Dans le cas d’une couverture d’un livre, Charles-Étienne Brochu dit passer du temps à lire l’ouvrage, à en discuter avec l’éditeur, faire un brainstorm de ce qu’il faut mettre en valeur et penser aux couleurs associées.
Dans le cas d’une couverture d’un livre, Charles-Étienne Brochu dit passer du temps à lire l’ouvrage, à en discuter avec l’éditeur, faire un brainstorm de ce qu’il faut mettre en valeur et penser aux couleurs associées.

Charles-Étienne Brochu : dessiner, un  «besoin vital» [PHOTOS + VIDÉO]

Pour Charles-Étienne Brochu, illustrateur à Québec, dessiner est plus qu’une passion, c’est un «besoin vital». Maintenant que le dessin est devenu son métier quotidien, l’artiste a développé sa propre technique dans son processus créatif, pour arriver à produire constamment, même lorsque l’inspiration vient à manquer.

Dans son atelier où trônent deux écrans d’ordinateur et une tablette graphique, le tout posé sur un bureau élévateur dernier cri, Charles-Étienne Brochu reçoit Le Soleil entre deux œuvres. Créateur entre autres d’un des quatre macarons du Festival d’été de Québec de 2019 et de la pochette de l’album Bientôt ce sera Noël de Damien Robitaille, l’illustrateur maintient un équilibre entre travaux commandés et exploration artistique personnelle. 

«Travailler avec des clients m’emmène dans des endroits où je n’irai pas forcément, parce qu’ils ont des idées précises, explique Charles-Étienne Brochu. Souvent ce sont des défis et c’est très intéressant.»

Son style, c’est qu’il n’a pas de style. Ou plutôt, une multitude de styles. «En illustration, on dit souvent que c’est important d’avoir un style propre, moi j’ai l’impression d’avoir plein de styles différents, indique Charles-Étienne Brochu. J’ai des thèmes qui sont récurrents et ma façon de penser est souvent la même, alors je me suis dit que l’élément que je pouvais changer à chaque fois, c’est le style.»

L’illustrateur distingue deux contextes de création, qu’il envisage différemment. Avec les clients dans un premier temps, son processus créatif démarre par une prise massive d’informations. Dans le cas d’une couverture d’un livre, Charles-Étienne Brochu dit passer du temps à lire l’ouvrage, à en discuter avec l’éditeur, faire un brainstorm de ce qu’il faut mettre en valeur et penser aux couleurs associées. 

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Charles-Étienne Brochu décrit son processus créatif comme un mode de travail «incrémentiel».

«Je vais aussi me faire une liste d’associations de mots, détaille-t-il. Si le livre parle d’une maison hantée, je vais écrire, maison, fantômes, et plein d’autres idées. Une fois que j’ai ma liste, je vais garder les choses qui me parlent le plus, à la fois stylistiquement et émotivement parlant.» Après cinq ou six esquisses pour tester son concept, l’illustrateur raffine sa proposition avant de la soumettre au client.

Au gré des envies

Pour son exploration personnelle, il y a un certain côté aléatoire. «Ça dépend vraiment de mes envies», indique Charles-Étienne Brochu. Cela dépend aussi de ses souvenirs récents. «La semaine dernière, j’ai vu une maison vraiment belle, avec un coucher de soleil qui frappait les fenêtres d’une façon bien particulière et ça m’est resté en tête, confie-t-il. Avec ce genre de souvenir, j’essaye d’en reproduire l’idée.» L’artiste se met alors à dessiner les fenêtres de sa mémoire. 

«Ce n’est jamais comme j’y pensais au début parce que le détail que j’avais en tête je le déforme souvent un peu, poursuit-il. Je joue avec en dessinant et je me rends compte que, finalement, ce n’était peut-être pas le reflet sur la vitre qui m’intéressait, mais sa couleur.» Un processus qui amène à de nombreuses bifurcations dans la conception du dessin.

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Charles-Étienne Brochu décrit son processus créatif comme un mode de travail «incrémentiel». 

«Je suis quelqu’un de très visuel et j’ai besoin de voir mon idée sur papier pour me rendre compte des choses, commente-t-il. À chaque étape du dessin, je vais me demander : est-ce que ça fonctionne ? Oui/non. Si c’est non, on recommence. Je n’ai pas un processus de travail qui est théorique, où je vais m’inspirer d’une phrase par exemple pour créer.»

Bien que son métier soit né d’une passion et le reste toujours, l’illustrateur tient à rappeler qu’il s’y consacre au minimum huit heures par jour. «Quand je travaille, il y a une espèce d’attitude parfaite qui apparaît parfois, avoue-t-il. Ça se fait totalement naturellement, tout fonctionne bien. Mais c’est plus une magie que je ne peux pas contrôler. Je ne peux pas me fier là-dessus pour créer, car sinon je n’aurais pas de carrière. J’aurais trois, quatre œuvres très bonnes, mais rien pour manger. Il faut avoir un mode de travail efficace.»

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Une des oeuvres de Charles-Étienne Brochu.