Juliette Binoche
Juliette Binoche

Juliette Binoche en bonne épouse!

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
PARIS — En personne, Juliette Binoche s’avère aussi resplendissante et vivace que sur grand écran. Et sa présence en impose : en janvier, les journalistes entassés dans une suite d’hôtel de Paris se sont révélés étonnamment disciplinés pour l’interviewer à propos de son rôle dans La bonne épouse, comédie de Martin Provost sur la libération de la femme.

La fabuleuse Binoche, 56 ans, fut la première des deux seules (avec Julianne Moore) actrices à avoir reçu un prix d’interprétation à Berlin (Trois couleurs : Bleu); Venise (Le patient anglais) et Cannes (Copie conforme). Sans compter ses nominations aux Oscars, aux Césars (dix!), aux BAFTA, etc.

Elle se révèle pourtant d’une simplicité désarmante, au naturel : pas de maquillage, blouse blanche sous une veste de cuir noir, tout comme les pantalons et les bottes. Élégante, quoi!

Forcément à des années-lumière de son rôle de Paulette Van Der Beck, femme coincée qui dirige avec ardeur, en 1967, un institut qui apprend aux jeunes filles à devenir des épouses obéissantes. Mais Mai 68 approche à grands pas et avec lui un vent de libération.

Son personnage «représente une idée qu’on s’est faite de la femme soumise aux volontés de son mari, qui doit incarner la perfection et savoir cuisiner».

Juliette Binoche comprend très bien le contexte historique. Sa mère, raconte-t-elle, n’a pas obtenu la liberté à laquelle elle aspirait. Une forme de révolte grondait en elle. «Moi, elle m’a éduquée à être indépendante, comme ma sœur. Ça vient de loin. Ce sont des générations de femmes qui se sont retrouvées sans rien et qui ont appris à la suivante ce désir de liberté et d’indépendance financière. Mon fils, je l’ai eu à 29 ans. Pas à 20. J’étais déjà actrice et libre.»

Sous des allures inoffensives — au début surtout —, La bonne épouse se révèle un film féministe, «mais dans le bon sens du terme, qui fera comprendre d’où on vient. […] Cette histoire de #MeToo n’arrive pas comme un cheveu sur la soupe. Ça vient de loin et de ce carcan qui a été mis sur les femmes depuis des centenaires». Elle dresse d’ailleurs un parallèle entre le désir de contrôle et le voile pour démontrer qu’il s’agit, croit-elle, d’une réaction de peur de la part des hommes.

Une situation qui perdure «dans bien des coins du monde et même en province, en France. On est loin d’une révolution complète et générale. Il y a une libération qui se fait, de la parole, et des femmes, mais on reste encore dans un monde très masculin. On n’a qu’à voir Trump et ses acolytes partout dans le monde.»

Dans La bonne épouse, Paulette Van Der Beck va découvrir la vraie nature de son mari. Dépendant au jeu, il la laisse sans le sou. Mais un amour de jeunesse survient qui lui libère l’esprit et le corps. Elle entraîne alors dans son sillage ses deux fidèles alliées, sa belle-sœur Gilberte (Yolande Moreau), cuisinière hors pair et admiratrice d’Adamo, et Marie-Thérèse (Noémie Llovsky), religieuse, ancienne résistante et adoratrice du général de Gaulle!

Ce qui introduit une scène marquante, qui tient de la comédie musicale, où le trio et leurs protégées, en route vers Paris, dansent en énumérant des noms de femmes, de Simone de Beauvoir à Marylin Monroe, en passant par Frida Kahlo et Mata-Hari.

Si la chorégraphie se retrouvait bel et bien au scénario, cette recension féminine est une idée de Juliette Binoche. «Il y avait un passage musical et je l’ai suggérée à [Martin Provost].» Le réalisateur a soumis le concept au compositeur et après «on a écrit».

«Ce sont des femmes très différentes qui font la complexité de la femme, qui se sont révélées différemment. Marylin, elle a libéré la sensualité. […] On l’a fait femme-objet, mais, elle, ce qu’elle a révélé et provoqué… Comme Bardot a provoqué une liberté. Mais on n’a pas pu mettre Bardot parce que… On va éviter cette impasse-là (rires). Mais sans Marylin, il n’y a pas la sensualité. Et sans la sensualité, y a pas d’humain et pas d’amour. Elle a provoqué quelque chose malgré elle. Et la pauvre, elle en est morte, d’ailleurs.»

Juliette Binoche a, elle, la liberté de faire ce qui lui plait. Comme d’apprendre à chanter au début de la cinquantaine puis de proposer un spectacle sur Barbara. «C’est fabuleux parce qu’on entre dans d’autres résonances et expressions. On devrait tous chanter d’ailleurs.» Ou de choisir de tourner aux États-Unis dans le premier long métrage d’Anna Gutto, Paradise Highway. Mais ça, c’était avant la pandémie de la COVID-19.

En attendant un semblant de retour à la normale, on peut aussi voir Juliette Binoche donner la réplique à Catherine Deneuve dans La vérité du vénéré réalisateur Hirokazu Kore-eda, film qui ne s’est malheureusement pas retrouvé en salle (le long métrage est disponible à la location sur iTunes et AppleTV).

La bonne épouse prend l’affiche le 21 août.

Les frais de ce reportage ont été payés par Unifrance.