Ellie Chu (Leah Lewis) et Paul Munsky (le Canadien Daniel Diemer) vont devenir amoureux de la même jeune femme...
Ellie Chu (Leah Lewis) et Paul Munsky (le Canadien Daniel Diemer) vont devenir amoureux de la même jeune femme...

Si tu savais... : Les ailes du désir ***

CRITIQUE / Un simple changement de perspective peut parfois donner une nouvelle twist à une histoire connue. Prenez Si tu savais... (The Half of It), savoureux et charmant récit d’apprentissage basé sur un triangle amoureux. Au lieu de mettre en scène deux hommes qui se disputent une femme (ou l’inverse), la comédie dramatique à la Cyrano de Bergerac met en scène un et une ados qui éprouvent un béguin… pour la même élève !

L’histoire est narrée par Ellie Chu (Leah Lewis), l’archétype de la nerd brillante et timide, victime d’intimidation en raison de son intelligence et de ses origines chinoises. Sa famille a abouti à Squahamish, prototype de la petite ville du bout du monde (du moins à ses yeux).

La finissante contribue au revenu familial en rédigeant les dissertations de ses semblables moins doués. Jusqu’à ce que Paul Munsky (le Canadien Daniel Diemer), l’archétype du footballeur maladroit et un peu lent, lui demande d’écrire une déclaration d'amour à Aster Flores (Alexxis Lemire), la beauté naturelle de leur école (déjà engagé avec Trig, fils à papa idiot et superficiel).

Cette dernière se sent à l’étroit et incomprise avec son tempérament d’artiste. La lettre de Paul s’avère une révélation. Lorsqu’elle répond, Ellie va se prendre au (double) jeu et graduellement se mettre à éprouver des sentiments pour Aster, qui n’y verra que du feu, tout comme Paul.

Le film mise évidemment sur la gaffe ou l’accident en devenir qui révélerait la vérité ainsi que les quiproquos engendrés par les propos ambigus d’Ellie.

Car si le long métrage d’Alice Wu (Saving Face) vise clairement un public cible d’ados, il se distingue de la moyenne des films du genre en évitant l’humour grossier et en cherchant à s’élever avec ses références.

La première lettre d’Ellie s’inspire de façon flagrante des dialogues des Ailes du désir (son père, cinéphile averti, écoute des classiques chaque soir) ; elle et Aster ont lu Les vestiges du jour du Nobel Kazuo Ishiguro ; le film cite autant les anciens Grecs que Sartre ; Aster se sert de Diego Rivera comme alias de messagerie, etc.

Bien sûr, on pourrait souligner que l’utilisation de référents demeure superficielle ; que les personnages secondaires manquent de définition ; que l’utilisation excessive de messages textes nuit au rythme cinématographique ou que la réalisatrice abuse du champ / contrechamp (mais il y a de superbes plans qui compensent, comme celui où les deux filles flottent dans une source thermale «secrète»).

Il y a de superbes plans, comme celui où les deux filles flottent dans une source thermale «secrète».

De la même façon que le récent Tous nos jours parfaits, aussi sur Netflix, abordait les problèmes de santé mentale par l’entremise d’une romance, Si tu savais… évoque les difficultés d’accepter une identité sexuelle qui sort de la norme et fait l'éloge de la différence. Le carcan religieux représenté ici, celui de la Bible Belt américaine, a toutefois moins de résonance — quoique...

Chacun peut s’identifier à cette période de l’adolescence où on quitte définitivement le monde de l’enfance pour entrer dans celui de la vie adulte.

Et malgré ses défauts, Si tu savais… demeure attachant parce qu’il évoque aussi une amitié improbable entre un garçon et une fille aux antipodes qui, au fil de leur quête, vont apprendre à se découvrir et s’accepter. Sans compter sur une fin ouverte assez réjouissante.

On a vu bien pire.

Si tu savais... est disponible sur Netflix.

Au générique

Cote : ***

Titre : Si tu savais...

Genre : Comédie romantique

Réalisatrice : Alice Wu

Acteurs : Leah Lewis, Daniel Diemer, Alexxis Lemire

Durée : 1h44