Le documentaire <em>Femme(s)</em>
Le documentaire <em>Femme(s)</em>

Femme(s) : des mots qui sonnent *** 1/2

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
CRITIQUE / Elles viennent des quatre coins du monde, vivent parfois des situations aux antipodes, mais elles se rejoignent dans leur force et leur humanité. Avec le documentaire Femme(s), Anastasia Mikova et Yann Arthus-Bertrand se sont donnés pour mission de briser le silence et de porter une voix féminine de tous horizons. En cette époque qui nous rappelle encore tout le chemin à parcourir au chapitre de la condition féminine, leur message résonne fort.

Pour les fins de leur film, Mikova et Arthus-Bertrand sont allées à la rencontre de quelque 2000 femmes dans une cinquantaine de pays. Dans cette quête d’histoires, un objectif clair : libérer une parole qui ne se fait pas toujours entendre à sa juste valeur.

Les sujets abordés dans Femme(s) sont souvent lourds : violences physiques et sexuelles, trafic humain, excision, etc. Ils sont traités sans détour et avec beaucoup de courage par celles qui en conservent des séquelles. Mais au-delà des injustices, le film braque aussi les projecteurs sur des enjeux moins tragiques et universellement porteurs : la puberté et ses tabous, l’éducation, la sexualité, l’amour, les standards de beauté, la maternité...

Les témoignages sont livrés en toute sobriété, devant un fond noir, par des intervenantes qui s’adressent directement à la caméra, les yeux dans les yeux. L’impression de recueillir des confidences en tête à tête est saisissante, surtout qu’en plus des mots, la force des regards — eux aussi très parlants — captive. À travers ces discours honnêtes et sans pudeur s’invitent des images qui cultivent la poésie, même là où on ne s’y attendrait pas. Le contraste s’avère efficace, ici.

Si aucun lieux ni noms ne sont cités dans Femme(s), la succession d’entrevues met certes en exergue l’écart dans les privilèges qui se dessine selon le coin de la Terre nous a vus naître. Entre cette jeune fille en larmes qui a dû sacrifier ses études au profit de celles de son frère et cette mère qui raconte sa fierté d’avoir obtenu son diplôme de Harvard, il y a tout un monde.

Le montage place toutefois toutes les histoires sur un pied d’égalité. Chaque parole trouve sa place, dans sa propre langue — le film est bien sûr sous-titré —, dans sa lumière comme dans ses ombres. Il en résulte une fresque nécessaire et d’une grande humanité.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Femme(s)

Genre : documentaire

Réalisateurs : Anastasia Mikova et Yann Arthus-Bertrand

Durée : 1h47