Antigone

Notre meilleur du cinéma québécois en 2019

Année faste pour notre cinéma qui a vu deux de ses représentants dévoiler leur long métrage à Cannes (Xavier Dolan, Monia Chokri), un autre à Berlin (Denis Côté) et quantité obtenir des accolades en festival. Des cinéastes comme Geneviève Dulude-De Celles ont aussi confirmé l’éclosion de leur talent. Et un film a su conjuguer succès critique et public, en salle : Il pleuvait des oiseaux de Louise Archambaut. Une abondance qui a rendu difficile cet exercice.

Antigone, Sophie Deraspe

Les astres se sont alignés pour le cinquième long métrage de Sophie Deraspe. D’une tragique beauté, cette relecture contemporaine d’Antigone frappe l’imagination parce qu’elle a su allier de profonds questionnements sur la vie en société (injustice et violence du «système», notamment) et générer plusieurs moments d’une réelle émotion. Nahéma Ricci est totalement incandescente dans le rôle principal. Le film a représenté le Canada aux Oscars.

Kuessipan, Myriam Verreault

Myriam Verreault y a mis du temps pour boucler Kuessipan, mais l’attente en valait la peine. Son premier long métrage rayonne d’une force vitale. Cette œuvre sensible a le mérite de proposer une touchante histoire d’amitié tout en montrant sans fard les joies et les douleurs qui rythment la vie des Innus de la Côte-Nord. Se distinguant à la fois par ses qualités artistiques et son humanité, il a remporté, entre autres, le Grand prix de la compétition du festival de Québec (FCVQ).

Il pleuvait des oiseaux

Il pleuvait des oiseaux, Louise Archambault

Le beau film de Louise Archambault a touché une corde sensible chez bien des Québécois (presque 200 000 entrées!). Parce que cette lumineuse adaptation du roman de Jocelyne Saucier aborde, sans mièvrerie et avec empathie, la fin de vie de trois hommes qui ont décidé de vivre au ban de la société pour être en harmonie avec la nature et d’une femme bourrée de pilules plutôt que soignée. Mais aussi le fait que l’amour peut jaillir à tout âge. Terriblement émouvant et un sublime chant du cygne pour André Lachapelle. 

Matthias & Maxime

Matthias & Maxime, Xavier Dolan

Xavier Dolan a manifestement eu le goût de prendre un peu de recul avec Matthias & Maxime, en compétition au Festival de Cannes. Ce drame intime et épuré (pour le réalisateur) se situe dans la lignée de ses deux premiers films. Il y aborde à nouveau, avec un regard neuf et un peu plus apaisé, l’amitié, l’identité sexuelle, le désir, l’incommunicabilité, l’incompatibilité, le rapport à la mère... Une œuvre de «maturité», livrée avec beaucoup de tendresse. Ça augure bien pour la suite des choses.

Sympathie pour le diable, Guillaume de Fontenay 

Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. Guillaume de Fontenay a dû la méditer longtemps, celle-là, avant de finalement réussir à tourner son adaptation du livre de Paul Marchand. Ce mélange de drame biographique et de guerre sur le séjour du journaliste pendant le siège de Sarajevo (en 1992) frappe en plein dans le mille. Film sans concession, plein de tension, le réalisateur a su éviter les pièges de l’hagiographie et de la caricature pour se concentrer sur l’essentiel : l’injuste souffrance des civils.

Mentions honorables

  • Une colonie, Geneviève Dulude-De Celles
  • La femme de mon frère, Monia Chokri
  • Jeune Juliette, Anne Émond 
  • Genèse, Philippe Lesage