Même à l’âge de la retraite, Gatien Moisan est demeuré actif en tant qu’artiste. Il a participé à plusieurs expositions qui ont fait date, dont une rétrospective présentée au Centre national d’exposition de Jonquière.

Décès de l'artiste Gatien Moisan

Gatien Moisan n’est plus. Cet homme dont la carrière fut exemplaire, dont l’esprit créatif est demeuré foisonnant à l’âge où le commun des mortels trace des plans de retraite, est décédé le 15 novembre, à l’âge de 80 ans. Ainsi a pris fin un parcours artistique dont l’origine remontait au début des années 1960, au temps de ses études à l’École des beaux-arts de Québec, où le peintre Jean-Paul Lemieux fut l’un de ses maîtres.

Ce fils de Saint-Raymond-de-Portneuf s’est établi au Saguenay peu de temps après avoir obtenu son diplôme, en 1962. Longtemps, il s’est consacré à l’enseignement des arts, tout en menant en parallèle une démarche personnelle. « J’ai présenté ma première exposition solo en 1967, au restaurant Gosselin de Kénogami. Elle était chapeautée par l’Institut des arts du Saguenay », avait-il raconté à l’auteur de ces lignes en 2014.

Clin d’œil du destin, l’entrevue s’était déroulée au Centre national d’exposition (CNE) de Jonquière, héritier de la mission jadis assumée par l’Institut des arts et celle qui en présidait la destinée, Pierrette Gaudreault. Cinq ans plus tôt, le CNE avait accueilli sa rétrospective. Puis, Gatien Moisan était retourné au mont Jacob à la faveur de l’exposition MOI, où plusieurs œuvres faisaient écho à sa fascination pour le corps humain. Nu, de préférence.

« Dans la société d’aujourd’hui, le corps est important. On a le culte de l’hédonisme. Or, ce n’est pas d’hier que je travaille avec mon corps. J’étais là avant, mais différent, et je considère qu’une œuvre d’art, c’est une mise à nu », avait-il énoncé devant des photographies miniatures le représentant dans le plus simple appareil. Leur format avait été inspiré par l’artiste Marc Séguin, dont une exposition regroupait des toiles imposantes.

Ce tableau représentant Roger Bertrand, le 39e président de l’Assemblée nationale du Québec, a été réalisé par Gatien Moisan en 1997.

« En voyant ses œuvres, on avait le réflexe de reculer, mais je souhaitais que les gens se rapprochent de moi, qui suis nu sur mes photos. Ça ne me dérange pas de l’être, mais aujourd’hui encore, il y a des personnes que ça dérange », constatait cet esprit libre, dont l’audace s’est manifestée une nouvelle fois, de manière différente, lorsque le 39e président de l’Assemblée nationale du Québec, Roger Bertrand, lui a demandé de produire son portrait officiel.

Réalisée en 1997, l’œuvre en question représente l’édifice du parlement avec, en filigrane, des fleurs de lys et la silhouette du président assis sur sa chaise de fonction. On remarque également que la tête de Roger Bertrand est reproduite trois fois, formant une sorte de frise. D’après la description officielle, c’était pour illustrer l’importance du rôle assumé par le président.

Cette commande témoigne du fait que la renommée de Gatien Moisan dépassait les limites de la région, ce que confirment les expositions présentées à Québec, Ottawa, Montréal et Toronto au fil de sa carrière. Notons aussi que des œuvres ont été acquises par différentes institutions, dont le Musée d’art contemporain de Montréal et le Musée national des beaux-arts du Québec. L’un des tableaux que celui-ci possède, Au-delà des régions dévorées par le temps, a été créé en 1973, à Sainte-Rose-du-Nord.

Ceux qui l’ont côtoyé garderont le souvenir d’un homme à l’œil rieur, un état d’esprit qui irrigue une part substantielle de son œuvre. Faisant allusion à une période de sa vie marquée par de nombreux déménagements, par exemple, il s’était décrit comme un homme en fuite lors d’une entrevue accordée à la consœur Christiane Laforge, en 2007 : « Ma dernière résidence sera mon urne, quoique là encore, on peut la déplacer ».

Gatien Moisan a été souvent inspiré par sa région adoptive, ce qu’illustre cette toile intitulée Au-delà des régions dévorées par le temps.

Trois ans plus tard, la journaliste a exprimé tout le bien que lui inspirait Gatien Moisan sur le blogue Orage sur océan. « L’intégrité de l’homme est égale à la grande qualité de sa démarche artistique. [...] Gatien est un pur. Une sensibilité hors norme au service d’une maîtrise artistique réconciliant diverses écoles de pensée. Un art contemporain, moderne et futuriste. Un art ouvert sur les temps », avait-elle écrit.

Un ultime hommage sera rendu à Gatien Moisan le 23 novembre à 14 h, à la chapelle du Complexe funéraire de Chicoutimi, situé au 520, boulevard Saguenay Est. À la famille et à ses proches, la section des arts du Quotidien exprime ses sympathies les plus vives.