PHOTO DE LA PAGE POSTER: Daniel T. Tremblay présente l’une de ses créations récentes empruntant à la forme ronde. Il s’agit d’une ancienne table devenue une oeuvre d’art intitulée Vers l’Inca. Il sera possible de la voir le 16 août, à l’occasion d’une journée portes ouvertes tenue à sa résidence.

Daniel T. Tremblay et ses drôles de hublots

Même si les eaux du Saguenay ne sont pas à la veille de déborder jusqu’à sa résidence de la rue Price, au centre-ville de Chicoutimi, Daniel T. Tremblay cultive l’idée qu’il vit dans un paquebot. La source de cette vision poétique est visible depuis quelques semaines, sur les murs de sa cuisine. Une série de tableaux y sont accrochés, tous de forme ronde. Le fait qu’ils soient alignés a suffi pour nourrir l’imaginaire du peintre.

« Ça a commencé par un bonhomme soufflé avant de déboucher sur des hublots », résume l’artiste d’un ton amusé. Le bonhomme en question a été réalisé pendant l’hiver. Il meuble une toile carrée, mais son visage énorme ressemble soit à un nuage, soit à un ballon en voie de se dégonfler. Il s’agissait d’une expérience comme tant d’autres, sauf que les hasards de la vie lui ont donné une résonnance imprévue.

Parlant de cette oeuvre, Daniel T. Tremblay affirme qu’elle joue sur le clair-obscur, le visible et l’invisible. Comme l’ensemble de sa production récente, elle a été créée à l’aide de peinture en aérosol. C’est devenu son médium de prédilection.

Toujours en quête d’objets susceptibles de connaître une seconde vie, Daniel T. Tremblay a ensuite accumulé une table ainsi que des couvercles de plastique. Il y en avait suffisamment pour donner naissance à une série d’oeuvres explorant la forme ronde, lesquelles ont été réalisées à l’aide de peinture en aérosol, son médium de prédilection. Sécurité oblige, il s’en sert uniquement à la belle saison, au moment où son atelier aménagé dans la cour arrière devient fonctionnel. Cet espace est mieux aéré que son logis.

Dehors, justement, le voici qui présente une table de plastique truffée de motifs aux couleurs vives. « C’est l’idée de la fête. Je l’ai trouvée à l’atelier de récup’ », précise le Chicoutimien. Dans sa nouvelle incarnation, elle se nomme Vers l’Inca et fait partie des créations récentes que les gens pourront découvrir le 16 août, de 14 h à 19 h, pendant la journée portes ouvertes organisée par le peintre.

«Les objets, ça me stimule», affirme Daniel T. Tremblay qui en veut pour preuve cette table de salon où est abordé le conte La Princesse et la grenouille. Derrière, on remarque deux de ses «hublots».

Comme c’est le cas depuis deux ans, il suffira de se pointer au 30 rue Price Est pour voir autant les oeuvres du peintre que son lieu de vie, qui en sont venus à se confondre. L’atelier leur rappellera les cabanes construites par des enfants, peut-être aussi un stand de limonade. Quant à l’appartement, situé au premier étage, c’est l’équivalent d’un musée dont le programme changerait constamment. C’est là que se sont matérialisées ses visions maritimes.

Les oeuvres rondes sont si récentes que la plupart n’ont pas de nom. « Celle-là, elle joue sur le clair-obscur. C’est le visible et l’invisible. Tout sort du noir et il y a des choses qui me sont apparues seulement après, comme ce motif au pochoir qui me fait penser à une structure sur pilotis. Je trouve ça onirique », décrit Daniel T. Tremblay. Juste à côté, il signale la présence d’un gant collé sur une surface en plastique. Il reposait dans la rue, avec le pouce replié. Sa forme l’a intéressé au point de l’intégrer au tableau.

Voici l’atelier où Daniel T. Tremblay travaille dès le retour du beau temps. C’est là que naissent ses oeuvres réalisées à l’aide de peinture en aérosol.

Deux autres cercles, plus petits, se tiennent compagnie. « Sur celui-ci, on voit se déployer le cycle de la vie, de la naissance à la mort, en passant par la lumière, les rêves et l’accomplissement. Quant à celui de droite, il renferme des virus de toutes sortes. Médicaux et peut-être informatiques », laisse entendre l’artiste. Il en profite pour montrer comment la superposition de formes géométriques peintes, grâce à la technique du pochoir, crée l’illusion de la troisième dimension.

« Ce que j’aime des objets, c’est qu’ils me stimulent autrement. C’est comme une pouponnière à idées », énonce le Chicoutimien en montrant une table de salon peinte sur toutes ses surfaces. Il est également poussé par le temps, depuis la tenue de sa première journée portes ouvertes. Ça lui donne un échéancier, un objectif à atteindre, ce qui est encore plus nécessaire cette année, alors qu’aucune exposition ne figure à son agenda.

C’est ainsi qu’au lieu de tourner en rond, Daniel T. Tremblay a peint des ronds et plein d’autres choses qu’il sera heureux de partager le 16 août, jour de son 63e anniversaire de naissance.

+ TOURNAGE DU DOCUMENTAIRE DE DANIEL T., DE NICOLAS DE LA SABLONNIÈRE

Au cours de l’entrevue réalisée chez le peintre Daniel T. Tremblay, mardi dernier, son collègue Nicolas de la Sablonnière est apparu, caméra en mains. Lui qui met la touche finale à un documentaire consacré au Chicoutimien a engrangé quelques images qui pourraient – ou ne pourraient pas – trouver une place à l’intérieur de ce long métrage.

« Le film aura pour titre La magie de Daniel T. et la première aura lieu en octobre. Ce sera le plus long de ma carrière, d’une durée de 90 minutes, et c’est celui qui s’est fait le plus naturellement, en même temps que celui que je préfère. Il y a tout, là-dedans, parce que j’ai cueilli un fruit mûr. C’est toute une expérience de vie qui sera mise en évidence », a mentionné le cinéaste.

Ce projet a vu le jour il y a deux ans, alors qu’il visitait une exposition de Daniel T. Tremblay présentée à la Bibliothèque municipale de Chicoutimi. « Je lui ai parlé de la possibilité de tourner un documentaire à son sujet et tout de suite, cette idée lui a plu. Il était content », raconte Nicolas de la Sablonnière. Il ajoute que le long métrage couvrira toutes les facettes de la vie du peintre, y compris les zones d’ombre. Et bien sûr, l’atelier aménagé dans la cour arrière de son logis constituera, en soi, un personnage.

« Le montage est presque terminé. Les dernières images seront tournées pendant la journée portes ouvertes qui aura lieu chez Daniel », indique le cinéaste, qui fait allusion à l’activité tenue le 16 août. Viendra ensuite une période d’attente que l’objet du film va trouver longue, de son propre aveu. Après avoir fait l’objet de tant d’attention, il devra patienter quelques mois avant de découvrir le portrait brossé par son camarade.

« Ça me rend fébrile, d’autant que je ne verrai pas le documentaire avant la première projection publique. Je vais avoir la surprise comme les autres, mais me dis que Nicolas est un bon réalisateur et que ce tournage témoigne de l’intérêt qu’il porte envers mon travail. Tout ce que je souhaite, c’est que ça me fasse connaître davantage », affirme Daniel T. Tremblay