Cette oeuvre du Saguenéen Carl Bouchard a été intégrée à l’exposition Fait main présentée jusqu’à lundi, à Québec.

De l’art à valeur ajoutée

Est-ce de l’art ou de l’artisanat? Il s’agit d’une question familière, du genre qui vient à l’esprit lorsqu’on visite le Salon des métiers d’art du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Certaines oeuvres étonnent par leur audace, se soustraient à toute fonction utilitaire, mais comme elles ne sont pas exposées dans une galerie ou un musée, on hésite à prendre position.

C’est pourquoi l’exposition Fait main présentée jusqu’à lundi, au Musée national des beaux-arts du Québec, est si éclairante. L’objectif consiste à montrer comment l’art s’est nourri de savoirs anciens nécessitant patience, talent et dextérité, en particulier dans les dernières années. Des oeuvres créées au Canada démentent le cliché voulant que les artistes contemporains soient pauvres en habiletés manuelles.

Les plus folles sont celles de Chris Millar, truffées de détails et de sections mobiles, épousant la forme de sculptures extravagantes où le verre cohabite harmonieusement avec le métal. On a beau les examiner longtemps, on a le sentiment d’avoir oublié quelque chose. Tout aussi impressionnant, mais pour une raison différente, le tapis tressé par le Saguenéen Carl Bouchard le montre nu, étendu sur le dos. On y voit un aveu de modestie puisqu’à l’origine, on pouvait marcher sur cette oeuvre, donc sur son auteur.

De son côté, le Jonquiérois Michel Langevin, batteur du groupe Voivod, intervient sur trois vidéos accrochées au mur à la manière de tableaux. Pendant qu’il tape sur ses peaux, son image est multipliée tant de fois qu’on dirait une courtepointe. Autre adepte du métal, mais le vrai, celui qu’on soulève à grand-peine, Clint Neufeld, de la Saskatchewan, présente des moteurs enduits de céramique et peints avec délicatesse, dans des teintes qui se marient bien aux fauteuils antiques sur lesquels ils sont posés.

On constate que les 40 artistes associés à cette exposition ont travaillé fort pour produire leurs créations, qui parlent à quiconque affiche un minimum de curiosité. Plusieurs prêtent à sourire, alors que d’autres font réfléchir. Et comme c’est de l’art comportant une forte dose d’artisanat, on quitte la salle ébloui, mais pas plus fixé qu’avant, parce que la frontière entre l’art et l’artisanat n’a jamais été aussi floue.