Daniel Craig, dans le rôle du détective Benoît Blanc

À couteaux tirés: jouissif jeu de pistes *** 1/2

CRITIQUE / Les premières images d’À couteaux tirés (Knives Out) laissaient deviner un pastiche d’Agatha Christie dans un contexte contemporain. Le résultat comble absolument nos attentes. Grâce à un scénario en béton qui propose un suspense pas piqué des vers entretenu par un jouissif jeu de pistes et une distribution impeccable, Rian Johnson livre un divertissement bien au-dessus de la moyenne.

L’action débute une semaine après qu’Harlan Thrombey (Christopher Plummer) se soit suicidé dans sa riche demeure de campagne, la soirée de son 85e anniversaire. La police veut réinterroger tous les membres de la famille, y compris Martha (Ana de Armas), la jeune infirmière avec qui le célèbre auteur de romans policiers (!) s’est lié. 

Le détective Benoît Blanc (Daniel Craig), engagé anonymement, accompagne les responsables de l’enquête. Ceux-ci tirent avantage du fait que Martha est pathologiquement incapable de mentir — elle vomit — pour confirmer que chacun des héritiers avait un mobile pour commettre un meurtre. Le paternel a réglé ses comptes avant de souffler les bougies du gâteau…

Une famille dysfonctionnelle, des querelles de riches, un testament, de la cupidité, de l’hypocrisie, de fausses pistes, une tonne de mensonges, tous les éléments sont réunis pour un whodunit à la Clue — on a l’arme du crime (un couteau, bien sûr) et la pièce. Suffit de trouver le coupable!

Rian Johnson (Star Wars : Les derniers Jedi) épouse le point de vue de Martha, seule bonne âme sensée dans cette maison de fous. Même si le spectateur a une longueur d’avance sur les protagonistes de ce sordide drame écrit avec une efficience redoutable. 

Sa façon de filmer respecte les règles du genre (retours en arrière, ralentis, plans de réaction, musique, etc.). Efficace, mais on repassera pour l’originalité. Johnson réussit d’ailleurs à maintenir un bel équilibre entre le suspense et la comédie.

Élément non négligeable, cet habile scénario glisse en douce quelques messages sociopolitiques pour ceux qui veulent bien les relever. Ce qui illustre le soin de Johnson à bien doser ses effets.

On peut aussi dire la même chose de la distribution cinq étoiles. Des acteurs «sérieux» qui s’amusent à lâcher leur fou au moment venu, sans jamais trop en mettre — mention spéciale à Jamie Lee Curtis, absolument parfaite en femme de tête dont le vernis craque au moment opportun.

Reste que la palme revient à Daniel Craig, en détective suave et un peu pédant, sorte d’Hercule Poirot 2.0. La scène finale se révèle digne des confrontations du chouchou d’Agatha Christie.

Les plus habiles vont peut-être se douter de certaines choses — semées parfois intentionnellement —, mais il ne sert à rien de trop chercher. Le plaisir d’À couteaux tirés réside dans le fait de se laisser conquérir par le récit mis en place.

Car, comme le dit le détective Benoît Blanc, «les preuves racontent parfois des histoires que la raison contredit»...

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : À couteaux tirés

Genre : Comédie policière

Réalisateur : Rian Johnson

Acteurs : Daniel Craig, Chris Evans, Ana de Armas

Classement : Général

Durée : 2h10

On aime : le suspense du scénario. La distribution impeccable. Les pointes d’humour. Le petit aspect sociopolitique.

On n’aime pas : que toute bonne chose ait une fin.