Jonquière s’était faite belle pour accueillir le congrès de la Ligue du Sacré-Coeur, comme en témoigne cette photographie captée en 1937.
Jonquière s’était faite belle pour accueillir le congrès de la Ligue du Sacré-Coeur, comme en témoigne cette photographie captée en 1937.

Club photo JAK: le passé et le présent s’interpellent

L’une des plus belles salles d’exposition de la région est située à Jonquière, plus précisément sur la passerelle du parc de la Rivière-aux-Sables. Comme il n’y a pas de murs et qu’on se trouve au coeur de la ville, on ne pouvait imaginer un meilleur endroit pour présenter Hier et aujourd’hui, la nouvelle exposition du Club photo JAK.

Cet organisme s’est associé à Saguenay pour souligner à sa manière les 150 ans de la paroisse Saint-Dominique. Embrassant le territoire que dessert aujourd’hui l’unité pastorale, lequel s’étend jusqu’à Lac-Kénogami, les images proposent aux visiteurs d’effectuer un aller-retour entre le passé et le présent.

L’idée consistait à sélectionner dix photographies anciennes, puis à demander aux membres de mettre leurs pas dans ceux de leurs prédécesseurs. Ils devaient retourner au même endroit et l’immortaliser, en respectant autant que possible l’angle initial. Dix panneaux montrant les deux versions ont résulté de cet exercice que le club a amorcé il y a plus de trois ans.

La même intersection en 2019. Moins de monde et beaucoup de tôle ondulée.

« C’est un gros projet. Il a fallu choisir parmi un océan d’archives. Nous avons effectué des recherches à la Société historique du Saguenay, au Centre historique William-Price et à la fabrique Saint-Dominique. Nous avons aussi examiné des documents appartenant à Claire Simard », fait observer Louise Monette, qui a piloté ce projet avec Jean-Pierre Tremblay.

Un appel à tous a été lancé par la suite. Sur les 70 membres du Club photo JAK, 42 ont soumis leur candidature, un nombre qui a été réduit à 20, puis à 10, à la suite de l’examen des photographies par un comité de sélection. Ses membres ont effectué leur choix sans connaître l’identité des auteurs. Les dix élus sont des personnes différentes.

À force de voir les images, bien avant qu’elles ne soient jumelées sur des panneaux de 24 pouces sur 36, Louise Monette a développé un goût prononcé pour les anciennes. « On dirait que c’était plus beau avant, souligne-t-elle. Les images sont plus charmantes. Il y a du monde, alors qu’aujourd’hui, c’est juste des rues et des véhicules. »

Cette image a été captée en 1923, un an avant le rehaussement des eaux du lac Kénogami. Cet événement a entraîné l’expropriation de la plupart des familles de Saint-Cyriac.

Elle a été séduite, entre autres, par une photo captée en 1937, au coin des rues Saint-Dominique et Saint-Pierre. « C’était le congrès de la Ligue du Sacré-Coeur, un événement auquel 50 000 personnes ont participé. On voit plusieurs d’entre elles », note la responsable du comité de la passerelle.

Du monde, il y en avait aussi devant la chapelle Saint-Cyriac et, une fois de plus, c’est une activité religieuse, la procession de la Fête-Dieu, qui l’a mobilisé en si grand nombre. Enfants et adultes ont mis leur beau linge. Ils ont l’air heureux sur cette image produite en 1923. Comment se sont-ils sentis, un an plus tard, quand le rehaussement des eaux a fait d’eux des expropriés ?

Tout aussi remarquable est la photo du Vieux Pont de Jonquière, celui qui a donné son nom à la rue du Vieux-Pont. On l’appelait aussi le pont Laviolette et, ce qui fait sourire, c’est le panneau barrant le passage aux véhicules, sans doute temporairement. Il est écrit : « Pont interdit. Défense de passer. Ordre du Chef. » Pendant ce temps, à l’arrière-plan, la rivière aux Sables étouffe sous les billes de bois.

Le Vieux Pont de Jonquière était fermé sur ordre du Chef, au moment où cette photographie a été prise. Notez l’état de la rivière aux Sables, à l’arrière-plan. Elle était devenue une autoroute consacrée au transport du bois.

Ouverte plus tôt ce mois-ci, l’exposition Hier et aujourd’hui se déploiera sur la passerelle jusqu’au 10 octobre. Elle ouvre une fenêtre sur l’histoire de Jonquière et montre à quel point cette ville a changé depuis le temps des pionniers. Parfois pour le mieux. Parfois non.