Le spectateur est témoin de l’amour naissant de Tolkien (Nicholas Hoult) pour Edith Bratt (Lily Collins).

«Tolkien»: John Ronald Reuel devient écrivain

Il n’y aurait probablement pas eu de Tolkien sans l’immense succès de la trilogie du «Seigneur des anneaux» portée à l’écran par Peter Jackson. L’auteur du «Silmarillion» n’a pas eu la vie trépidante d’Hemingway, de Kerouac ou de Burroughs. Que faire alors? Certainement pas un drame biographique classique qui manque singulièrement de magie pour rendre hommage au pionnier du roman fantastique comme ce long métrage de Dome Karukoski.

CRITIQUE / Faire un film sur un auteur n’a pas nécessairement le même potentiel visuel que sur un peintre comme Pollock ou un guitariste comme Hendrix. Surtout que Tolkien s’intéresse à tout ce qui précède le moment où l’homme devient écrivain — le film se conclut sur la première phrase du Hobbit.

La prémisse des scénaristes David Gleeson et Stephen Beresford était pourtant prometteuse. On retrouve John Ronald Reuel (J.R.R.) Tolkien (Nicholas Hoult) au cœur de la sanglante bataille de la Somme en 1916. Fiévreux et traumatisé, le soldat revit les principales étapes de sa jeunesse pendant sa quête pour retrouver son meilleur ami (le soldat qui l’accompagne s’appelle Sam).

Ce retour en arrière chronologique se veut une ode à l’amitié et à l’amour, au cœur des romans de l’auteur anglais. Le spectateur est témoin de la solide amitié qui se forge entre le jeune Tolkien et trois étudiants alors qu’il commence ses études à King College ainsi que son amour naissant pour Edith Bratt (Lily Collins), une «elfe» courageuse et fière, orpheline comme lui.

Le long métrage emprunte d’ailleurs, après un premier tiers un peu laborieux, le sentier du drame sentimental (Tolkien est un rêveur et un grand romantique). Avec ses premiers frémissements, ses obstacles et sa réconciliation. Ce qui donne de beaux moments, mais le tout s’étire inutilement. Les scènes avec ses amis sont bien plus révélatrices.

Celles-ci font souvent référence à son œuvre — Tolkien et ses amis forment une communauté. Ce sont toutefois les scènes de batailles qui sont plus riches sur ce plan, tant visuellement que sémantiquement. Les tranchées bouseuses où l’eau est rouge du sang des morts provoquent des hallucinations qui nous font apercevoir dragons, chevaliers et Sauron.

Malheureusement, elles surviennent au dernier tiers, alors que le film prend réellement son envol. On y voit en parallèle la rencontre de Tolkien avec son mentor, le professeur Wright (Derek Jacobi), qui reconnaîtra son talent pour les langues et sa grande intelligence.

Ceux qui s’attendent à un film épique du même acabit que les romans de J.R.R. Tolkien risquent d’être fort déçus. Tolkien signifie témérité. Dome Karukoski (Tom of Finland) en est à court. Sa mise en scène est parsemée de beaux plans, sans plus.

Pour son premier film hollywoodien, le réalisateur finnois n’a pas réussi à donner à son Tolkien l’ampleur et le souffle que méritait son sujet.

Nicholas Hoult fait une interprétation solide de Tolkien dans un film qui manque de souffle et d'ampleur.

Au générique

Cote : ** 1/2

Titre : Tolkien

Genre : Drame biographique

Réalisateur : Dome Karukoski

Acteurs : Nicholas Hoult, Lily Collins, Patrick Gibson

Classement : Général

Durée : 1h52

On aime : le dernier tiers. La solide incarnation de Hoult en Tolkien.

On n’aime pas : le manque de magie. La réalisation sans ampleur.