L'été: Coup de soleil *** 1/2

CRITIQUE / Le 15 août 1990, l’auto de Viktor Tsoï percute un autobus et le chanteur rock, mort à 28 ans, entre dans la légende. Du moins celle de l’ex-URSS. L’icône revit dans L’été (Leto), un des meilleurs films que j’ai vus au Festival de Cannes, l’an passé, puis à celui de Québec, en septembre.

Même près de 30 ans plus tard, le souvenir de Tsoï dérange à ce point le pouvoir actuel que Vladimir Poutine a fait arrêter puis assigné à résidence le réalisateur Kirill Serebrennikov tout juste avant la projection à Cannes. — il vient d’être libéré. Plus ça change... 

On comprend pourquoi : ce superbe long métrage est un formidable hymne punk à la liberté, à l’amitié et à l’amour. 

Il aurait été facile pour Serebrennikov (Le disciple) de tourner un drame biographique. Le réalisateur et dramaturge russe a plutôt recréé l’effervescence de la scène rock underground de Leningrad au début des années 80, tout en dépeignant les espoirs d’une génération en quête de renouveau à l’aube de la perestroïka. Kino, le groupe de Tsoï, demeure très populaire en Russie, selon les artisans du film. 

L’été est traversé par une grande liberté de ton, entre comédie musicale, hommage à la Nouvelle Vague (dans l’esthétique noir et blanc réaliste et sa superbe photo, ainsi que ses plans-séquences) et drame romantique.

Le réalisateur a placé au centre de son récit un délicat ménage à trois à la Jules et Jim (de Truffaut). Mike Naoumenko (Roman Bilyk), guitariste doué et vedette locale qui carbure à Bowie, à Lou Reed et à Mark Bolan, partage ses nuits entre la scène et la belle Natacha (Irina Starshebaum). 

Jusqu’à ce que Viktor (Teo Yoo), musicien timide et poète naïf, entre dans leur vie. Partagé entre son désir de reconnaissance et son anxiété à se lancer, Mike va plutôt se glisser dans le rôle du mentor avec générosité et humilité. 

Serebrennikov a réussi à traduire l’insouciance de la jeunesse, même dans un régime despotique, grâce à une mise en scène forte, axée sur la joie de vivre du trio et de la bande qui les entoure. Il y a bien quelques longueurs et répétitions, le film mélancolique s’essouffle vers la fin, mais L’été vibre d’une énergie particulière, porté par le jeu naturel de ses interprètes. La trame sonore est évidemment formidable, de Bowie à Iggy Pop. 

Encore plus formidable : L’été est un pied de nez à tous les régimes totalitaires.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : L’été

Genre : Comédie musicale-biographique

Réalisateur : Kirill Serebrennikov

Acteurs : Roman Bilyk, Irina Starshenbaum, Teo Yoo

Classement : Général

Durée : 2h06

On aime : Le liberté de ton. L’énergie de la scène locale. La formidable trame sonore. Le pied de nez aux régimes totalitaires.

On n’aime pas : quelques répétitions.