Pierre Sasseville pose au centre de la pièce Le conseil, formé de 12 foyers.

Cooke-Sasseville expose au CNE: suivez les collectionneurs

Quarante-quatre petits êtres immobiles, témoins des oeuvres qui les entourent. Des visages construits d’oeufs et de saucisses. Douze foyers formant une cage. Un canon en doigt d’honneur. Et un arbre qui produit des explosifs. Le duo Cooke-Sasseville expose son plus récent projet entre les murs du Centre national d’exposition (CNE) de Jonquière. En contrôle propose une vision qui peut paraître négative et politique, mais qui possède un côté nettement sympathique.

Les noms de Jean-François Cooke et Pierre Sasseville vous disent peut-être quelque chose. Parmi les nombreuses installations des artistes, qui travaillent en duo depuis 18 ans, ils comptent les deux fameux cerfs de bronze installés devant le Centre Vidéotron de Québec.

La pièce Longue portée est une sculpture qui avait été vendue à un collectionneur privé, qui a accepté de la prêter à ses concepteurs pour l’exposition au CNE.

Voilà que les deux hommes débarquent à Jonquière, où ils exposent jusqu’en janvier prochain. En contrôle, c’est cinq oeuvres distingues, mais qui forment un tout, grâce aux petits bonshommes qui prennent vie sous des sacs de papier. Les 44 petits êtres aux pattes de canard composent l’oeuvre Le club des collectionneurs et prennent place aux quatre coins de la salle d’exposition.

« Ce sont comme des visiteurs qui regardent l’exposition. Des personnages anonymes qui se baladent dans la salle. À force de les regarder, on leur reconnaît presque une personnalité propre à chacun », explique l’un des artistes, Pierre Sasseville, qui était présent à Jonquière la semaine dernière pour le vernissage de l’exposition. Son acolyte, Jean-François Cooke, avait dû rester à Québec, puisqu’il avait attrapé un virus.

Le visiteur ne se sentira pas seul au milieu des 44 collectionneurs.

Le duo Cooke-Sasseville s’amuse à récupérer des objets utilisés pour d’anciens projets.

« Nous avions réalisé une sculpture avec des outardes il y a quelque temps, mais nous n’avions pas besoin des pattes. On avait donc un lot assez important de pattes de canards qui traînaient ! On a voulu les utiliser et c’est de cette façon que sont nés les petits collectionneurs », a expliqué Jean Sasseville.

Bonjour la vie forme des visages en oeufs et en saucisse.

Ces collectionneurs, donc, déambulent parmi les oeuvres plus massives du duo. Un arbre trône dans un coin de la salle, produisant non pas des fruits, mais plutôt des explosifs, d’où le nom de l’installation Le fruit défendu. Un peu plus loin, sur le mur, des visages, créés à partir de deux oeufs et d’une saucisse, regardent le visiteur. Ces visages tristes forment un triangle inversé, ce qui envoie un message plutôt négatif, prévient Pierre Sasseville. « Tout dans ces visages est négatif. La saucisse renvoie une bouche triste et le triangle inversé n’a rien de positif. Le message pourrait être : ‘‘C’est le matin et c’est infernal ! ’’ Même le titre est ironique : Bonjour la vie », avance le créateur.

La quatrième oeuvre, baptisée Le conseil, est formée de douze foyers disposés en cercle fermé. Le visiteur pourra y voir un message politique, comme quoi les décisions sont souvent prises en silo. « Nous n’y sommes pas invités », précise Pierre Sasseville. « L’oeuvre peut même rappeler la prison, avec ses larges cheminées ressemblant à des barreaux », ajoute l’artiste.

Les pièces Bonjour la vie et Le fruit défendu, avec quelques petits bonshommes du Club des collectionneurs.

La cinquième oeuvre, et non la moindre, attirera certainement l’attention du visiteur dès son entrée dans la salle. Longue portée est une sculpture qui avait été créée il y a quelques années, pour une exposition à la Maison Frontenac. Elle avait été achetée par un collectionneur privé, qui a accepté de la prêter à ses concepteurs, le temps de l’exposition au CNE. L’oeuvre, qui parle en elle-même, est formée d’un immense doigt d’honneur, conçu comme étant un canon.

« Cette oeuvre n’a pas vraiment besoin d’explication ! Nous sommes bien contents de l’avoir pour l’exposition En contrôle, puisque nous voulions lancer le message que, de nos jours, on tente de tout contrôler. C’est correct qu’il y ait un malaise lorsque le visiteur regarde ! », souligne l’artiste.

Les sympatiques petits personnages aux pattes de canard saura pratiquement attendrir le visiteur.

Cooke et Sasseville travaillent en duo depuis 18 ans maintenant. « Nous avons étudié ensemble et nous nous sommes vite bien entendus. Nous avons développé une façon de travailler et de réfléchir ensemble », note Pierre Sasseville.

L’exposition En contrôle se poursuit jusqu’au 17 janvier.