Cette photographie montre dans quel contexte s’est déroulé le concert de l’Ensemble Talisman, sur une propriété privée du Cap à l’Ouest. En plus des musiciens, on remarque un collaborateur du cinéaste Philippe Belley, ainsi que la danseuse Andréa Martin. Elle a présenté une chorégraphie inspirée par une composition d’Érik Satie.
Cette photographie montre dans quel contexte s’est déroulé le concert de l’Ensemble Talisman, sur une propriété privée du Cap à l’Ouest. En plus des musiciens, on remarque un collaborateur du cinéaste Philippe Belley, ainsi que la danseuse Andréa Martin. Elle a présenté une chorégraphie inspirée par une composition d’Érik Satie.

Concert magique de l’Ensemble Talisman au Cap à l’Ouest

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
Un lieu magique, de la musique qui l’était tout autant, ainsi qu’une noble mission: apporter un supplément de beauté aux personnes vivant dans les CHSLD du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Le concert donné par l’Ensemble Talisman, samedi à La Baie, possédait tant d’attributs à la base qu’il ne pouvait pas être seulement bon. La barre était haute, très haute, et elle a été franchie avec tant de naturel qu’on aurait dit qu’une main invisible guidait les efforts du groupe mené par Luc Beauchemin.

Lui et ses collaborateurs avaient travaillé fort pour que ce projet prenne forme. Ils avaient obtenu l’appui du CIUSSS et de l’Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, des Porteurs de musique, du cinéaste Philippe Belley, ainsi que des propriétaires du terrain où allaient jouer les musiciens, les frères Martin et Michel Gobeil. Même leur voisin, un agriculteur, avait apporté sa contribution en permettant aux artistes et aux spectateurs de se garer sur son champ d’avoine.

À partir de ce stationnement champêtre, il suffisait de marcher 20 minutes sur un tapis de mousse, de lichen et de jolis champignons pour découvrir un paysage qui, à lui seul, justifiait le déplacement. À 160 mètres de hauteur, il embrassait une large portion de la baie des Ha! Ha!, dans le secteur de l’Anse à Poulette. Sur la rive opposée s’étalait un chapelet de maisons et de fermes encadrées par une bande forestière épousant toutes les nuances de vert. Quant au plan d’eau, à peine froissé par le vent, il était fréquenté par de petits voiliers blancs.

«Pendant 30 minutes, on vous emmène faire un petit tour au Cap à l’Ouest pour vous montrer un bout de votre région», a annoncé la comédienne Josée Gagnon, des Clowns thérapeutiques Saguenay. Elle s’adressait aux spectateurs, mais surtout aux personnes qui, dans les prochains jours, visionneront le concert au moyen d’une tablette numérique. Le scénario original était de leur faire vivre l’expérience en direct, mais en raison d’un problème technique, ce ne fut pas possible. Elles ne paient rien pour attendre, cependant. Les images seront à la hauteur de la musique.

De Bach au Reel du Grand Brûlé

Pour ouvrir le programme, la violoniste Jessy Dubé a interprété l’Adagio de Bach en solo. Outre la qualité de l’interprétation, qui permettait de découvrir le texte et le sous-texte de la partition, on a remarqué la pureté du son, franchement étonnante. Dans cette cathédrale sans murs, ni toit, il aurait pu se perdre entre ciel et terre ou subir les assauts du vent, mais en cette journée bénie, rien de tout ceci ne s’est produit. Assis face à la baie, dans ce qui formait un amphithéâtre naturel, le public s’est laissé envelopper par la musique.

La Pavane de Fauré a suivi, lancée par les pizzicati de la violoncelliste Isabelle Harvey sur lesquels s’est déposé le thème familier, gracieuseté de ses neuf camarades. Puis, il y a eu deux titres de Gilles Vigneault, Les amours. Les travaux, de même que l’immortelle Quand vous mourrez de vos amours. Même les cris de l’écureuil niché dans un pin gris, au début de la première pièce, n’ont pu altérer le charme des arrangements pour cordes créés par Bruno Chabot.

Voici Andréa Martin pendant sa chorégraphie exécutée samedi après-midi, de concert avec l’Ensemble Talisman.

Parlant d’arrangements, ceux des Feuilles mortes laissaient filtrer des accents tziganes qui ont permis de découvrir cet air sous un jour différent, tandis que la Gymnopédie No. 1 de Satie a donné lieu à une chorégraphie exécutée par Andréa Martin, de l’école de danse Les Farandoles. Pieds nus sur la terre, face aux musiciens, elle a exécuté des mouvements faisant écho à la beauté du site, ainsi qu’à un désir d’harmonie avec la nature.

Pour conclure la partie du concert qui sera diffusée dans les CHSLD, l’Ensemble Talisman a exécuté une pièce de Jean-François Laprise, Le reel du Grand Brûlé. Neuf cordes ont été mobilisées, tandis que Frank Perron a troqué l’alto pour la cuillère de bois, dont il semble être un virtuose. Impossible d’entendre cette interprétation enlevée sans avoir une pensée pour Les Grandes Veillées, pour qui 2020 aura constitué une triste parenthèse.

«Quelque chose de fort»

Au retour de la pause, Luc Beauchemin a rappelé que la famille Gobeil, à commencer le premier qui a vécu en terre saguenéenne, Eugène, dit Eucher, est propriétaire du site depuis 1845. Ses descendants Martin et Michel appartiennent à la sixième génération, tandis que l’un des membres de l’Ensemble Talisman, la violoniste Marie-Pascale Gobeil, fait partie de la septième. «Après tout ce qui s’est passé dans les dernières semaines, ce lieu est marqué par quelque chose de fort», a énoncé le fondateur de l’Ensemble Talisman.

Le groupe a ensuite abordé le Concerto pour deux violons de Vivaldi. À l’énergie dégagée par le premier mouvement a répondu la trame délicate du deuxième. «Je trouve qu’il va bien avec le paysage», avait mentionné Luc Beauchemin. Hasard ou pas, trois voiliers se trouvaient près de l’Anse à Poulette pendant ce moment de grâce. Peut-être ont-ils entendu quelque chose. Du moins, on leur souhaite.

Luc Beauchemin, de l’Ensemble Talisman, s’adresse aux spectateurs qui ont assisté, samedi après-midi, au concert présenté au Cap à l’Ouest. Ils étaient peu nombreux, compte tenu de l’espace disponible et des règles de distanciation en vigueur au Québec. En revanche, on s’attend à ce que plusieurs centaines de personnes résidant dans les CHSLD de la région visionnent un enregistrement de 30 minutes produit à leur intention.

Isabelle Harvey et le guitariste Denis Morissette ont ouvert la partie intimiste du concert en chantant Amazing Grace, tandis que la violoncelliste s’est associée à Luc Beauchemin, Bruno Chabot et au guitariste Yvon Dachille pour livrer une composition de ce dernier intitulée Scones. Après cette musique séduisante, un brin nostalgique, les membres de Talisman ont conclu avec une version nerveuse, quasiment rock, du Palladio de Karl Jenkins.

Elle a pris fin sur une grosse montée d’adrénaline, juste ce qu’il fallait pour sortir de sa bulle de félicité avant que chacun se dirige vers sa voiture. Tous avaient le pas léger et leur esprit était à l’avenant. Quand l’actualité redeviendra obsédante, en effet, le souvenir de cet événement constituera un précieux antidote contre la morosité. Pour eux et pour les personnes qui, dans les CHSLD, se retrouveront à nouveau sur la ligne de front.