Florence Verreault propose l'oeuvre Bahut Éphebre.

Dans l’intimité des créateurs avec l'Anti-festival

L’Anti-festival des finissants du baccalauréat interdisciplinaire en arts de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), tenu à la Galerie l’Oeuvre de l’Autre, a pris son envol le 19 février et se terminera le 28 février. Au menu ? Oeuvres visuelles, courts métrages et pièces de théâtre, où les bilans semblent être à l’avant-plan d’une démarche artistique centrée sur l’introspection.

Dans la galerie comme sur la scène, les finissants se dévoilent. Les œuvres présentées sont une incursion dans l’intimité artistique des créateurs, mais aussi dans leur vie personnelle. Derrière ce tir commun, aucune thématique. La directrice de la Galerie l’Oeuvre de l’Autre, Nathalie Villeneuve, suppose que la fin d’un parcours académique est propice à l’exercice introspectif.

L’oeuvre de Naomi St-Pierre occupe tout un mur de la Galerie l’Oeuvre de l’Autre.

« Cette année, on sent une synthèse de leur travail, mais aussi de leur vie », commente Mme Villeneuve.

À titre d’exemple, Mme Villeneuve cite l’oeuvre de Florence Verreault, un bahut que l’artiste a conçu elle-même, parsemée d’illustrations et dont les tiroirs sont remplis des cahiers de croquis de l’artiste elle-même, de même que de ses albums photo personnels, ouverts à consultation.

Avec sa série de portraits, Marie-Pierre Gagnon a voulu représenter l’introspection et les changements dans une perspective d’intersectionnalité.

« Elle s’est questionnée pour savoir si elle devait laisser [le bahut] fermé, raconte Nathalie Villeneuve, pour que les gens puissent l’ouvrir eux-mêmes, mais après discussion, elle a décidé de le laisser ouvert. Dans une galerie d’art, les gens ne touchent pas. Le laisser ouvert, ça envoie un message clair que tu permets aux gens d’aller vers toi. »

L’artiste Naomie St-Pierre a choisi, elle aussi, de se dévoiler au public. Remplissant tout un mur de la galerie, son oeuvre attire tout de suite l’oeil, avec ses tissus colorés et ses motifs floraux. En l’observant plus longtemps, on constate des oiseaux morts, des bouts de poèmes.


« Cette année, on sent une synthèse de leur travail, mais aussi de leur vie. »
Nathalie Villeneuve

Pour faire sa gigantesque courtepointe, Naomie explique avoir parcouru les friperies. « Je trouvais ça intéressant de travailler avec quelque chose qui a appartenu à quelqu’un d’autre. »

Le Petit Théâtre de l’UQAC accueillera des pièces de Marie Brisson, Étienne Genest et Marie-Gaëlle Verspecht, tous trois finissants au baccalauréat interdiscplinaire en arts.

Les dessins d’oiseaux, plus fantaisistes, étaient une façon d’ajouter un élément « troublant, mais pas choquant », ajoute-t-elle.

Quant à la poésie, comme Florence, Naomie a eu envie d’ajouter une touche personnelle à son oeuvre. « Au début, je ne voulais pas les intégrer, mais finalement, je trouvais qu’il manquait quelque chose de personnel. »

L’Anti-festival se poursuivra jusqu’au 28 février.

Le processus derrière l’oeuvre a été l’occasion pour elle de revenir à la matière tangible, alors qu’elle évolue habituellement dans le monde des technologies du cinéma.

Marie-Pierre Gagnon présente quant à elle une analyse intergénérationnelle de sa propre famille, grâce à une série de trois portraits représentant son grand-père, sa mère et elle-même. Dentelle italienne et carrelage de mosquée illustrent ces peintures, où introspection et changement sont à l’honneur. Le but de l’exercice ? Montrer les parents au-delà du « rôle » joué par ceux-ci. « J’ai interviewé mes parents tout au long du processus, décrit Marie-Pierre. Briser la façade, montrer qu’on est autre chose qu’un grand-père, qu’une mère. »

Les amoureux du théâtre ne seront pas en reste, alors que plusieurs pièces seront présentées tout au long du festival dans le Petit Théâtre de l’UQAC.

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LE THÉÂTRE ET LE CINÉMA NE SONT PAS EN RESTE

Les amateurs de théâtre auront toute la semaine pour se présenter à la Galerie l’Oeuvre de l’Autre pour assister aux pièces des finissants.

Alors que la pièce À voir, de Marie Brisson, était présentée pendant la première fin de semaine de l’Anti-festival, Café royal d’Étienne Genest et Das ist Berlin de Marie-Gaëlle Verspecht seront présentées les 26, 27 et 28 février, respectivement à 19 h et à 20 h.

Dans Café royal, Étienne Genest invite son père sur scène pour une entrevue en partie improvisée. Avec Das ist Berlin, Marie-Gaëlle Verspecht réinterprète un spectacle de type cabaret. Présentée en allemand, cette pièce expérimentale risque d’interpeller plusieurs amoureux du Vieux Continent.

Cinéma expérimental

Du côté du cinéma, quatre finissants pourront exposer leur projet, dont une fiction narrative et trois films expérimentaux. Finissant en cinéma, Emmanuel Laramée raconte s’être risqué à un court métrage à mi-chemin entre le documentaire et la fiction, lequel met en vedette des personnes de son entourage. « Ce sont des hommes, blancs, de 25 ans. Je sais que dans l’actualité, ce n’est pas ce point de vue qu’on veut entendre, mais ici, on est loin de la masculinité toxique. C’est même le contraire », explique Emmanuel.

Il ajoute avoir exploré plusieurs sujets dans son court métrage, mais qu’aucun n’est abordé de front. « Ce qui ressort, c’est une anxiété, une sensibilité, une vulnérabilité. »

Emmanuel a travaillé plusieurs facettes du numérique, notamment les captures d’écran et les fichiers corrompus. 

Parmi les moyens utilisés par ses confrères et consœurs pour explorer l’esthétique cinématographique, Emmanuel dénote les films argentiques, les VHS et les diapositives, le tout retouché à l’aide des technologies modernes.