L’animateur et humoriste Jimmy Kimmel présidera la cérémonie pour la deuxième année d’affilée dimanche et sera attendu au tournant sur sa capacité à traiter avec dérision mais poigne les scandales sexuels à Hollywood.

Cinq choses à surveiller lors des Oscars

HOLLYWOOD - Nouvelle bourde? Déclarations politiques et féministes? Oscars historiques? Outre la bataille entre les favoris «La forme de l’eau» et «3 Billboards: les panneaux de la vengeance», voici cinq choses à ne pas manquer dimanche lors de la 90e cérémonie des Oscars.

Nouveau micmac ?

C’était peut-être la bourde la plus retentissante de l’histoire des Oscars: l’annonce du mauvais lauréat du meilleur film l’an dernier, «La La Land» au lieu de «Moonlight», créant le chaos sur scène en toute fin de cérémonie. Un employé distrait - il a été vu twittant en coulisse quelques minutes avant - avait remis la mauvaise enveloppe aux présentateurs Warren Beatty et Faye Dunaway.

L’animateur Jimmy Kimmel ne manquera probablement pas de revenir sarcastiquement sur cet épisode peu glorieux pour l’Académie des arts qui décerne les précieuses statuettes, et le suspense devrait donc être à son comble en fin de soirée.

Duel serré au sommet

«La forme de l’eau», le film de science-fiction de Guillermo del Toro situé pendant la Guerre froide, part en tête des nominations (13), presque deux fois plus que «3 Billboards: les panneaux de la vengeance», l’autre favori. 

D’autant que la tragicomédie de Martin McDonagh s’est retrouvée au coeur d’une polémique pour le traitement racial des personnages et l’impunité d’un flic violent campé par Sam Rockwell, pressenti pour l’Oscar du meilleur second rôle.

«3 Billboards» a pourtant réussi une remontée spectaculaire dans les pronostics des spécialistes et le site Goldderby.com le place en tête de ses attentes. Les Oscars réservent cela dit toujours des surprises et «Get Out», la satire sociale déguisée en film d’horreur de Jordan Peele, pourrait finalement ravir le trophée, tout comme le film doux-amer sur une adolescente «Lady Bird» ou la fresque de guerre «Dunkerque».

#MeToo et Time’s Up

Les mouvements féministes  #MeToo et «Time’s Up» contre le harcèlement et les agressions sexuelles ont été très présents pendant toute la saison des prix hollywoodiens, transformant le tapis rouge en vague de noir aux Golden Globes.

S’il n’y a pas de mot d’ordre général pour la garde-robe des Oscars, certaines actrices ont indiqué qu’elles se vêtiraient à nouveau de noir dimanche pour marquer leur soutien à Time’s Up, créé par plusieurs centaines de femmes influentes d’Hollywood dans la foulée du scandale sur les dizaines d’agressions sexuelles présumées d’Harvey Weinstein, le producteur déchu.

Parmi les derniers noms rattrapés par les révélations sur les abus sexuels à Hollywood, Ryan Seacrest, qui interviewe les stars sur le tapis rouge pour la chaine E! News, est à son tour accusé de harcèlement sexuel de la part d’une ancienne styliste.

La chaîne soutient le présentateur, qui est également animateur du télé-crochet «American Idol», et dit qu’il sera sur le tapis rouge comme d’habitude.

Oscars tardifs et grandes premières

Le plafond de verre pourrait se briser un peu plus cette année aux Oscars. La réalisatrice de «Mudbound», Dee Rees, est la première femme noire nommée pour le prix du meilleur scénario adapté, tandis que sa directrice de la photographie, Rachel Morrison, est la première femme finaliste dans sa catégorie.

Autre fait d’arme pour «Mudbound»:  la diva soul Mary J. Blige est la première personne jamais nommée à la fois pour un prix d’interprétation et dans la catégorie meilleure chanson.

Yance Ford est par ailleurs le premier metteur en scène transgenre finaliste aux Oscars pour son documentaire «Strong Island», et Jordan Peele («Get Out») le premier cinéaste noir nommé à la fois comme réalisateur, scénariste et producteur.

Il n’est aussi que le 5e noir jamais nommé dans la catégorie meilleur réalisateur - après John Singleton, Lee Daniels, Steve McQueen et Barry Jenkins - et pourrait être le premier à l’emporter.

Greta Gerwig («Lady Bird») n’est également que la cinquième femme nommée dans la catégorie meilleure mise en scène et la première pour un premier film réalisé en solo.

Quant à Christopher Plummer, qui a remplacé au pied levé Kevin Spacey expurgé de «Tout l’argent du monde» à cause d’accusations de harcèlement sexuel, il était déjà l’acteur le plus âgé à avoir reçu un Oscar - en 2012 pour «Beginners», quand il avait 82 ans et devient à présent la personne la plus âgée jamais nommée pour un prix d’interprétation. S’il gagne, il fera reculer encore son propre record.

Kimmel saura-t-il passer l’obstacle?

L’animateur et humoriste Jimmy Kimmel présidera la cérémonie pour la deuxième année d’affilée dimanche et sera attendu au tournant sur sa capacité à traiter avec dérision mais poigne les scandales sexuels à Hollywood, ou le fiasco de l’»enveloppegate» de l’an dernier.

«Nous avions comme dix secondes pour dire au revoir, nous ne savions pas combien de temps allait durer le dernier discours, et ça pèse sur les résultats d’audience si on dépasse minuit», s’est souvenu Kimmel dans un entretien au site du journal Arizona Central à propos de la fin de soirée mémorable de l’an dernier.

«Et tout d’un coup, c’était +oublie minuit+. Ca va durer jusqu’aux journaux du matin....»

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Primé à l’étranger, le cinéma mexicain fait pâle figure chez lui

C’est presque devenu une habitude: les réalisateurs mexicains raflent depuis des années des récompenses à Hollywood et dans les festivals du monde entier, mais peinent à être reconnus dans leur propre pays.

La cérémonie des Oscars de dimanche, où le réalisateur mexicain Guillermo del Toro compte 13 nominations pour la Forme de l’eau, ne devrait pas déroger à la règle. Il pourrait recevoir la statuette du meilleur film ou celle du meilleur réalisateur, comme ses compatriotes Alejandro Gonzalez Iñarritu (2015 et 2016) et Alfonso Cuaron (2014).

Ces sept dernières années, les cinéastes mexicains ont remporté une dizaine d’Oscars, six Golden Globes, un Lion d’Or à Venise et plusieurs prix aux festivals de Cannes et Berlin.

Accompagnant ces succès sur la scène internationale, la production de films a explosé au Mexique avec 160 films l’an dernier, contre seulement 12 en 2000, l’année du premier film d’Iñarritu («Amours chiennes»).

Pas facile pourtant de voir un film mexicain dans les nombreux complexes du pays, accaparés par les superproductions américaines.

«Cela me fait mal de voir que sur les 160 films produits, 80 seulement sortent en salles», confie à l’AFP Ernesto Contreras, président de l’Académie mexicaine du cinéma.

Le marché est contrôlé par les deux géants nationaux Cinemex et Cinepolis, qui détiennent la quasi-totalité des salles. Cinepolis s’est même hissé au 2e rang mondial des exploitants et opère désormais dans 14 pays, dont l’Inde et le Brésil.

«Au moment de la sortie de Coco et de Thor, 98% des écrans mexicains étaient occupés par ces deux» superproductions, constate M. Contreras.

Même primés à l’étranger, les films mexicains ont du mal à atteindre le public mexicain par manque de diffusion, mais aussi par manque d’intérêt de spectateurs, davantage habitués aux divertissements.

Tweet de Cuaron

En pleine promotion pour son nouveau film, «La région sauvage» - Lion d’argent de la mise en scène à Venise en 2016 -, le réalisateur Amat Escalante apprenait début février que Cinemex annulait finalement sa sortie en salles.

Il a fallu un tweet de soutien du réalisateur oscarisé Alfonso Cuaron pour que Cinemex revienne sur sa décision et le programme dans 28 salles.

«Les grands exploitants n’ont pas forcément intérêt à faire de la place à des films mexicains. Ils préfèrent programmer des films américains qui remplissent les salles», analyse Jean-Christophe Berjon, critique installé au Mexique et ancien sélectionneur pour le Festival de Cannes.

Le Mexique est le 4ème marché du monde en termes d’entrées et de nombre d’écrans, derrière la Chine, l’Inde, et les États-Unis.

«Pour les États-Unis, c’est le plus gros marché étranger», explique M. Berjon, offrant une seconde chance aux films hollywoodiens «qui n’ont pas rencontré le succès espéré aux États-Unis». La Chine, à cause des quotas, et l’Inde, pour la spécificité de son cinéma, sont plus difficilement accessibles.

La renégociation en cours de l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA) offre une opportunité au Mexique de mettre sous pression son voisin du nord et d’obtenir des avancées pour son cinéma national.

Cet accord interdit notamment de prélever une taxe sur les tickets d’entrée pour financer la production nationale, comme c’est le cas en France.

L’Académie mexicaine du cinéma a bien publié dans la presse en septembre une lettre ouverte pour défendre son 7e art, mais cette timide prise de parole n’a été suivie d’aucun mouvement d’ampleur chez les professionnels du secteur.

C’est désormais l’attentisme qui prévaut, alors qu’une 7ème session de négociations sur l’ALENA se tient actuellement à Mexico.