Espace potentiel 1 est la plus imposante oeuvre proposée dans l’exposition, mais elle fait aussi référence au vide.

Cours d’eau, vide et astres

Dans l’exposition L’apparente simultanéité des étoiles dans le ciel d’aujourd’hui présentée au centre Bang jusqu’au 10 février, l’artiste Laurent Lévesque compare les représentations du ciel nocturne et de l’Internet tout en s’interrogeant sur le vide en mêlant des vidéos, des impressions numériques et une sculpture.

En pénétrant dans l’Espace Séquence du centre d’art actuel, situé sur la rue Racine à Chicoutimi, le visiteur remarquera sans doute le grésillement qui émane de l’installation vidéo Control Room. Après avoir lu le titre de l’exposition, il pensera peut-être voir des étoiles filantes dans ces séquences de points et de lignes en noir et blanc, ou la neige brouillée des écrans cathodiques. En fait, il s’agit de points de vue de la rivière du Moulin à Chicoutimi, captés à l’aide d’un outil pour mesurer le débit des cours d’eau du Centre de géomatique du Québec. L’organisation a collaboré à la résidence de l’artiste au centre Bang dernièrement.

Après avoir compris ce qui dérangeait son oreille, le visiteur dirigera probablement son regard plus attentivement vers la sculpture de verre au centre de la pièce, ou les trois impressions numériques aux tons de mauve. Toutefois, la pièce maîtresse de l’exposition se trouve au mur du fond, toute discrète. De loin, on dirait un simple et immense rectangle gris. De près, on comprend qu’il est composé de milliers de carrés gris et blancs, comme l’arrière-plan qu’on retrouve sur le logiciel Photoshop lorsqu’on veut exprimer la transparence. Même le vide peut être illustré. Si on observe L’apparente simultanéité des étoiles dans le ciel d’aujourd’hui trop longtemps, notre oeil devient vite fatigué, pris au jeu des illusions provoquées par le quadrillé.

L’installation Control Room présente six vidéos réalisés en collaboration avec le Centre de géomatique du Québec.
Cette série de trois impressions numériques montre des représentations de Mercure, de la Lune et de Jupiter.

Laurent Lévesque fait un intéressant parallèle entre le ciel la nuit, avec les constellations qui tracent des lignes entre les étoiles, et l’idée d’Internet, un réseau interconnecté. Il trouve les similitudes «frappantes» entre les deux.

«Nous avons tendance à envisager Internet comme une structure volatile, aérienne. Les données “dans le nuage” sont en réalité contenues dans d’imposants “data centres” construits loin des regards», explique-t-il par exemple dans la présentation de son exposition.

Les impressions Normal Skies: Mercury, Moon et Jupiter illustrent bien cette association. L’artiste a utilisé un logiciel qui permet de représenter dans une image la surface des planètes et de leurs satellites. Il a ensuite «effacé» une partie sur ordinateur, ce qui a fait un trait quadrillé comme dans sa précédente oeuvre, et qui crée un lien entre les astres et les nouvelles technologies.

Laurent Lévesque fait aussi référence à ces dernières dans sa sculpture Espace potentiel 1. Chaque paroi du bloc a un ratio qui correspond à celui d’un écran d’ordinateur, de cinéma ou d’un téléviseur cathodique. L’élément central de l’oeuvre est cependant le vide exprimé à l’intérieur, lorsqu’on se penche au-dessus de la surface pour voir son reflet tout au fond.

Dans la deuxième pièce, le visiteur appréciera de méditer devant Combler le noir. Bien que la caméra était plongée dans une pièce sombre, Laurent Lévesque fait ressortir plein de couleurs dans son film en zoomant. Le même temps mérite d’être pris dans l’espace Michael Snow au sous-sol, où est présentée l’installation vidéo Le Canal - v 1.