Homme de théâtre, le clown Diogène partage généreusement le fruit de ses réflexions sur la crise actuelle, dans une capsule diffusée sur YouTube. Il a trouvé comment des compagnies de théâtre pourront déjouer les pièges posés par la pandémie.
Homme de théâtre, le clown Diogène partage généreusement le fruit de ses réflexions sur la crise actuelle, dans une capsule diffusée sur YouTube. Il a trouvé comment des compagnies de théâtre pourront déjouer les pièges posés par la pandémie.

COVID-19: Diogène sur YouTube

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
Vous vous ennuyez des Clowns Noirs ? Sachez que ce sentiment est réciproque, ainsi qu’en témoignent les capsules concoctées par l’auteur et comédien Martin Giguère. Une dizaine ont été créées depuis le début de la pandémie. Si la forme est calquée sur Les lectures de Diogène, le contenu offert par ce personnage épousant les traits d’un conférencier, version décalée du professeur Guillemin, est entièrement original.

Les premières montrent que l’artiste faisait l’apprentissage de ce médium. La verve était là, tout comme son aptitude à tirer le potentiel comique d’un texte parfois chétif. Au plan technique, en revanche, c’était le service minimum. Soucieux d’améliorer le produit, Martin Giguère a fait l’acquisition d’un logiciel permettant d’effectuer du montage, il y a deux semaines. Dès sa première expérience avec cet outil, les résultats ont été probants.

« J’ai préparé une capsule avec Piédestal et je trouve que c’est fluide, tandis que la plus récente, celle où je raconte la vie d’un saint, est plus élaborée. Ça fait tellement une différence que je suis déçu de ne pas avoir commencé ça plus tôt », a raconté le Clown Noir au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Pour visionner la dernière création, ainsi que les précédentes, il suffit de se rendre sur YouTube en mentionnant « Les lectures de Diogène ». D’une durée de 13 minutes, cette intervention intitulée Quand on se compare, on se console est fondée sur la vie bien réelle de Jean-Théophane Vénard, un prêtre missionnaire mort au Vietnam en 1861.

Au fil du récit, très drôle même si le pauvre homme a été décapité, on voit apparaître des images fugitives. Des photos. Des bouts de films. Elles ajoutent une touche d’absurdité au caractère comique de l’affaire, tout en n’ayant aucun rapport avec le saint dont il est question.

« J’aime retourner dans les vieilles choses, un extrait du téléroman Les Filles de Caleb, un reportage montrant le trou où Saddam Hussein a été capturé. Et comme avec les Clowns Noirs, il y a des blagues songées et d’autres qui restent au premier niveau », fait observer Martin Giguère.

La plus récente capsule mettant en vedette Diogène est centrée sur la vie d’un missionnaire qui a accédé à la sainteté après avoir été décapité au Vietnam. Elle montre le potentiel comique du logiciel de montage que Martin Giguère a acquis il y a deux semaines.

« Continuer de créer »

Une autre capsule qui attire l’attention, bien qu’elle ait été réalisée avant l’acquisition du logiciel, a pour titre Ma solution pour sauver le théâtre. Ce qui ressort d’emblée, c’est la force du personnage de Diogène, son extrême assurance, bien qu’il élabore une stratégie qu’aucune compagnie de théâtre, pas même le Faux Coffre, n’oserait reprendre.

Dans une salle renfermant 100 places, par exemple, il recommande d’inviter seulement des couples, ce qui permettrait d’accueillir 50 spectateurs au lieu d’une vingtaine, tout en respectant les normes imposées par le gouvernement. Mais sa meilleure idée, ou la pire, c’est de dénicher « de grosses familles polygames vivant sous le même toit ».

Cette capsule rappelle à quel point la situation est difficile pour les compagnies de théâtre. Personne ne sait de quoi sera fait l’avenir, mais en attendant, il y a les nouveaux médias, des pistes comme celle que Martin Giguère entend explorer sur une base hebdomadaire. « Chaque semaine, j’ai l’intention d’en sortir une nouvelle, promet-il. L’objectif, c’est de continuer à créer. »

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UNE CRISE, MAIS PAS FATALE

« On annonce la mort du théâtre dans la foulée de la pandémie. Je trouve qu’on exagère. On doit juste prendre le temps qu’il faut avant de relancer les activités », fait observer Martin Giguère. Lui qui exerce la fonction de comédien, tout en écrivant les pièces des Clowns Noirs, jette un regard relativement serein sur son art. Bien que tout le monde soit bousculé par la crise actuelle, il voit venir le jour où le public, nombreux et pas nécessairement distancié, retrouvera le chemin des salles.

Pour l’heure, cependant, le 15e anniversaire des Clowns Noirs passera sous le radar. Il aurait dû coïncider avec la sortie d’une nouvelle création, un projet qui devait se concrétiser à l’automne. Vu les circonstances, il faudra patienter un an de plus avant d’en découvrir les contours, ce qui donnera du temps à l’auteur pour laisser monter l’inspiration.

Il se pourrait bien que la prochaine apparition de la bande n’ait lieu qu’à l’hiver 2021, du moins en chair et en os. Elle reprendra alors le spectacle Apocalypse, le dernier Clown Noir. Notons cependant que ses membres pourraient se manifester sur YouTube, un de ces quatre matins. C’est du moins une possibilité que laisse planer Martin Giguère, dont le personnage de Diogène a animé une capsule en compagnie de son camarade Piédestal, pas plus tard que le 27 avril.

Quant à l’auteur en lui, il reconnaît que la pandémie offre beaucoup de matière à exploiter, tout en précisant qu’il l’a fait avant même qu’elle ne bouscule la vie de milliards de gens. Dans l’édition 2020 du Procès à l’ancienne, un spectacle dont les profits aident à financer les activités de la Société historique du Saguenay, il a en effet imaginé une situation étrangement actuelle.

« Quand j’écris des choses, elles ont tendance à se produire après, énonce le dramaturge d’un ton enjoué. Dans cette pièce, par exemple, il est question d’une épidémie de dysenterie survenant dans la foulée de la grippe espagnole. »

Deux représentations étaient prévues pour la fin de mars. Elles ont, bien sûr, été reportées.

Martin Giguère ajoute que l’un des Clowns Noirs, mais pas Diogène, a exprimé le désir de monter un spectacle en solo faisant écho à la crise actuelle. « Il s’agit d’un sujet intéressant. Il reste à trouver l’angle », laisse-t-il entendre.