Après <em>La peau blanche</em> (2004), le réalisateur Daniel Roby, cherchait un sujet avec une portée sociale. L’affaire Alain Olivier est tombée du ciel.
Après <em>La peau blanche</em> (2004), le réalisateur Daniel Roby, cherchait un sujet avec une portée sociale. L’affaire Alain Olivier est tombée du ciel.

Daniel Roby: Tout vient à point à qui sait attendre

Daniel Roby était loin de se douter que la lecture, en 2007, d’une chronique de Pierre Foglia dans La Presse allait mettre en branle un processus qui lui prendrait 13 ans avant qu’il se concrétise. Après des années de recherche sur l’emprisonnement injustifié d’Alain Olivier, le réalisateur québécois en a tiré son premier long métrage tourné en anglais, Suspect numéro un, une aventure qui l’a mené jusqu’à Bangkok. Non content d’être le premier film québécois à prendre l’affiche après le confinement dû à la COVID-19, Target Number One sera distribué aux États-Unis par Paramount à compter du 24 juillet.

Après La peau blanche (2004), un film de genre, le réalisateur de Louis Cyr se cherchait un sujet avec une portée sociale. L’affaire Alain Olivier est tombée du ciel. Bien sûr, les médias y avaient consacré de nombreux articles après les révélations du grand journaliste d’enquête Victor Malarek (voir plus bas).

Pris à tort pour un chef de réseau d’importation d’héroïne par des enquêteurs de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) de la Colombie-Britannique, Alain Olivier, un ancien toxicomane, s’est retrouvé au centre d’une enquête ratée qui s’est terminée par la mort d’un policier fédéral en Thaïlande en 1989. Il a ensuite passé huit ans dans les geôles de ce pays.

À son retour, il poursuit la GRC et le gouvernement canadien. En 2008, «j’ai pu assister au procès de A à Z. J’avais assez de matériel pour avoir un point de vue sur la question», explique Daniel Roby en entrevue téléphonique au Soleil.

En observateur extérieur, il a construit son film sur les points de vue «de la victime, du journaliste et des enquêteurs». Non sans avoir longuement discuté avec Alain Olivier et Victor Malarek, et lu leurs livres respectifs. Le premier devient Daniel Léger. «On a changé les noms pour des raisons légales [et éviter des poursuites]», synthétisé les événements («sinon j’aurais eu une série de 12 heures») et pris de petites libertés pour des motifs dramatiques. Mais pour l’essentiel, Daniel Roby a respecté les faits, citant de nombreux films du genre, dont Erin Brockovich (2000) de Steven Soderbergh.

D’ailleurs, Malarek a conservé son nom dans le drame biographique et collaboré au scénario. Le journaliste a beaucoup risqué sur le plan personnel et professionnel pour faire éclater le scandale.

«C’est son implication qui m’a donné l’impulsion, explique Daniel Roby. J’ai réalisé tard dans ma vie l’importance de la liberté de presse pour défendre nos libertés comme citoyens contre les abus de pouvoir du gouvernement.» Ça et le fait que ce «cover-up policier» soit survenu au Canada. «On a la perception que ça n’arrivera jamais ici...»

Pas de la tarte pour Harnett

Avec un tel sujet et un budget minime de 5 millions $ US pour un film de cette ampleur, trouver un interprète pour Malarek n’a pas été de la tarte — comme tout le reste, ce qui explique les longs délais de l’idée jusqu’à sa concrétisation. Le réalisateur ne compte plus ses voyages à Los Angeles. Jusqu’à ce que le nom de Josh Harnett fasse surface.

Josh Hartnett, dans le rôle de Victor Malarek, sur le plateau de tournage de <em>Suspect numéro un</em> de Daniel Roby.

Le souvenir de Daniel Roby remontait à Pearl Harbor et La chute du faucon noir — autrement dit, il y a 20 ans. Il considère que la quarantaine va bien à Harnett et correspond à l’âge de Malarek au moment des faits. «Je trouvais qu’il y avait un match intéressant.» L’acteur américain aussi. «C’est le genre de rôle que je cherche depuis quatre, cinq ans», a-t-il confié au réalisateur.

Le duo a rencontré le reporter pour en apprendre davantage sur sa démarche de journaliste d’enquête, mais aussi visiter le Globe and Mail et le studio de W5 à CTV, deux endroits où il a travaillé.

Ne restait plus qu’à trouver l’interprète de Daniel Léger. Cette fois, le temps a joué en faveur de Daniel Roby. Parce qu’Antoine Olivier Pilon avait assez vieilli pour paraître crédible et que le succès de Mommy, de Xavier Dolan, lui donne un rayonnement qui dépasse le Québec.

«Son anglais était suffisamment bon pour qu’il se sente à l’aise d’improviser. Il fonctionne à merveille dans ce rôle de Québécois dans la vingtaine qui fait un trip dans l’Ouest canadien. Il a le charisme, le talent et l’expérience pour porter le film sur ses épaules. J’ai été chanceux, quelque part.»

En salle d’abord et avant tout

Après autant d’années d’efforts pour que prenne forme Suspect numéro un, Daniel Roby aurait pu se décourager de voir sa sortie, prévue le 24 avril, repoussée en raison de la COVID-19. Mais non. Quand Films Séville, son distributeur ici, lui a suggéré d’être le premier long métrage québécois à la réouverture des cinémas, il a sauté sur l’occasion. «Ça prend une programmation de nouveautés et notre film était prêt.»

Le réalisateur se veut optimiste. Depuis le mois de mars, «tout le monde sait quoi faire. On va s’adapter collectivement» à la nouvelle réalité des mesures sanitaires post-confinement. Et s’il y a moins de spectateurs dans les salles pour cette raison, «on va peut-être être à l’affiche plus longtemps», rigole-t-il.

Reste que «je ne vois pas tellement de danger à aller en salle avec les mesures en place. Moins, en tout cas, que d’aller à la pharmacie.»

Évidemment, Daniel Roby ne peut être objectif en la matière, mais Suspect numéro un «bénéficie à être vu en salle», croit-il en soulignant l’avoir constaté lors d’une projection pour l’équipe en décembre. L’impact, ajoute-t-il, en est décuplé.

Suspect numéro un prend l’affiche le 10 juillet