Cannes n’avait pas encore fini de revêtir ses plus beaux atours, lundi.

Le Soleil à Cannes: l’audace de Monia Chokri saluée

CANNES — «Vous allez me parler de Xavier Dolan», a lancé Thierry Frémaux. Pour une fois que je réussissais à poser une question au délégué général du Festival de Cannes en conférence de presse, il a dû être déçu… Je voulais plutôt savoir pourquoi la direction artistique avait choisi «La femme de mon frère» de Monia Chokri en ouverture de la section Un certain regard, mercredi soir.

Il a quand même dû apprécier, le Thierry, après s’être fendu d’une longue déclaration sur la parité de la sélection. En gros, on choisit les meilleurs films, peu importe le sexe du cinéaste. J’aimerais mieux parler de cinéma, disait-il.

Justement, pourquoi le premier long métrage, qui sera donc en lice pour la Caméra d’or, de la Québécoise? «C’est une comédie contemporaine, assez étonnante. Ça parle de jeunesse, de vécu. Il fallait qu’elle en fasse un film. Du coup, on a décidé de la mettre parce que ça correspond bien à l’humeur d’un film d’ouverture pour Un certain regard. C’est une femme et c’est un premier film, ce sont des signes à envoyer que Cannes est le lieu de la découverte, de l’audace...»

Ce fut le cas, d’ailleurs avec Xavier Dolan, dont c’est déjà la cinquième présence en sélection officielle à 30 ans! Car avant Matthias et Maxime (le 22 mai), en lice pour la Palme d’or, le doué réalisateur avait présenté Les amours imaginaires, en 2010, et Laurence Anyways, en 2012, dans la section Un certain regard, dans lesquels joue… Monia Chokri! Les deux sont d’ailleurs restés amis.

Il y a déjà eu des années plus fastes pour le cinéma québécois à Cannes, mais cette 72e édition est déjà une bonne cuvée.

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Cannes n’avait pas encore revêtu ses plus beaux atours, lundi. Ça jouait encore du marteau autour du palais des Festivals. Forcément, les curieux sont moins nombreux malgré le beau temps. On ne perd rien pour attendre puisque The Dead Don’t Die, en ouverture (et en compétition) mardi soir, a une distribution à faire peur…

Le film de zombies de Jim Jarmusch, dont c’est la neuvième présence en compétition, peut compter sur la présence de Bill Murray, Adam Driver, Tilda Swinton, Chloë Sevigny, Steve Buscemi, Danny Glover, Iggy Pop, Tom Waits, Selena Gomez…

Ce long métrage, ainsi que celui de Tarantino (le 21 mai) avec DiCaprio, Pitt et Robbie, réussissent presque la quadrature du cercle à Cannes. Du cinéma d’auteur, mais avec des vedettes. «Le glamour fait partie des obligations», observait Thierry Frémaux. Sa devise : «trouver l’équilibre».

Le délégué général Thierry Frémaux en compagnie de l'actrice américaine et membre du jury Elle Fanning au balcon de l'Hôtel Martinez, lundi à Cannes.

Jarmusch et Tarantino sont deux réguliers sur la Croisette, des «amis» du Festival. Il y a une couple d’années, on avait remis aux journalistes des macarons (pas ceux qui se mangent). «Pfff, en compèt, c’est toujours les mêmes», pouvait-on lire sur le mien, avec une bonne dose d’ironie.

En effet, plusieurs cinéastes de cette 72e édition sont des réguliers, outre les deux Américains : les Dardenne, Aldomovar, Dolan, Malick, Desplechin et le doyen Loach, à sa 16e présence en sélection! «Une moitié d’établis pour une moitié de nouveaux», illustrait le délégué général. Presque : 13 cinéastes sur les 21 ont déjà concouru pour la Palme d’or.

Pour les huit dont c’est une première, quatre sont des femmes. Une forme d’équité? Plus sérieusement, la présence de Mati Diop, première réalisatrice noire en compétition, de Jessica Hausner, ex-protégée de Michael Haneke, de Céline Sciamma et Justine Triet est une amélioration.

Pas assez, disent certains. Vrai que la presse aime bien chialer à Cannes. «On nous demande des choses qu’on ne demande pas à d’autres festivals. […] On aimerait, dès fois, ne pas être seuls à porter ce fardeau. On nous demande d’être irréprochables.»

C’est le prix à payer pour être le plus prestigieux festival de cinéma du monde, aurait-on eu le goût de répondre à Frémaux. L’homme est un brin arrogant, mais toujours aussi éloquent et divertissant. Intarissable aussi. En une heure, les journalistes de la presse internationale n’ont pas pu poser beaucoup de questions...

Petite marche sur la plage de Cannes, lundi

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Alors que je marchais ensuite pour me secouer le décalage horaire — trois avions et un autobus pour 18 heures de déplacement, ça engourdit —, je suis tombé sur la très modeste rue du Canada. En sept ans ici, je ne l’avais jamais remarquée. Pour dire, l’affiche de Ryan Reynolds déployée sur la commerçante rue Antibes est presque aussi longue. Où je veux en venir? Nulle part. Je constate, c’est tout.

La modeste rue du Canada à Cannes

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Les frais de ce reportage sont payés en partie par le Festival de Cannes.