<em>Lights Out</em>, de Guillaume Lachapelle.
<em>Lights Out</em>, de Guillaume Lachapelle.

Déjouer les sens, une expo qui porte très bien son nom

Une partie du Centre national d’exposition (CNE) de Jonquière est retournée à l’âge du bronze, ce qu’il ne faudrait pas interpréter comme une régression. Ce serait même le contraire, puisque la salle qui abrite l’exposition Déjouer les sens montre à quel point ce métal se prête à toutes les audaces, toutes les fantaisies.

Sitôt la porte franchie, l’oeil se pose ainsi sur Lights Out, une oeuvre de Guillaume Lachapelle qui, comme la plupart de celles qui lui tiennent compagnie, a été réalisée en 2017. Cette sculpture très réaliste, en dépit de son caractère fantastique, montre un preux chevalier sur sa monture, une lance à la main. L’élément extraordinaire tient aux petites maisons, toutes pareilles, sur lesquelles il se dresse. Elles ne dépareraient pas sur une planche de Monopoly.

Les possibilités offertes par le bronze sont infinies, comme l’illustre une création de Kaori Fureta, qui est si petite qu’on peut passer à côté sans la voir. Un corps semble couché sur le ventre. On voit juste les pieds dépasser, puisqu’il est couvert d’une dentelle noire faite de métal. L’illusion est parfaite.

<em>Sans titre</em>, de Kaori Furuta.

Sur un registre similaire, il est facile de confondre les membres posés sur un tronc d’arbre afin d’évoquer une silhouette humaine. Le bras et la jambe produits par Pascale Archambault sont pourtant faits du même métal que la monnaie antique. Ils font partie d’un ensemble intitulé Parasites/Le chant du cygne.

L’exposition montée par la commissaire Émilie Granjon, à l’invitation du Centre d’art Jacques-et-Michel-Auger de Victoriaville, témoigne du degré de raffinement que peut atteindre la fonderie d’art. Les techniques utilisées à l’Atelier du Bronze d’Inverness, un autre des partenaires, font merveille sur Réminiscence d’un murmure.

Cette oeuvre de Chantale Brulotte est formée de plaques de métal suspendues à quelques centimètres du plancher. On remarque d’abord les fils métalliques, très fins, qui les tiennent en place. Puis, on les trouve bien poétiques, presque fragiles, ces minces surfaces, plutôt irrégulières, faisant penser à des roches plates.

<em>Réminiscence d’un murmure</em>, de Chantale Brulotte.

Tout aussi émouvant, mais d’une manière différente, L’Homme-Soleil, de Jordi Bonet, se déploie sur une hauteur de près de dix pieds, le long d’un mur. Cette fois, c’est l’aluminium qui a été utilisé afin de reproduire une immense pièce de céramique conçue par l’artiste catalan entre 1973 et 1975.

Huit soleils semblables à des tournesols y dominent une figure christique, alors que le mot « Oui » est gravé sur sa poitrine. Le fait que cette sculpture épouse la forme d’une croix rappelle à quel point cet artiste a été actif dans les églises de la région, notamment à Saint-Raphaël, voisine du mont Jacob.

<em>L’Homme Soleil,</em> de Jordi Bonet.

D’autres personnages se révèlent tout aussi étranges, dont ceux imaginés par Paryse Martin sur La mécanique des incertitudes. À côté d’un rapace, elle a placé un grand lapin dont le corps laisse passer des branches sur lesquelles se sont posés de petits oiseaux. Son ventre ouvert lui donne une allure fantomatique, vaguement inquiétante. Mange-t-il seulement des carottes ?

<em>La mécanique de l’incertitude</em>, de Paryse Martin

Et puis, comment ne pas mentionner L’amour propre, de Catherine Bolduc ? Cette oeuvre, on l’entend avant de la voir, puisque le dispositif qui lui prête vie est assez bruyant. Il permet de voir des formes colorées – des genres de branches, des personnages – dont le charme est irrésistible.

<em>L’amour propre</em>, de Catherine Bolduc.

Le plus étonnant est que si vous regardez derrière l’écran blanc en polyester qui leur sert d’écrin, c’est tout aussi joli. Des statuettes, de même que des flacons de parfum rouges et ambrés, forment un décor dans lequel on a envie de plonger. Il faut cependant se hâter pour découvrir cette oeuvre, puisque Déjouer les sens complétera son séjour au CNE le 23 août.

<em>Mascarade</em>, d’Aline Martineau.