Jeremy Peter Allen, premier assistant-réalisateur, sur le plateau de It Must Be Heaven avec la comédienne Raïa Haïdar.

Jeremy Peter Allen vivra Cannes par procuration

Tous les cinéastes rêvent d’aller au Festival de Cannes. Jeremy Peter Allen ne sera pas physiquement présent à la 72e édition qui débute mardi prochain, mais il y participera par procuration. Le résident de Québec a travaillé comme premier assistant à la réalisation, l’automne dernier, sur It Must Be Heaven d’Elia Suleiman, film retenu pour la compétition avec les Tarantino, Dardenne, Almodóvar et cie!

Jeremy Peter Allen a réalisé un travail de premier plan sur le tournage à Montréal (après la Palestine et Paris). Puisqu’Elia Suleiman joue aussi le premier rôle, «j’ai travaillé avec lui de près, à toutes les étapes» pendant deux mois. «Je l’ai aidé à concrétiser sa vision. Il dépendait beaucoup de moi et de Sofian [El Fani, la directrice photo].»

Ce n’était pas une première pour le réalisateur de Manners of Dying (2004). L’homme de 50 ans a joué le même rôle auprès de Robert Lepage pour La face cachée de la Lune (2003). Bien sûr que la paye est intéressante. Mais c’est surtout le désir de travailler avec Elia Suleiman sur une grosse production, «un cinéaste que j’adore et que je suis depuis des années», qui l’a motivé.

Quand il a eu vent du tournage à Montréal Jeremy Peter Allen a pris le risque d’appeler le producteur québécois pour offrir ses services. Il ne l’a pas regretté.

La quatrième présence en Sélection officielle du réalisateur du Temps qu’il reste (2009) n’a pas été une grosse surprise «même si c’était une grosse année» en compétition.

Voir It Must Be Heaven dans la course à la Palme d’or fait un petit velours à Jeremy Peter Allen «même si ce n’est pas mon film à moi. Mais j’investis toujours mon temps et mon énergie sur des projets qui en valent la peine sur le plan artistique.»

Sa connaissance de l’univers esthétique de Suleiman a grandement aidé sur le plateau où le Québécois a fait de tout, notamment joué au diplomate auprès des acteurs et des techniciens parfois excédés des exigences du réalisateur. On pourra même le voir dans la peau d’un policier qui coure après un suspect — un remplacement de dernière minute pour un figurant qui s’est tordu la cheville, ce qui a bien fait rigoler l’équipe!

Après l’annonce de la Sélection, il a échangé quelques messages électroniques avec Elia Suleiman. Le réalisateur palestinien soulignait, sourire en coin, qu’il espérait ne pas l’avoir trop fait souffrir. «On a travaillé comme des chiens.»

Manifestement, le jeu en valait la chandelle. Et Jeremy Peter Allen y a appris quelque chose de fondamental : «il est excessif, entêté dans sa volonté de concrétiser sa vision, mais ça se transpose à l’écran.»

Une leçon qu’il pourra appliquer à une éventuelle réalisation. Le cinéaste de Québec a obtenu une aide au développement de la SODEC pour un scénario sur le fait francophone dans l’Ouest du pays à l’époque de Louis Riel. «C’est un peu en retard à cause de mon travail avec Elia.»

Jeremy Peter Allen entend donc consacrer les deux prochains mois à l’écriture de ce projet, que produirait Serge Noël, le coproducteur du film… d’Elia Suleiman!

Qui sait, peut-être que le cinéaste aura sa chance lors d’une prochaine édition du Festival de Cannes...