Non seulement Debbie Lynch-White aime chanter, mais elle a le don de mettre les textes en valeur, ainsi que l’ont constaté les gens qui, vendredi soir, l’ont applaudie au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi.

Debbie Lynch-White et le pouvoir des mots

Le pouvoir des mots, leur charme, la charge émotive, comique, ironique, dont ils sont investis. Ce sont toutes ces choses qu’a fait ressortir Debbie Lynch-White vendredi soir, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi. Présenté dans un cadre intimiste, devant des gens regroupés dans la partie inférieure du parterre, son spectacle intitulé «Elle était une fois» s’est laissé regarder comme un album de photos, un souvenir à la fois.

Chaque pièce a son histoire, en effet, étroitement maillée à celle de l’interprète. Entourée de ses trois musiciens, sous un ballon tenant lieu de lune, elle n’utilise pas les oeuvres pour se mettre en valeur. Au contraire, son approche consiste à ménager sa monture, à réduire le volume de décibels au strict minimum et ce, même lorsque la version originale ouvrirait la porte à tous les débordements.

C’est ainsi qu’«Ironic», le succès d’Alanis Morissette, a été ramené à l’essentiel, une vision de la vie où l’absurdité constitue la règle et non l’exception. Autre titre anglophone, «Dear Mr. President», de Pink, est devenu un air country-folk laissant deviner le genre de conversation que l’auteure aurait voulu avoir avec George W. Bush. «Ça s’applique aussi à ce cher monsieur Trump», a souligné Debbie Lynch-White, sourire en coin.

La comédienne en elle ressort à l’occasion, comme ce fut le cas sur la pièce qui a ouvert la soirée, «La vie d’factrie». À travers sa voix, volontairement dénuée d’effets, on percevait la modestie du personnage imaginé par Clémence Desrochers, une femme touchante, un brin fataliste, qui résume son destin en une phrase: «Je suis pas un sujet à chanson».

En matière de dépouillement, toutefois, la performance la plus mémorable fut celle que Debbie Lynch-White a livrée a cappella, sur l’air d’«Une sorcière comme les autres». Le texte d’Anne Sylvestre était dit, autant que chanté, pendant que l’interprète absorbait toute la lumière, même celle qui, d’ordinaire, enveloppait la lune. Chaque idée, chaque mot, s’en sont trouvés magnifiés.

Le public a accueilli ce tour de force avec enthousiasme. On le sentait disponible pour ce genre de voyage, un pied dans les classiques, un autre dans le plat de chips, puisque le côté givré de la chanteuse fut aussi représenté, ainsi que l’a illustré «Hiver maudit». Ce cri du coeur popularisé par Dominique Michel a été lancé sous une nuée de flocons artificiels, dont certains ont fait tousser l’invitée de Diffusion Saguenay.

Au retour de la pause, elle et ses musiciens ont ajouté un autre grain de folie, cette fois en reprenant «Wannabe», des Spice Girls. Regroupés comme s’ils jouaient dans la rue, ils ont tricoté une version ultra légère, très estivale, en intégrant un soupçon de hip-hop. Les gens ont ri autant qu’ils ont applaudi, alors que sur la pièce suivante, «Destin», ils se sont retrouvés dans la chambre de Debbie Lynch-White à l’adolescence, chantant du Céline par le truchement d’une brosse à cheveux censée représenter un micro.

Autre preuve que le public était allumé, il a fait un triomphe à un succès qu’on n’entend plus guère, «Y’a des mots». «Il est un peu disparu et j’ai décidé de le sortir des boules à mites», a mentionné l’artiste avant de lui redonner tout son lustre. Elle lui a injecté une dose de lyrisme, tout en faisant ressortir la douceur des mots de Francine Raymond, désormais nimbés de nostalgie.

Ce fut l’une des plus jolies trouvailles du spectacle qui, bien sûr, a été couronné par deux hymnes de la Bolduc, «Ça va venir» et «J’ai un bouton sur la langue». «On pouvait pas passer à côté», a reconnu Debbie Lynch-White, qui a démontré sa maîtrise de l’art périlleux de la turlutte. La différence est que ce soir-là, sur la scène du Théâtre Banque Nationale, ce n’était pas du cinéma.