Charles Richard-Hamelin

Charles Richard-Hamelin, trois fois au piano

Juste d'accueillir Charles Richard-Hamelin dans un programme comprenant des oeuvres de Schumann, Chopin et Brahms constitue un motif suffisant pour se réjouir. Imaginez, alors, le bonheur que doivent ressentir les mélomanes en songeant au fait que trois concerts seront tenus dans la région et que pour la première fois, ils réuniront le pianiste et le Quatuor Saguenay, qui en profitera pour étrenner son nouveau nom.
C'est d'ailleurs à Saguenay, plus spécifiquement au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, que cette mini-tournée débutera vendredi à 19h30. S'exprimant d'abord en solo, celui qui a décroché la médaille d'argent au Concours international de piano Frédéric-Chopin de Varsovie, en 2015, interprétera la Sonate no. 1 en fa dièse mineur opus 11 de Schumann, ainsi que la Polonaise en la bémol majeur opus 53 de Chopin, dite Héroïque.
Au retour de la pause, le Quatuor Saguenay, ex-Alcan, reprendra une oeuvre phare du répertoire de musique de chambre, le Quintette de Brahms. C'est ce qui couronnera ce concert qui sera repris samedi à 14h, à la Salle Desjardins-Maria-Chapdelaine de Dolbeau-Mistasssini, de même que dimanche à 14h, à la Salle Michel-Côté d'Alma.
«Je trouve ça bien de jouer trois jours de suite dans votre région, puisque ce n'est pas près de Montréal. Je suis heureux, aussi, de travailler pour la première fois avec le Quatuor Saguenay. Il a tant fait pour la musique classique», a commenté le pianiste mardi, lors d'une entrevue téléphonique accordée au Quotidien.
Plaire sans se complaire
La façon dont le programme est construit illustre le désir de Charles Richard-Hamelin de plaire aux mélomanes, sans toutefois se complaire. Le prix qui a fait sa renommée, lui ouvrant les portes des grandes salles de concert, sur tous les continents, sera donc évoqué par l'entremise de la Polonaise. Déjà disponible sur ses premiers enregistrements, sa version n'a pas fini de vivre en direct.
«C'est la pièce la plus connue de Chopin et je tenais à la présenter au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Après tout, le public aime entendre des succès. C'est rassurant. Agréable. Ce sont des choses qui parlent aux gens de manière spontanée et dans ce cas-ci, même si plein d'enregistrements ont été produits, on ne peut pas dire que c'est «cheezy» », énonce le pianiste.
Pour équilibrer le programme, il a intégré un Schumann un peu moins familier, mais tout aussi évocateur de la période romantique. Et puis il y a le Brahms, romantique à la puissance dix et qui profitera du fait que trois interprétations seront proposées avec les mêmes musiciens, ce qui n'arrive pas si fréquemment.
«Ce sera en constant développement et contrairement à ce qui passe en solo, où je contrôle tout, les pièces de ce genre entraînent un partage des décisions. C'est plus interactif et il y a des moments où on se laisse porter par les autres», fait valoir Charles Richard-Hamelin, dont ce sera la deuxième visite dans la région. La première fois, aux côtés de l'Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, il avait présenté le Concerto pour piano no. 2 de Rachmaninov.
Chopin, la bonne étoile
Pour décrocher une deuxième place au Concours Chopin de Varsovie, il y a deux ans, Charles Richard-Hamelin avait dû préparer un programme d'une durée de 2h30 où ne figuraient que des oeuvres composées par le Polonais. Au vu des résultats, on comprend que le pianiste ait développé une relation privilégiée avec l'auteur des mazurkas, nocturnes et autres polonaises.
«Ça fait maintenant partie de moi. Dès les premières notes, on reconnaît ses oeuvres et il y a tellement de manières différentes de les jouer», fait-il valoir. Il s'agit du meilleur de deux mondes, en somme, ce qui adonne bien, eu égard à la demande soutenue que génère son association fructueuse avec le concours.
Partout dans le monde, on s'attend à ce que le Québécois explore le répertoire du Polonais, un bon exemple étant celui qu'offre le Japon, qui est en train de devenir sa deuxième patrie. Le mois prochain, il sera de retour à la faveur d'une tournée de cinq villes, tandis qu'en 2018, trois séjours figurent à son agenda. «Là-bas, on me demande seulement du Chopin.»
Pour jauger sa relation avec le compositeur, il suffit de l'entendre évoquer sa visite de la maison où il a vu le jour, laquelle se trouve sur une jolie propriété nichée à Varsovie. «On réalise que le bâtiment a été reconstruit, comme bien des choses après la Deuxième Guerre mondiale, mais on marche sur la terre foulée par Chopin.»
À cette émotion, il faut ajouter le contexte dans lequel le Polonais a noirci ses partitions. Le 19e siècle fut le théâtre de changements importants pour son instrument de prédilection, en effet. C'est à ce moment que l'objet a atteint la forme sous laquelle on le connaît aujourd'hui. «Le piano a beaucoup évolué jusqu'à la fin du siècle», confirme Charles Richard-Hamelin.
Quant à la facture des oeuvres de Chopin, si caractéristique, elle n'est pas arrivée comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. On sent une parenté avec le travail de l'un de ses devanciers, l'Irlandais John Field. «Il connaissait ses nocturnes. Ce sont de très belles pièces, mais pas des chefs-d'oeuvre comme celles de Chopin», analyse le pianiste.