Malgré «Avengers», le film «Autant en emporte le vent» reste un succès inégalé

NEW YORK — Bien que noyé dans les classements des recettes au box-office, «Autant en emporte le vent» reste, selon plusieurs autres paramètres, le film au plus grand succès populaire de l’histoire du cinéma, même si plusieurs historiens le qualifient de révisionniste.

Avec 402 millions de dollars de recettes dans le monde (selon le site Box Office Mojo), Gone with the Wind, son titre originel ne figure qu’en 285e position toutes périodes confondues.

Mais le film a vendu 215 millions de billets aux États-Unis, selon le site spécialisé IMDb, de très loin le record en la matière. Ce score est en partie attribuable au fait qu’Autant en emporte le vent a bénéficié de sept sorties nationales, entre 1939 et 1974.

En prenant comme référence le prix de la place en 2018, soit 9,11 dollars selon l’association des exploitants (NATO), cela équivaudrait à 1,958 milliard de dollars, pour le seul marché américain.

Le livre Guiness des records estime lui les recettes du film à 3,44 milliards de dollars au niveau mondial en tenant compte de l’inflation.

Pour mesurer l’ampleur du phénomène, il faut aussi rappeler que depuis 1939 et la première sortie du film, la population américaine a été multipliée par 2,5, ce qui donne encore plus de poids aux résultats enregistrés, à l’époque, par «Autant en emporte le vent».

Un film révisionniste? 

Le succès de cette oeuvre-fleuve (03H58), adaptée du roman éponyme de Margaret Mitchell, est d’autant plus marquant qu’il est considéré par de nombreux historiens comme l’instrument le plus ambitieux et efficace du révisionnisme sudiste.

Immédiatement après la fin de la guerre de Sécession (1861-1865), plusieurs mouvements nés dans les anciens États confédérés se sont attachés à dépeindre le sud d’avant le conflit sous un jour plus présentable.

L’idéologie de la cause perdue soutenait que les États du Sud s’étaient battus pour leur indépendance politique, menacée par le Nord, et non pour le maintien de l’esclavage.

Dans leur déclaration de sécession, ces États expliquaient pourtant sans ambiguïté que leur décision était d’abord motivée par le refus de renoncer à l’exploitation des Noirs.

«L’esclavage n’est même pas un sujet important du film», relève Kathryn Stockett, auteure du roman «La couleur des sentiments» qui évoque le destin des domestiques noires dans le sud des années 60, dans le documentaire «Old South/New South».

«Vous avez ces Afro-Américains qui travaillent pour des familles blanches», dit-elle, «et c’est comme si c’était juste leur boulot (...) quelque chose qu’ils auraient choisi.»

Pour Randy Sparks, professeur d’histoire à l’université de Tulane, «Autant en emporte le vent» est l’un des meilleurs exemples du fait que la vision sudiste de l’histoire de la seconde moitié du XIXe siècle s’est imposée au fil des années comme la vision dominante aux États-Unis, explique-t-il dans le même documentaire.

«Il n’y a pas beaucoup d’exemples», dit-il, «dans lesquels les perdants (de la guerre) écrivent l’histoire».

«Autant en emporte le vent» a permis à Hattie McDaniel, qui jouait Mama, la fidèle esclave de Scarlett O’Hara, de devenir la première actrice noire à recevoir un Oscar, en 1940.

À l’époque, la ségrégation raciale était institutionnalisée à Hollywood comme dans de nombreux autres pans de la société américaine, et Hattie McDaniel avait dû assister à la cérémonie assise au fond de la salle, cantonnée à une table séparée des autres vedettes du film, Vivian Leigh et Clark Gable.

Le producteur David O. Selznick avait même dû intervenir personnellement pour la faire admettre dans l’hôtel Ambassador, qui a refusé l’entrée aux Noirs jusqu’en 1959, lorsque la Californie a rendu illégale la discrimination raciale.