Talia Ryder dans le rôle de Skylar dans <em>Never Rarely Sometimes Always</em>
Talia Ryder dans le rôle de Skylar dans <em>Never Rarely Sometimes Always</em>

Never Rarely Sometimes Always: le parcours du combattant pour avorter aux États-Unis

PARIS — Autumn a 17 ans et a décidé d’avorter. Dans Never Rarely Sometimes Always, Eliza Hittman filme, sans pathos, le parcours d’une adolescente américaine pour interrompre sa grossesse dans un pays où ce droit est de plus en plus menacé.

Découvert à Sundance avant d’être primé en février au festival du film de Berlin, le long métrage, qui sort vendredi en vidéo sur demande, a germé dans la tête de la réalisatrice dès 2012 avec l’affaire Savita Halappanavar en Irlande.

Cette jeune femme indienne est décédée, des médecins ayant refusé d’interrompre sa grossesse alors qu’elle faisait une fausse couche.

«J’ai commencé à faire des recherches sur le parcours des femmes irlandaises se rendant à Londres pendant 24 heures pour avorter, a-t-elle expliqué à la Berlinale. J’étais frappée par ce voyage que beaucoup de femmes à travers le monde doivent faire.»

Un schéma qu’elle a transposé aux États-Unis en suivant une adolescente de milieu rural se rendant dans une grande ville, avec la volonté de mettre en évidence «la charge sur les épaules des femmes contraintes de gérer seules ces questions».

Never Rarely Sometimes Always suit le parcours d’Autumn (Sidney Flanigan), une étudiante de Pennsylvanie partie à New York avec sa cousine (Talia Ryder, à l’affiche du West Side Story de Steven Spielberg). Un voyage mettant l’accent sur la solidarité féminine, avec des personnages masculins mis à distance, voire occultés.

La réalisatrice Eliza Hittman

La scène la plus forte est celle où une assistante sociale interroge Autumn sur d’éventuels abus qu’elle aurait pu subir, selon une échelle allant de «jamais» à «toujours», donnant son titre au film et offrant des résonances avec la question, dans l’actualité, des violences faites aux femmes.

«J’avais écrit un premier scénario en 2013, mais il y avait un manque d’enthousiasme pour ce sujet quand je parlais du film. On était alors sous Obama et circulait une fausse impression de progrès (concernant les droits des femmes)», souligne la cinéaste, remarquée avec Les bums de la plage (Beach Rats), sorti en 2017.

Les choses ont sans surprise changé avec l’élection de Donald Trump qui, pendant sa campagne, avait conquis la droite religieuse en promettant de choisir uniquement des opposants à l’avortement pour siéger à la Cour suprême.

«La pertinence et l’urgence du film coïncident malheureusement avec des attaques sur nos droits constitutionnels», a estimé la réalisatrice à Berlin.

C’est «un film qui tombe à pic sur un sujet urgent», estime Eliza Hittman, récompensée du Grand prix du jury à la Berlinale.