Le réalisateur David Findlay, sur le plateau de son premier long-métrage, en compagnie de Louise Portal et d’Ahmed Muslimani. Le tournage s’est déroulé au lac Saint-Joseph.

Le rêve devenu réalité de David Findlay

Adolescent, David Findlay rêvait de participer aux Jeux olympiques et aux X Games en snowboard. Il aimait filmer ses exploits et ceux de ses amis, dont Alex Beaulieu-Marchand, médaillé de bronze en ski acrobatique, à Pyeongchang, l’an dernier. Une grave blessure au genou, à 15 ans, l’a forcé à revoir ses plans. Aussi a-t-il bifurqué vers des études en cinéma, à l’autre bout du pays, en route vers son premier long-métrage, «Everything Outside», tourné dans la région de Québec.

Pour ce baptême, le jeune trentenaire a rallié à sa cause la chevronnée comédienne Louise Portal qui, pour la première fois, endosse un rôle en anglais, face au comédien torontois d’origine libanaise, Ahmed Muslimani. Ils incarnent respectivement une artiste-peintre solitaire et un comédien débarqué à l’improviste dans la résidence que celle-ci habite temporairement. Au fil des jours, la méfiance laissera place à une complicité équivoque entre les deux personnages.

Si la métaphore de la peur de l’autre, thème dans l’air du temps, flotte au-dessus du récit, le jeune réalisateur explique ne pas avoir voulu l’aborder de front. «Je voulais plutôt laisser le spectateur découvrir le sous-texte et la cause de la dégringolade de la relation», dit-il en entrevue téléphonique.

Portal et Outinen

Natif de Québec, d’un père anglophone du Nouveau-Brunswick et d’une mère francophone, David Findlay a grandi dans une famille où le bilinguisme était à l’honneur. Or, l’idée de tourner en anglais s’est imposée à l’étape du scénario, écrit en collaboration avec son ami Derin Emre.

«C’est venu naturellement, explique le cinéaste de 27 ans. L’histoire avait été écrite de cette façon, avec des personnages complètement différents, mais qui parlent anglais. J’avais vu Louise dans Vers le sud, avec Charlotte Rampling, et je la savais capable de jouer en anglais. Elle a un accent, mais ça fait partie du personnage.»

C’est lors de ses études cinématographiques à l’Université de Colombie-Britannique qu’a eu lieu sa rencontre avec Ahmed Muslimani, avec qui il a tourné quelques courts-métrages par la suite. Le comédien, plus à l’aise dans la langue de Spielberg, a trouvé en Louise Portal la partenaire de jeu idéale. «Elle est si généreuse, tellement agréable à côtoyer, avoue-t-il. Elle n’avait qu’une seule prétention, celle de faire un bon film. Je me considère chanceux d’avoir pu vivre cette expérience.»

Findlay a tenté le grand coup pour avoir au générique Kati Outinen, une habituée des films d’Aki Kaurismaki qu’il avait vue jouer en français dans Le Havre. La lauréate du Prix d’interprétation à Cannes, en 2002, pour L’homme sans passé, a accepté un petit rôle dans Everything Outside à la lecture du scénario. «Travailler avec elle fut un grand plaisir.»

Campagne de socio-financement

Comme de plus en plus de jeunes réalisateurs, David Findlay n’est pas resté les bras croisés après le refus de Téléfilm Canada et de la SODEC de lui donner un coup de pouce financier. Une partie de ses économies découlant de son travail en publicité, une campagne de socio-financement et «des manières alternatives» lui ont permis de réaliser le rêve de ce premier film, produit pour un budget minimaliste de 80 000 $. Le vaste chalet de sa grand-mère, en bordure du lac Saint-Joseph, où il passé les étés de son enfance, a servi de lieu de tournage.

La campagne de socio-financement lui a apporté des sous de la part de donateurs inattendus. Des inconnus d’Australie, d’Arabie saoudite et de l’Alabama ont accepté de lui venir en aide. « Ils étaient game de supporter le projet», mentionne le cinéaste.

Si son initiation au septième art, dans son enfance, s’est d’abord faite avec les films de Jackie Chan et de Bruce Willis, plutôt que ceux de Godard et de Bergman, David Findlay a eu le temps de rattraper le temps perdu pendant ses études à UBC. Un professeur de cinéma aujourd’hui décédé, «une véritable encyclopédie sur deux pattes», lui a transmis une passion qui l’habite toujours. «Tout à coup, everything makes sense, j’ai découvert que j’étais fait pour ça. Depuis, j’ai consacré tout mon temps à faire des films.»

Ses modèles en réalisation vont de Rohmer, pour l’absence de jugement qu’il porte sur ses personnages, à l’Anglais Andrew Haigh (45 Years, Weekend), en passant par Mathieu Kassovitz, dont le drame La Haine a été pour lui une épiphanie. «C’est le premier film où j’ai constaté qu’il y avait un réalisateur derrière la caméra, qui pensait à tous les plans, qui avait des idées.»