Henry Brogen (Will Smith) va découvrir l’existence de son double, plus jeune d’un quart de siècle.

L'homme gémeau: nouvel emballage, même formule **

CRITIQUE / L’homme gémeau (Gemini Man) promettait beaucoup : effets spéciaux révolutionnaires, thèmes intéressants, de l’action, Ang Lee comme réalisateur et Will Smith, deux fois plutôt qu’une.

Qu’on ait tenté de rendre l’emballage super attrayant relève d’une tactique vieille comme le monde qui consiste à essayer de convaincre le spectateur de prendre des vessies pour des lanternes.

La figure archétypale du gémeau remonte à la nuit des temps. Avec un peu de science-fiction, le long métrage en propose une variation intrigante : une version plus jeune de soi-même — un véritable clone. 

Henry Brogen (Smith), un tueur à gages vieillissant prêt à accrocher son arme, va en faire la brutale découverte lorsque son double, plus jeune d’un quart de siècle, va tenter de l’éliminer...

Cette version rajeunie de Smith (époque Fresh Prince) résulte d’une technique sophistiquée d’images de synthèse (CGI). Ce qui s’avère assez troublant, mais cela s’estompe avec le temps. 

Pour l’accentuer cet effet, Ang Lee a pourtant tourné à 120 images par seconde (au lieu des 24 habituelles), ce qui permet une plus grande netteté de la profondeur de champ et donne l’illusion au spectateur d’être vraiment dans l’action. En théorie. Curieusement, il sape l’effet de réalisme plutôt que l’accentuer…

Ce qui n’aide en rien quand on a affaire à un scénario de drame d’espionnage usé à la corde, mélange de Jason Bourne et de James Bond, et, par le fait même, hautement prévisible : poursuites, cascades, batailles interminables et arts martiaux sont au menu. Sans parler des personnages stéréotypés.

Donc, notre Brogen est hanté par ses actions et rongé par des problèmes de conscience, au point de ne plus supporter de se regarder dans le miroir (une allusion au mythe de Janus). 

L’ex-tueur à gages découvre qu’on l’a piégé lors de sa dernière mission, ce qui pousse son agence à vouloir l’éliminer. Il se lie toutefois avec Danny (Mary Elizabeth Winstead), la jeune espionne chargée de le surveiller. Le nouveau duo va prendre la fuite, non sans avoir semé quelques cadavres sur son passage.

Après avoir confronté son clone, Brogen réalise que son ex-­commandant Clay Varris (Clive Owen) est le «père» de la «créature» — une façon comme une autre de revisiter Frankenstein, mais sans les questionnements existentiels et éthiques de l’œuvre de Mary Shelley.

Le cynique vilain pilote une compagnie paramilitaire dénommée… Gémeau! Ses mercenaires vont évidemment se mêler de la chasse à l’homme.

Il est désolant, compte tenu de la minceur du récit, que la richesse thématique n’ait pas été abordée plus en profondeur. Les trois scénaristes misent sur l’idée, somme toute banale, du que-dirait-on-à-notre-jeune-version pour qu’elle évite de répéter les mêmes erreurs. 

Les dialogues, d’une pauvreté navrante, n’aident en rien Will Smith, néanmoins convaincant. Winstead (10, Cloverfield Lane) s’en tire un peu moins bien, mais rien de catastrophique.

Le plus désolant demeure le fait qu’Ang Lee (Ice Storm, L’histoire de Pi…) se soit tellement préoccupé de l’aspect technique de L’homme gémeau qu’il en ait oublié d’insuffler une âme à son film.

Au générique

Cote : **

Titre : L’homme gémeau

Genre : Science-fiction

Réalisateur : Ang Lee

Acteurs : Will Smith, Mary Elizabeth Winstead, Clive Owen 

Classement : 13 ans +

Durée : 1h57

On aime : certaines scènes d’action.

On n’aime pas : à peu près tout le reste.