Fanny Mallette campe le rôle-titre dans le film Stealing Alice, réalisé par Marc Séguin. Celui-ci sera de passage au Ciné-club de Jonquière, lundi soir, afin de présenter ce long métrage dont le tournage s'est étalé sur 18 mois.

De la belle visite au Ciné-club

Le Ciné-club de Jonquière recevra de la belle visite, lundi soir. Non seulement projettera-t-on le premier long métrage de Marc Séguin, Stealing Alice, mais le réalisateur, qui est également peintre et romancier, sera présent pour échanger avec les spectateurs rassemblés à la Salle François-Brassard, à compter de 19 h 30.
« Présenter Stealing Alice dans un ciné-club correspond à ma vision de l'art. Ça me fait plaisir de recevoir le « feedback » de gens qui connaissent le cinéma », a-t-il énoncé vendredi, lors d'une entrevue téléphonique accordée au Quotidien. Dans son esprit, en effet, il importe de sortir des cadres établis, du fonctionnement de l'industrie tel qu'il s'exerce depuis des temps immémoriaux. 
Sa vision est celle d'un homme qui chérit son indépendance au point d'investir ses propres deniers dans les projets qui l'interpellent. C'est lui qui a financé la production du long métrage et c'est aussi lui qui s'occupe de la distribution. Or, le succès que connaît Stealing Alice depuis la première tenue en septembre, à Montréal, tend à démontrer que cette approche comporte de réels avantages.
« Partout, on le présente à guichets fermés. À lui seul, il a généré plus d'entrées que tous les films d'auteur sortis récemment au Québec », fait observer Marc Séguin. Il y a donc moyen de faire autrement et selon lui, ça vaut également pour le processus créatif. L'idée de pondre un scénario pour aller chercher de l'argent à Québec et Ottawa, par exemple, lui apparaît comme une absurdité.
« Ce système n'est pas normal. Je ne peux pas comprendre qu'un film doive exister au complet, sur papier, avant qu'on puisse le tourner », note le réalisateur. Pour étayer son propos, il mentionne que l'un des personnages dans Stealing Alice, la soeur d'Alice, a pris plus d'importance que prévu. Son interprète devait passer deux jours avec l'équipe, alors qu'elle en a fait 20, au total, en vertu des modifications qui ont été apportées au fur et à mesure que le tournage progressait.
La mise en boîte des images a également détonné par rapport à ce qu'on voit dans le monde du cinéma. Elle s'est étalée sur 18 mois pendant lesquels des scènes ont été créées à Venise et New York, au Vatican et dans le Grand Nord. On a laissé entendre que cette aventure fut éprouvante, une impression que Marc Séguin ne partage pas. « Plusieurs participants m'ont dit que ça avait été le plus beau tournage de leur vie », répond-il.
Se disant privilégié de pouvoir faire vivre les idées qui lui traversent l'esprit, le réalisateur a tellement apprécié cette première expérience qu'il entend récidiver. « C'est sûr qu'il y aura un autre long métrage de fiction », assure Marc Séguin. Dans l'intervalle, cependant, c'est un documentaire sur l'agriculture qui mobilisera son énergie. Il doit sortir en juillet et s'attardera aux pratiques alternatives qui ont cours aux États-Unis et en Europe.
Fanny Mallette, la voix qui a donné naissance à Stealing Alice
Le film Stealing Alice n'aurait pas existé sans un coup de pouce du destin, lequel s'est concrétisé pendant la remise d'un prix littéraire au cabaret Lion d'Or de Montréal. L'un de ses livres était en nomination, mais Marc Séguin savait qu'il ne gagnerait pas. Néanmoins, il a assisté à la cérémonie et fut amplement payé de retour.
« J'ai vu Fanny Mallette effectuer une lecture et j'ai vécu un moment de grâce. Sitôt revenu à la maison, j'ai ouvert mon ordinateur et créé un fichier cinéma à partir de rien. Je voulais faire entendre cette voix », raconte-t-il. C'est donc à partir d'une illumination, de cette seconde d'éternité, que s'est développée la trame de son premier long métrage.
Il met en scène une marchande d'art, Alice, dont la mère est inuite et le père québécois. Écartelée entre ces deux cultures, cette femme dont le rôle est campé, bien sûr, par Fanny Mallette, entreprend de voler des oeuvres d'art pour venger le mal qui a été infligé aux Premières Nations. « Alice a une rage en elle qui vient de ses racines inuits. Elle se pose des questions et pense que l'art pourrait y répondre », souligne le réalisateur de Stealing Alice.
Il ajoute que les oeuvres subtilisées par Alice sont remises à des personnes susceptibles de les apprécier pour leurs qualités intrinsèques, plutôt que pour leur valeur sur le marché. Peintre renommé, Marc Séguin est familier avec la dimension économique de la création artistique, puisqu'elle lui a souri. Malgré tout, il se montre aussi critique que son personnage : « Je me retrouve dans la rage qui l'habite. »
Pour porter cette histoire sur le grand écran, il aurait été tentant de s'appuyer sur un mentor. Ce ne fut pas l'approche préconisée par le réalisateur, toutefois, en dépit de la présence de Denys Arcand sur le plateau en tant que comédien. Loin de jouer à la belle-mère, celui-ci a fait preuve d'une retenue admirable. « Il m'a dit : ''C'est ton projet à toi'' et une fois le film complété, des gens ont apprécié le fait que tout venait de moi. Ça amène une certaine fraîcheur », indique Marc Séguin.