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Daniel Danis est heureux de travailler avec la Tortue Noire, qui présentera une nouvelle pièce intitulée <em>Un Gamin au jardin</em>. En plus de signer le texte, le dramaturge saguenéen en assurera la mise en scène.
Daniel Danis est heureux de travailler avec la Tortue Noire, qui présentera une nouvelle pièce intitulée <em>Un Gamin au jardin</em>. En plus de signer le texte, le dramaturge saguenéen en assurera la mise en scène.

Daniel Danis retrouve la Tortue Noire avec Un Gamin au jardin

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
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Il s’agit, en quelque sorte, de retrouvailles. Plusieurs années après avoir repris sa pièce Kiwi, qui compte désormais parmi ses classiques, le Théâtre de la Tortue Noire amorce la création d’un spectacle en compagnie du dramaturge saguenéen Daniel Danis. La nouvelle oeuvre, qui a pour titre Un Gamin au jardin, s’adresse aussi au jeune public. Elle a commencé à prendre forme cette semaine, à la faveur d’un laboratoire tenu à la Salle Murdock de Chicoutimi.

Sous les projecteurs, un étrange objet capte le regard. Sa forme évoque celle d’un miroir et comme lui, il peut bouger dans toutes les directions. Placée en retrait, une immense table laisse voir une marionnette, ainsi qu’une multitude de choses qui pourraient provenir d’un marché aux puces tant elles sont dépareillées. Ce sont quelques-uns des outils - ou accessoires - que les artisans souhaitaient avoir à portée de main au cours de cette étape où tout est si fluide.

« C’est un chantier », confirme Dany Lefrançois, directeur artistique et créateur à la Tortue Noire. Il sera l’un des interprètes en compagnie de Sara Moisan et Patrick Simard, tandis que la mise en scène sera assurée par l’auteur lui-même. Après Ogre, dont la carrière vient tout juste de commencer, la compagnie avait le goût de s’adresser au jeune public, dans ce cas-ci, les sept à 12 ans. Il n’y a pas de marionnettes, non plus, ce qui tranche avec ses habitudes.

« À vrai dire, on se questionne encore là-dessus. Les laboratoires servent à ça, mais règle générale, on met de la marionnette seulement lorsque c’est nécessaire. Or, ce texte impose une présence humaine », estime Dany Lefrançois. Fait à noter, c’est Daniel Danis qui a offert Un Gamin au jardin à la Tortue Noire, en lui donnant carte blanche. La confiance était réciproque, comme en témoigne la décision de lui confier la mise en scène.

Un laboratoire de création comme celui que la Tortue Noire a tenu cette semaine, c’est le moment où on examine toutes les options, ce qui vaut également pour les accessoires, affirme Dany Lefrançois. Il fera partie de la distribution d’<em>Un Gamin au jardin</em> en compagnie de Sara Moisan et Patrick Simard.

« Revenir au Saguenay, ça me ravit totalement. Je me retrouve en famille, avec des gens que j’aime et qui sont dans une vraie recherche. Les objets qu’ils créent imposent une exigence aux spectateurs. Ils sont intelligents et inventifs. Leur manière de travailler n’est pas théâtreuse », fait observer le dramaturge. Lui-même ne rechigne pas à l’ouvrage, puisque son texte a été modifié, au cours des deux premières phases de lecture. Et chaque mot, chaque phrase, sera à nouveau soupesé d’ici à ce que L’Arche, son éditeur basé en France, publie la pièce au printemps 2022.

Si tout se déroule comme prévu, c’est à ce moment-là que le public découvrira Un Gamin au jardin. D’abord au Saguenay, puis à Paris, à la salle Le Mouffetard. Celle-ci étant étroite, les limites de la scène ont été tracées sur le plancher de la Salle Murdock. C’est plus simple que de s’ajuster après coup. Quant à l’histoire, elle a pour point d’ancrage une rencontre entre Daniel Danis et le chimiste français Stéphane Sarrade, dans le cadre de la série Binôme.

Elle carbure aux maillages improbables et, dans ce cas-ci, l’échange s’est révélé fructueux. « Comme le veut la formule, il m’a parlé de son travail pendant 50 minutes, alors que j’en avais dix pour poser des questions. Ensuite, un deuxième rendez-vous a été organisé, où il fallait que je soumette une pièce de 30 minutes, avec trois ou quatre acteurs », raconte le dramaturge. Son partenaire ayant conçu des machines pouvant transformer l’eau des océans en eau potable, c’est l’un des éléments qui ont trouvé place dans Un Gamin au jardin.

Encore plus significatif pour la suite des choses, le scientifique a confié qu’il avait perdu son fils lors de l’attentat terroriste perpétré au Bataclan. Ce témoignage a eu une forte résonnance, puisqu’à ce moment-là, Daniel Danis souhaitait avoir un garçon. « J’ai imaginé la situation inverse, soit un enfant qui rêve d’avoir un parent. C’est ce qui arrive dans la pièce », mentionne-t-il.

Elle met en scène un petit garçon venu de loin, possiblement un réfugié. Il aboutit dans la cour d’un homme, Aubin, qui est un spécialiste de la chimie verte, l’alter ego de Stéphane Sarrade. Tout naturellement, il se met en tête de retrouver les parents de l’enfant, ce qui permet à celui-ci de découvrir l’environnement dans lequel il a abouti, ainsi que la bonté de celui qui, ultimement, deviendra son père.

« Il s’agit d’un conte contemporain. Il est question des immigrants, de la guerre, des problèmes causés par les frontières, mais le traitement n’est pas revendicateur. J’ai trouvé une façon poétique d’amener ces informations », laisse entrevoir le dramaturge, tout en reconnaissant que ses textes destinés aux enfants sont les plus politiques. Un Gamin au jardin s’inscrit donc dans le droit fil de Kiwi, ce qui nous ramène à la Tortue Noire, de même qu’à ces retrouvailles au coeur de l’hiver saguenéen.