Randy Bachman sait qu’il défie le temps, comme tous les musiciens qui donnent des concerts rock à un âge avancé. Il l’a démontré une nouvelle fois samedi dernier, lors de son passage sur la Zone portuaire de Chicoutimi.

Déjouer le temps

BILLET / «Nous trichons avec l’âge, avec le temps », m’avait confié Randy Bachman au cours d’une entrevue téléphonique réalisée au printemps. J’ai gardé cette phrase en tête au moment de couvrir le spectacle qu’il a présenté samedi dernier, sur la Zone portuaire de Chicoutimi, à l’occasion du Festival international des Rythmes du Monde. Pendant un peu moins de 90 minutes, l’ancien des Guess Who et de Bachman-Turner Overdrive a refait ses classiques en chantant, mais surtout, en assumant les parties de guitare les plus importantes, celles que j’oserai qualifier de patrimoniales.

À son arrivée sur la scène, l’homme de 75 ans faisait son âge. Il regardait peu la foule, comme si toute son énergie était tournée vers son instrument. On l’a aussi entendu chanter, mais sa voix était peu audible. Les solos étaient impeccables, cependant, et plus le temps a passé, plus Randy Bachman s’est animé. C’est comme si la magie du rock’n roll avait provoqué une métamorphose chez le vétéran. Sentant que le public était pleinement engagé, surtout dans les premières rangées, où plusieurs connaissaient les paroles de pièces aussi anciennes que These Eyes, il agitait le poing pour ponctuer une phrase, s’exprimait avec plus d’autorité.

Je me suis alors souvenu d’un autre passage de l’entrevue, où il avait été question de la préparation physique que nécessite une tournée nationale comme celle dans laquelle le guitariste est engagé. Puisque des artistes beaucoup plus jeunes tirent de la patte après quelques semaines passées sur la route, lui, comment il fait pour tenir la forme ? « C’est sûr qu’il y a de l’usure, d’où l’importance de se préparer pour la scène de la même façon qu’on le ferait pour un combat. Parce qu’après, on est endoloris », m’avait raconté Randy Bachman.

Son truc pour garder la machine en état, c’est de mener une vie saine, tout en soumettant son corps à des masseurs professionnels. « J’en ai dans différentes villes du pays et je vais les voir quand je suis dans le coin. C’est aussi ce que font des gens comme Bon Jovi et Bob Seger. Eux, ils sont traités chaque jour, comme des athlètes. Parce que ce sont des réalités comparables », avait énoncé l’homme derrière American Woman, Taking Care Of Business et plein d’autres immortelles du rock canadien.