Chronique d'un album de Paul Piché qui a failli mal tourner

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
L’album Sur le chemin des incendies ne fait pas partie de ces choses qu’on regrette à propos des années 1980. Ce n’est pas comme certaines coupes de cheveux, les maisons isolées avec des produits toxiques ou ces voitures qui rouillaient à vue d’oeil. Le cinquième album de Paul Piché est devenu un classique, possiblement sa création la plus achevée, nonobstant le succès populaire que lui a valu son premier opus, À qui appartient le beau temps ? .

Ce qu’on sait moins, c’est que cet enregistrement, qui fera l’objet d’un spectacle virtuel le 27 novembre, à 20 h, au Palais Montcalm de Québec, a failli tourner à la catastrophe. Après quelques semaines en studio, histoire de préparer le terrain, Paul Piché, Mario Légaré (basse) et Rick Hayworth (guitare) s’étaient joyeusement plantés.

« Dans un premier temps, ç’a été un échec. En plus, la seule pièce qu’on aimait avait été effacée par erreur. Une chance que j’ai eu l’appui d’Audiogram », a confié le chanteur lors d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

La maison de disques a été patiente, en effet, et elle fut payée de retour. Ce 33 tours conçu en toute liberté, sans concession aux modes, s’est déposé sur de nombreuses tables tournantes.

« Car je t’aime est ma chanson qui a joué le plus souvent à la radio. Au début, les stations refusaient de la passer, mais quand Tracy Chapman est arrivée avec Fast Car, une ballade, elles ont voulu suive le courant », raconte Paul Piché d’un ton amusé.

J’appelle a également joui d’une belle visibilité, au même titre que ces étranges jumeaux que constituent Je lègue à la mer et Un château de sable.

Paul Piché retrouvera ses vieux complices, le bassiste Mario Légaré et le guitariste Rick Hayworth, à l’occasion d’un spectacle virtuel présenté le 27 novembre, au Palais Montcalm de Québec. En compagnie du pianiste Jean-Sébastien Fournier et du batteur Francis Fillion, il revisitera l’album <em>Sur le chemin des incendies.</em>

La première a failli ne pas exister, sauf à l’état de poème. « Ça parle de la vie. C’est assez existentiel et je me disais que le texte était trop complexe pour qu’on puisse en faire une chanson. Un jour, cependant, Rick a trouvé une belle suite d’accords et je me suis mis à fredonner dessus, en improvisant, fait observer Paul Piché. Ç’a tellement fonctionné qu’on a créé une deuxième pièce qui commence par la même phrase : “Je lègue à la mer.” »

Cette anecdote lui a donné raison, puisqu’il avait décidé de réaliser l’album, au lieu de s’en remettre à Rick Hayworth. L’expérience acquise en studio lui avait donné confiance en ses moyens, mais surtout, il désirait que son ami s’investisse entièrement dans la musique. « Je voulais qu’il soit là en tant qu’artiste, uniquement. Qu’il ait les mains libres. J’y tenais parce qu’à partir du moment où j’ai travaillé avec Rick, ç’a changé ma musique au complet », énonce le chanteur.

Revenant à Un château de sable, il rappelle que le thème était « la langue, la culture, la volonté d’être différents ». « Pour montrer que je ne parlais pas juste du français, j’ai intégré un passage en espagnol. C’était aussi un clin d’oeil aux immigrants », indique Paul Piché.

L’occasion était belle d’évoquer son engagement social, finement maillé à son art. Il reflète ses convictions intimes, mais pendant la gestation de Sur le chemin des incendies, en 1988, quelque chose a changé.

« Avant, il arrivait que je me passe des commandes en tant que chanteur engagé. Cette fois, par contre, j’ai fait le choix de ne pas avoir de plan. Je souhaitais nommer des émotions, mais il y a eu La haine, une pièce qui va plus loin que la dimension personnelle, et aussi J’appelle, sur la nature qui essaie de nous parler. À la fin, j’ai réalisé que nommer mes émotions, c’était aussi aborder le fait que je suis une personne engagée, encore plus qu’un chanteur engagé. C’est si vrai qu’aujourd’hui encore, la solidarité, ça me touche. Je viens les yeux mouillés. »

On notera qu’il n’y a que neuf titres sur l’album, ce qui était bien peu, même au temps du vinyle. Son auteur n’en disconvient pas, confirmant qu’il n’a jamais été prolifique. Il n’existe donc pas de trésor caché dans la voûte d’Audiogram, de pièces qui auraient été élaguées à la suite du travail accompli en studio.

« Dans ma vision des choses, c’est comme si les chansons étaient déjà là. Qu’il fallait que tu les déterres », avance Paul Piché en guise d’explication.

Ce faisant, il trace un lien avec son premier métier, l’archéologie. Ce n’est pas tous les jours qu’on tombe sur une pointe de flèche. Ou sur Le temps d’aimer.

+
PROPOSITION IMPOSSIBLE À REFUSER

Directeur de la programmation au Palais Montcalm, Nicolas Houle n’a pas eu besoin de harceler Paul Piché pour le convaincre de se produire dans cette salle. Quand il a évoqué la possibilité de revisiter l’album Sur le chemin des incendies, dans le contexte d’une webdiffusion en direct, la réponse n’a pas été longue à venir.

« Il voulait que je raconte l’histoire derrière cet enregistrement et j’ai trouvé ça intéressant. En plus, le lieu est important. C’est une belle salle, avec une acoustique magnifique. Je la faisais souvent à mes débuts, avant qu’elle change de vocation. J’avais un préjugé favorable parce que c’est là que Brel chantait quand il venait à Québec », fait remarquer Paul Piché.

Le bassiste Mario Légaré et le guitariste Rick Hayworth, présents lors des sessions d’enregistrement tenues en 1988, seront de retour à ses côtés. Le groupe sera complété par le pianiste Jean-Sébastien Fournier, ainsi que le batteur Francis Fillion. Celui-ci remplacera son professeur, Pierre Hébert. Cet autre membre de la bande originale ne pourra venir pour cause de pandémie. 

Comme on s’en doute, les neuf titres de l’album figureront au menu. D’autres pièces tirées du répertoire de Paul Piché seront aussi intégrées au programme, de même qu’une petite nouvelle, tellement récente qu’elle n’avait pas de titre au moment où cette entrevue a été réalisée.

« Elle aurait pu figurer sur le disque. Le thème. La musique. Ça aurait fonctionné », affirme l’artiste. 

Cette composition pourrait aboutir sur son prochain opus, dont l’échéancier demeure flou. Tout ce qu’on peut dire, c’est que 11 années se sont écoulées depuis la sortie du précédent, Sur ce côté de la Terre, et que Paul Piché trouve que ça fait pas mal longtemps.

Pour revenir à l’événement du 27 novembre, il n’y aura personne dans la salle, mais elle sera mise à contribution, laisse entendre le chanteur. Et puisqu’il évoluera dans un environnement technologique, le public sera invité à échanger avec lui, comme dans une conférence. « Il s’agira d’une vraie rencontre », promet Paul Piché.