Thierry Frémaux, le délégué général, et Pierre Lescure, le président du Festival de Cannes, ont dévoilé la sélection officielle de la 73e édition.
Thierry Frémaux, le délégué général, et Pierre Lescure, le président du Festival de Cannes, ont dévoilé la sélection officielle de la 73e édition.

Cannes: une solide édition fantôme

Mercredi, le président Pierre Lescure et Thierry Frémaux, le délégué général du Festival de Cannes, ont pris place dans la grande salle du cinéma UGC Normandie, à Paris. Le symbole était fort : au lieu de la frénésie habituelle du parterre avide de connaître la sélection officielle de cette 73e édition, que des rangées vides. En regardant la diffusion sur les réseaux sociaux, on prenait la mesure de l’impact de la pandémie sur la planète-cinéma.

Mais on constatait aussi que le Festival restait fidèle à sa mission première : «montrer des films.» Et «on met leur nom sur la carte», a expliqué Thierry Frémaux. Le but? Les accompagner dans des festivals et leur éventuelle carrière en salle avec le sceau officiel de Cannes. À défaut de les voir sur place — c’est une solide sélection, qui oscille entre fidèles et nouveaux visages —, on pourra se reprendre jusqu’à la prochaine édition, en 2021.

Certains ont d’ailleurs choisi de retarder la sortie à la 74e édition, d’où leur absence de cette sélection officielle.

C’était un secret de Polichinelle que Wes Anderson serait présent avec The French Dispatch, tourné en France avec une pléiade de vedettes. Pas de surprise non plus du côté de François Ozon avec Été 85, ni Maïwenn, une habituée, avec ADN.

Parmi les ténors du septième art qui auraient déambulé sur la Croisette, on dénote Thomas Vinterberg (Druk, avec Mads Mikkelsen); Naomi Kawase (True Mothers); Lucas Belvaux (Des hommes) Im Sang-Soo (Heaven) et Steve McQueen, deux fois plutôt qu’une. Lovers Rock et Mangrove auraient résonné fort puisqu’ils évoquent la condition des Noirs.

La presse spécialisée a parfois reproché le manque de nouveaux visages, ils auraient été nombreux cette année. Outre le Québécois Pascal Plante avec Nadia, Butterfly (voir autre texte), les festivaliers auraient pu compter sur la présence d’Emmanuel Mouret (Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait avec Niels Schneider); d’Élie Wajeman (Médecins de nuit); de Francis Lee (Ammonite avec Kate Winslet) et d’Oskar Roehler (Enfant terrible, consacré à la tumultueuse carrière de Fassbinder, réalisateur de génie qui a brûlé la chandelle par les deux bouts).

La sélection regroupe également trois documentaires, quatre films d’animation (dont Aya to majo du fils du grand Miyazaki) et cinq comédies. Parmi ces dernières, parions que Les deux Alfred de Bruno Podalydès avec Sandrine Kiberlain et Vanessa Paradis ainsi que L’origine du monde, la première réalisation de Laurent Laffite avec Karin Viard et Vincent Macaigne, auraient fait beaucoup de bruit.

Thierry Frémaux et son équipe ont retenu au final seulement trois films de moins que l’an dernier en sélection. Plus du quart sont des premiers longs métrages et on note une légère augmentation des réalisatrices, soit 16 contre 14 en 2019, représentant 28,5% des films retenus.

Au total, Cannes a reçu 2067 œuvres, dépassant pour la première fois la barre des 2000 (après 1845 en 2019).

Sans Palme d’or et autres récompenses, «chacun pourra établir son palmarès», a lancé Frémaux, sourire en coin.