphiles dans les dédales qu’emprunte le personnage principal afin d’assumer son geste et de faire disparaître son délit. Le titre original du film a d’ailleurs longtemps été Le triomphe de l’argent, à l’image de la réflexion omniprésente sur le concept dans le long métrage.

Acteurs récurrents dans l’œuvre de Denys Arcand, Rémy Girard et Pierre Curzi confient ressentir un plaisir renouvelé à chaque collaboration avec le cinéaste québécois.

Collaboration en symbiose
Interprètes habitués des productions d’Arcand, Pierre Curzi et Rémy Girard confient que cette enième collaboration avec le réalisateur québécois n’a que peu lien avec leur présence dans la trilogie du Déclin, mais davantage avec le plaisir et la reconnaisssance de leur talent de comédiens par Arcand.

« On aime travailler avec lui et lui nous aime comme interprètes, et à la longue se sont développés des liens disons spéciaux », confirme Pierre Curzi, précisant que si l’amitié est bel et bien présente, une familiarité cinématographique tient aussi les liens tissés serrés. Son collègue Rémi Girard est du même avis.

Maripier Morin y signe une première apparition au cinéma.

« Il y a une compréhension et une aisance quasiment dès la lecture du scénario. Avec les années, on comprend son humour et ses visées », complète Rémy Girard, dont le rôle de Sylvain «the brain» Bigras lui confère un rôle à cheval entre l’homme d’affaires et le motard, qui ponctue son discours d’observations philosophiques sur les forces de l’ordre et leur fonctionnement.

Les artistes aux impressionnantes feuilles de route sont aussi unanimes envers la compréhension de leur rôle respectif lorsque Denys Arcand est derrière la caméra. « On sait déjà pas mal comment ça va sonner avant même d’arriver sur le plateau de tournage. Et je crois que Denys le sait très bien aussi », avoue Pierre Curzi, maxime à laquelle Rémy Girard s’empresse d’acquiescer.

Livreur pour joindre les deux bouts, l’intellectuel Pierre-Paul (Alexandre Landry) se retrouve avec deux sacs de sport remplis de billets de banque.

« Denys a toujours dit qu’une fois sa distribution complétée, 50 % du film était fait », finalise celui qui campe le père de la célèbre famille Bougon. Il ne cache pas non plus que les rôles de Me Wilbrod Taschereau, le fiscaliste que joue Curzi. et son rôle de motard ont probablemement été écrits pour eux.

Transmission
La brochette de vedettes qui apparaissent dans La chute de l’empire américain, de Claude Legault en passant par Maxim Roy et Louis Morissette, a donné lieu à une transmission entre générations de l’art de l’interprétation.

« Il est rare que le transfert générationel pose problème, au contraire. C’est une tradition issue du théâtre et on en a aussi profité à nos débuts. C’est un art qui ne se fait pas seul, l’interprétation. Et, sur un plateau, on a tous intérêt à ce que tout le monde soit bon » explique Curzi.

À cet effet, la présence des ténors du cinéma québécois a laissé soufflé quelque peu le réalisateur, qui a fait confiance à Maripier Morin, à ses premières armes au cinéma, pour le rôle féminin principal.

Plusieurs générations de comédiens opèrent dans La chute de l’empire américain, dynamisant la qualité du jeu.

Comme un polaroid

« C’est comme un instantané de la société dans laquelle on vit actuellement. Dans un film de Denys Arcand, il y a la trame narrative, puis il y a les idées bien ciselées, qui portent à réflexion, mais sans que le jugement ou la morale viennent avec », analyse Rémy Girard à propos de l’aspect symptomatique typique des films d’Arcand qu’on retrouve une fois de plus dans La chute de l’empire américain. 

En jetant un regard sur son personnage, celui qui a campé Stan (l’entraîneur des Boys) lance une analyse pertinente sur le film. 

« Il est question d’argent dans celui-ci, mais les deux côtés de la médaille sont explorés. Voici ce qui peut survenir de pire avec l’argent (paradis fiscaux, blanchiment d’argent), et voici aussi ce qu’on peut en faire de merveilleux (charité, compassion). Ça lui permet de faire un panorama étonnant comprenant tous les aspects d’un concept », conclut Rémy Girard.