Alejandro González Iñárritu a fustigé l'attitude parfois déplorable des gens envers les migrants.

Iñárritu plaide pour les migrants à Cannes

CANNES — C’était l’éléphant dans la salle de conférence de presse lors de la présentation du jury du 72e Festival de Cannes. Surtout avec un président mexicain, Alejandro González Iñárritu. Son nom n’a pas été prononcé, mais le réalisateur de Birdman ne s’est pas gêné pour déclarer à quel point le repli identitaire et la montée du nationalisme, et pas seulement aux États-Unis, sont dangereux. «On sait comment ça s’est fini dans les années 1930.»

À une question sur la volonté sans cesse répétée de la présidence américaine de construire un mur à la frontière avec le Mexique, Iñárritu a commencé par pointer que la composition du jury parlait d’elle-même — quatre femmes et hommes, de sept nationalités différentes.

Le cinéaste a ensuite rappelé qu’il s’était éloquemment prononcé sur la question il y a deux ans, ici à Cannes, avec son émouvante et troublante Carne y arena. L’installation en réalité virtuelle présentait un court métrage suivant le parcours de migrants qui se retrouvent dans la ligne de mire de garde-frontières américains.

Mais «elle ne reflète pas seulement ce qui se passe à la frontière mexicaine, mais partout dans le monde. Mon travail exprimait à quel point c’était mal, cruel et dangereux. Je mettais en lumière le fait que les gens les plus fragiles et pauvres du monde fuyaient la violence en risquant leur vie. Ceux qui la perdent dans le sable du désert ou l’eau de la mer ici, pendant que le monde ne fait rien, a-t-il souligné, manifestement ému. Les politiciens écrivent des fictions et font croire que ce sont des faits. Les gens ignorants sont facilement manipulables.

«J’espère qu’on va bientôt assister à un retour du balancier. On connait l’histoire, on connait cette rhétorique.»

Cette prise de position fait changement des platitudes et formules creuses qu’on entend habituellement dans cette figure imposée où on livre aux journalistes les membres du jury. Qui n’ont pas encore vu les films, faut-il le rappeler.

Le jury du 72e Festival de Cannes. De gauche à droite, le réalisateur français Robin Campillo, l'Américaine Kelly Reichard, le réalisateur polonais Pawel Pawlikowski, le président du jury Alejandro González Iñárritu, la réalisatrice du Burkina Faso Maimouna N'Diaye, l'actrice américaine Elle Fanning, la réalisatrice Italienne Alice Rohrwacher, le bédéiste Enki Bilal et le réalisateur grec Yorgos Lanthimos.

«Je ne sais pas comment ça va fonctionner, je n’ai jamais été président [d’un jury], je n’ai jamais rien contrôlé, ni mes plateaux ni mes familles. […] Je n’aime pas juger, j’aime m’imprégner pour réagir et discuter des films ensuite, a déclaré Iñárritu en soulignant la qualité de la compétition cette année. J’aimerais voir les films sans savoir qui les a tournés.»

Alors que, l’an passé, Pedro Almodóvar avait fait une sortie en règle contre Netflix, le président actuel croit que le cinéma et la diffusion en continu peuvent cohabiter.

«Le cinéma est puissant, il existe des formes d’expression incroyables, ce qui compte c’est l’expérience que propose un film. Voir un film sur grand écran, c’est bien sûr autre chose que voir un film sur son ordinateur avec des écouteurs. Le plus important reste de voir les œuvres et Netflix capitalise dessus», a-t-il dit en déplorant, toutefois, le nombre restreint de salles, partout dans le monde, où on peut voir du cinéma d’auteur.

Il aura d’ailleurs ses côtés des cinéastes qui portent fièrement ce flambeau : Alice Rohrwacher, Robin Campillo, Yorgos Lanthimos, Pawel Pawlikowski, qui ont tous remporté des prix à Cannes, ainsi que Kelly Reichardt, Enki Bilal et Maimouna N’Diaye. L’actrice Elle Fanning, qui veut représenter «la voix de la jeunesse», complète le jury.

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Les frais de ce reportage sont payés en partie par le Festival de Cannes.