Chris (Mark O’Brien) est dans le trouble dans <em>Hammer</em>.
Chris (Mark O’Brien) est dans le trouble dans <em>Hammer</em>.

Hammer: un suspense qui cogne ***

CRITIQUE / Jusqu’où un père (ou une mère) peut-il aller pour sortir son fils du trouble? Pas mal loin, surtout si on a le malheur de mettre la main dans un engrenage qui risque de vous broyer comme Stephen Davis dans le très bon suspense Hammer. Efficace et rythmé, le long métrage de Christian Sparkes ne nous laisse aucune seconde de répit, tout en creusant des thèmes porteurs...

Chaque fois que la femme de Stephen Davis (Will Patton) veut discuter des problèmes de leur aîné, l’homme prend la fuite. Comme cette journée où il voit passer Chris (Mark O’Brien) en moto, à la fine épouvante sans casque, à un feu de signalisation de leur modeste ville frontalière.

Le père poursuit son fils, puis le rejoint. Ce dernier, très nerveux, lui raconte — en partie — un accident tragique. Le duo finit par se diriger sur les lieux. Sur place, dans un rang peu fréquenté, Stephen va découvrir l’ampleur du drame. Chris, croit-il, a replongé dans la petite criminalité.

Mais les choses sont beaucoup plus compliquées qu’elles en ont l’air. Et quand le complice de Chris menace la famille de représailles, le père et le fils vont tenter de surmonter leurs différends pour faire front…

Comme souvent dans ce genre d’exercice, le scénario tourne parfois les coins un peu ronds. Reste que, dans l’ensemble, tout demeure dans le domaine du possible. Et que c’est à dessein que nous restons vague. Le plaisir d’Hammer loge dans la découverte des ramifications.

Dépouillé et concis (à 1h20), le style de Sparkes redouble d’efficacité. D’autant que le tout se déroule en temps réel (unité de temps dans le film). Il est fascinant que la tension réside dans un dispositif réduit à sa plus simple expression. Pas besoin d’une tonne d’explosions et de cascades quand on a un champ de maïs… Et quelques revirements bien utilisés peuvent aussi très bien faire l’affaire.

Il s’agit du deuxième long métrage de Christian Sparkes, après Cast No Shadow (2014). Le réalisateur originaire de Terre-Neuve s’est toutefois fait la main à la télévision.

Il explore avec beaucoup de bonheur les soubresauts d’une relation père-fils, surtout quand les deux hommes finissent par comprendre qu’ils ont beaucoup plus en commun qu’ils veulent bien l’admettre. Comme souvent, le manque de communication a causé beaucoup de dégâts. On devine que les parents ont expulsé le fils de la maison, et ne lui parlent plus, dans l’espoir qu’il règle tout seul ses problèmes. C’est rarement une bonne idée...

Dans ce rôle du père dépassé, Will Patton fait des merveilles. Le vétéran acteur (Armageddon, En souvenir des Titans…) s’avère tout à fait crédible. Son vis-à-vis aussi : Mark O’Brien, vu dans L’arrivée (2016) de Denis Villeneuve, réussit à merveille à se glisser dans la peau de ce jeune homme qui tente, tant bien que mal, de recoller les morceaux disparates de sa vie.

Dans ce rôle du père dépassé, Will Patton fait des merveilles.

Bien sûr, Hammer ne révolutionne pas le genre. Mais difficile de demander mieux pour un long métrage tourné avec trois fois rien et beaucoup de créativité. Et qui expose les réalités d’une petite ville industrielle comme il y en a plein au Canada, mais qui ne font pas partie de notre imaginaire collectif parce que rarement représentées.

Du beau travail.

Hammer est disponible en vidéo sur demande.

Au générique

Cote : ***

Titre : Hammer

Genre : suspense

Réalisateur : Christian Sparkes

Acteurs : Will Patton, Mark O’Brien

Durée : 1h20