La traduction française du roman de Dimitri Nasrallah, Les Bleed, sera disponible en librairie le 28 août prochain.

Dans les rouages d’une révolution

Incursion privilégiée dans la géopolitique, la diplomatie et les tensions d’un régime, Les Bleed de Dimitri Nasrallah prouve qu’il n’y a pas qu’au jeu Risk qu’on est aux premières loges de la destinée – ou de l’effondrement – d’une nation. Sa traduction française sera lancée le 28 août à La Peuplade. Une invitation à vivre une dynastie de l’intérieur qu’on ne peut refuser.

C’est une situation typique, comme le relatent fréquemment les médias : des élections ont lieu sur fond de tension, « aux airs de référendum pour le règne des Bleed ».

Cependant, Dimitri Nasrallah offre avec son récit le coup d’oeil de l’intérieur, des jeux de coulisses discutables du pouvoir en place aux laissés-pour-compte des suffrages et de l’opposition. Ajoutez une précaire dynastie familiale totalitaire, une patrie encore déchirée par deux ethnies sur fond de génocide et une économie basée sur une ressource naturelle abondante et prisée : c’est la poudrière dans laquelle se retrouve le lecteur à l’incipit de Les Bleed... pour son plus grand plaisir.

Le roman a l’originalité de constamment basculer, de chapitre en chapitre, sa narration entre les pensées et gestes d’un père et d’un fils, Mustafa et Vadim Bleed. Cette construction polyphonique permet de rapidement circonscrire le choc des générations qui alimente la relation entre l’ancien dictateur et son successeur, et livre aussi la piètre filiation entre les personnages, pour qui « être ce [qu’ils sont] peut parfois sembler trop lourd ». À cela s’ajoutent des intermèdes médiatiques du quotidien local, mais aussi des billets de blogue ravageurs sur le régime, qui offrent un regard à la fois caustique et analytique sur la liberté d’expression réduite par ces gouvernements oppressifs.

« J’avais débuté la rédaction avec le journal personnel de Mustafa, mais rapidement, j’ai eu la nécessité d’ajouter d’autres voix. Il m’a semblé que de montrer l’extérieur du contexte était nécessaire. J’ai ajouté le journal, puis le blogue, puis la perception de Vadim, qui amenait l’aspect le plus intéressant, la relation père-fils », explique l’auteur, joint par Le Progrès.

Doté de personnages complexes aux liens ténus et fragiles, le thriller politique de Dimitri Nasrallah pousse à complètement s’y plonger, ne serait-ce parce qu’on y a l’impression d’être soi-même un belligérant de la crise qui s’y déroule. Bien tenu en haleine, le lecteur « assist[e] aux ultimes soubresauts sanglants d’une dynastie au seuil de la mort qui préfère tout détruire au lieu de perdre le contrôle. »

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RÉALITÉ OU FICTION?

Bien qu’il s’agisse d’une fiction, le pays des Bleed – Mahbad, et sa capitale, Qala Pratteh – a de nombreuses similarités avec des contrées du Moyen-Orient. « Lorsque j’écrivais Niko, j’avais été bouleversé par le Printemps arabe. Ensuite sont venues les élections en Iran et au Zimbabwe. J’y ai vu matière à roman », avoue Dimitri Nasrallah, qui enseigne la création littéraire à Montréal. Son Mahbad est affranchi des colonisateurs britanniques, possède d’importants gisements d’uranium, est dirigé par trois générations et est rongé par la corruption. Voilà quelques atomes crochus avec les pays du Printemps arabe