Bill Murray fait la bise à Selena Gomez sous les yeux de Luka Sabbat, Tilda Swinton et du réalisateur Jim Jarmusch.

Les zombies envahissent Cannes

CANNES — Les vedettes ont défilé sur le tapis rouge mardi soir pour l’ouverture de cette 72e édition du Festival de Cannes, mais ce sont plutôt les zombies qui ont envahi les salles de projection avec la présentation de Dead Don’t Die de Jim Jarmusch.

Tristement, cette soirée s’est transformée en hommage à l’immortelle Agnès Varda, décédée récemment, et dont la photo orne la très belle affiche de l’édition 2019. Le gratin réuni dans le Grand Théâtre Lumière a eu droit à des extraits du plus récent documentaire de la regrettée cinéaste, Varda par Agnès, et de Cléo de 5 à 7, présenté en compétition en 1962. La douée Angèle est venue interpréter Sans toi, du même long métrage, un moment bouleversant.

Charlotte Gainsbourg et Javier Bardem, tout sourire, ont ensuite rempli la formalité de l’ouverture officielle.

Avant, on a pu apercevoir Bill Murray et Tilda Swinton prendre un court bain de foule sur la Croisette. Ils ont emprunté le célèbre tapis rouge en compagnie de toute la distribution de Dead Don’t Die et du réalisateur aux gris cheveux fous, pour reprendre les mots d’Édouard Baer, qui officiait comme animateur pour une deuxième année de suite.

C’est d’ailleurs cette pléthore de vedettes, ainsi que la longue relation d’amitié qui lie Jarmusch au Festival, qui a dû convaincre Thierry Frémaux, le délégué général, de le programmer en ouverture. Le réalisateur de Down By Law était réticent. On peut comprendre.

Son amusante comédie, car c’en est une, est une œuvre mineure dans sa filmographie. Le cinéaste ne réussit pas complètement à subvertir les codes du genre comme il l’avait fait pour le film de vampires avec Les derniers amants, aussi présenté en compétition en 2013.

Bien sûr, on reconnaît sa touche particulière, stylistique et musicale. Ce récit abracadabrant se déroule à Centerville, bled perdu et figé dans le temps, autour de deux policiers apathiques et dépassés, interprétés par Murray et Adam Driver, sur le mode l’élève dépasse le maître.

La féroce et mordante critique de l’ère Trump et du consumérisme — les zombies ont vendu leur âme au capitalisme sauvage — souffre toutefois de sa mollesse scénaristique. Les clins d’œil à la Nouvelle Vague font mouche, de même que certains gags en boucle et les apparitions de RZA à Iggy Pop (à peine maquillé) ainsi que le petit rôle de Tom Waits en ermite.

Bref, un amuse-gueule avant de s’attaquer aux plus grosses bouchées de la compétition.

En passant, ce n’est pas que les festivaliers qui ont découvert le long métrage : près de 600 salles de cinéma françaises ont retransmis l’évènement en direct. 

Au Québec, The Dead Don’t Die sera en salle le 14 juin.

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LU

Un portrait conte de fées comme on les aime dans le Hollywood Reporter à propos de Mike Moh. Le propriétaire d’un studio d’arts martiaux du Wisconsin passait une audition pour une comédie à HBO sous la supervision de Victoria Thomas, qui supervisait aussi la distribution du nouveau Tarantino. En moins de temps qu’il n’en faut pour casser une brique à mains nues, l’Américain de 35 ans s’est vu attribuer le rôle de Bruce Lee dans Il était une fois à Hollywood. Sa présence dans la bande-annonce en a fait une vedette instantanée. Moh jouera aussi dans Killerman avec Liam Hemsworth. À suivre.

VU

Le sourire éclatant de Maimouna N'Diaye en conférence de presse. «Ça fait maintenant deux semaines que je suis dans tous mes états», a souligné l’actrice, qu’on a pu voir dans L’œil du cyclone de Sékou Traoré (2015) et qui prêtait sa voix à la mère dans Kirikou et la sorcière de Michel Ocelot (1998). Et de raconter qu’elle a accepté d’être membre du jury lorsque le Festival l’a contactée, — «j’ai dit oui tout de suite» — sans savoir sur lequel au juste. Ce qui n’a pas tardé quand une connaissance lui a lâché un coup de fil en disant : «comme ça, tu es sur le jury de la compétition! Petite cachotière», a-t-elle rigolé.

ENTENDU

Thierry Frémaux, le délégué général, expliquer que le Festival avait mis sa ceinture et ses bretelles pour s’assurer de la projection de Liu Yu Tian (Summer of Changsha) dans la section Un certain regard. Le film de Feng Zu a obtenu l’aval du bureau de la censure. Ce qui n’avait pas été le cas de One Second du grand Zhang Yimou, forçant la Berlinale à le déprogrammer en catastrophe. Un nouveau montage pour Cannes a essuyé un autre refus — malheureusement. Il semble que la possibilité que le long métrage reparte avec un prix aurait indisposé le gouvernement chinois au plus haut point...

On a vu

The Dead Don’t Die

Jim Jarmusch

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Les frais de ce reportage sont payés en partie par le Festival de Cannes.