Ingimundur (Ingvar E. Sigurðsson) trouve son seul réconfort auprès de sa petite-fille de huit ans Salka (Ída Mekkín Hlynsdóttir).
Ingimundur (Ingvar E. Sigurðsson) trouve son seul réconfort auprès de sa petite-fille de huit ans Salka (Ída Mekkín Hlynsdóttir).

Brumes d’Islande: un homme en colère *** 1/2

CRITIQUE / La perte d’un proche peut vous submerger. Surtout s’il s’agit de votre conjointe, que vous chérissez d’un amour inconditionnel. Le drame peut rapidement devenir obsessionnel comme le revêche Brumes d’Islande (Hvítur, hvítur dagur), un magnifique film d’auteur d’Hlynur Palmason.

Le deuxième long métrage du réalisateur islandais, présenté en première mondiale à la Semaine de la critique 2019 pendant le Festival de Cannes, porte une forte signature. Palmason exploite avec beaucoup de bonheur les éléments naturels et paysages de son pays d’origine : la brume du titre, métaphore de l’état d’esprit du personnage principal, le vent hurlant, la mer, les montagnes, les saisons…

Ingimundur (Ingvar E. Sigurðsson) compose mal avec la mort de sa femme. Le congé forcé du commissaire de police de Lögreglan, bourgade perdue de l’île, n’aide pas. Le cinquantenaire, un taiseux bourru, se mure dans sa douleur.

Son seul réconfort : sa petite-fille de huit ans Salka (Ída Mekkín Hlynsdóttir), qui passe beaucoup de temps avec lui. La relation occupe une place centrale dans le récit et la chimie entre les deux, belle à voir. On soupçonne une part d’improvisation dans leurs discussions anodines. Sinon, l’enfant est époustouflante de naturel.

Pour compenser, le veuf rénove une ferme pour que Salka et ses parents puissent y habiter. Le cinéaste utilise une suite de plans fixes, cadrés de loin, pour illustrer le passage du temps (et l’avancement des travaux). Ceux-ci servent également à établir le tempo du long métrage. D’abord très lent, puis s’accélérant en douceur jusqu’au crescendo.

L’arc dramatique épouse les étapes classiques du deuil. Au début de Brumes d’Islande, Ingimundur accuse le choc. Plus le récit progresse, plus sa colère gonfle, alimentée par des soupçons d’adultère. Et si son prétendu amant avait quelque chose à voir avec la mort accidentelle de sa femme ? La quête va devenir obsessionnelle… et le climat oppressant.

C’est d’ailleurs la principale force de Brumes d’Islande dont le scénario suit tout de même un schéma assez classique. Certains moments souffrent d’un déficit de crédibilité (notamment la bagarre dans le commissariat).

Il y a toutefois dans la démarche, proche du documentaire, quelque chose qui relève du cinéma direct (on pense aux films de Perrault). Mais pas seulement. La force poétique de certaines séquences, qui illustrent les états d’âme d’Ingimundur, aspire le spectateur dans le long métrage (la diégèse, si vous préférez). Le plan-séquence du tunnel, vers la fin, est particulièrement efficace.

Brumes d’Islande demande une certaine patience et une disponibilité (un bon état d’esprit). Mais pour qui veut voir du cinéma autrement et dépaysant, Hlynur Palmason va vous combler. D’autant qu’Ingvar E. Sigurðsson offre une solide prestation, couronnée de la palme du meilleur acteur à la Semaine de la critique.

Brumes d’Islande est disponible sur les plateformes du Clap, du Cinéma Moderne et du Cinéma du Parc.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Brumes d’Islande

Genre : Drame

Réalisateur : Hlynur Palmason

Acteurs : Ingvar E. Sigurðsson, Ída Mekkín Hlynsdóttir

Durée : 1h49