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Francis Juteau, auteur
Francis Juteau, auteur

Charge mentale, angoisse de performance et autres tabous du quotidien

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
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Ils sont jeunes, friands l’un de l’autre et fusionnels. Elle est sexologue. Lui, auteur. En duo, ils ont écrit On couche ensemble. «Inspirée par [leurs] propres hormones», «l’autofiction romancée» porte sur l’amour, le couple et le sexe. Pour ouvrir le dialogue et briser quelques tabous, ils mettent tout sur papier : les moments explosifs au même titre que les pétards mouillés.

Les cafés et terrasses ont toujours été l’antre ultime des écrivains et Francis Juteau n’a pas échappé à l’envie de faire de ces lieux publics son repaire de prédilection. Assise aux côtés de son copain et après avoir complété les dossiers de ses clients, Alice Lacroix a, elle aussi, fini par se laisser tenter à la création littéraire. Ils se sont alors donné un défi : écrire sur les mêmes anecdotes ou thématiques générales.

Dans On couche ensemble, les récits de Francis précèdent la poésie d’Alice, mais les deux voix se font toujours écho. Après les textes «Dix ans plus tôt» ou «Se sauter à la Ricardo» nous parviennent donc, par exemple, des poèmes sur leur rencontre ou sur l’amour d’un point de vue culinaire.

Mais pourquoi aborder si ouvertement l’intimité et les plaisirs de la chair? Parce que, collectivement, on n’en parle pas tant que ça justement, affirment les deux auteurs.

«Je ne sais pas si ça vient du passé judéo-chrétien du Québec, mais… C’est comme si [le sexe] était quelque chose qu’on doit vivre, mais dont on ne doit pas parler. Or, on arrive dans la chambre à coucher et on ne comprend pas comment communiquer, dire ce qu’on aime ou non. Ça fait en sorte qu’on en discute partout, mais pas en profondeur», explique Francis.

Pour Alice Lacroix, qui utilise d’ailleurs ce nom à titre de pseudonyme – par souci de confidentialité –, il était aussi important d’écrire sur la charge mentale, les rôles de genres, la contraception, une sexualité qui va au-delà de la pénétration et plusieurs autres sujets. Bref, de créer des textes qu’elle et son partenaire auraient «aimé lire à dix-huit ans».

«Par exemple, je parle, dans le livre, du besoin des hommes d’être soutenus et ne pas toujours être le roc du couple. Il y a beaucoup de choses, dans l’ouvrage, qui sont fluides [et non pas genrées]», affirme la sexologue montréalaise.

Si leurs protagonistes vivent ainsi une vie sexuelle bien remplie et intense, le duo aborde aussi sans gêne les désirs à combler de leurs personnages et leurs préoccupations. Derrière les nombreux orgasmes qui doivent être atteints rapidement, les jeux de rôle et autres pratiques diversifiées se cachent alors l’angoisse de performance, la pression d’être «bon et parfait» dès sa première fois, la peur de la pilosité, etc.

On couche ensemble se pose ainsi comme un ouvrage qui traite des très bons côtés de la libido, mais aussi des tabous qui y sont associés.

«Cette passion-là peut arriver à n’importe quel âge. Ce qu’on voulait, c’est mettre cette abondance de sexe sur papier et dire que c’est correct de la vivre. […] Ça n’a pas être honteux. Pour nous, c’est quelque chose à brandir haut et fort.»

Pour Alice Lacroix et Francis Juteau, <em>On couche ensemble</em> va au-delà de la sexualité.

L’amour et le couple

Pour Alice Lacroix et Francis Juteau, On couche ensemble va au-delà de la sexualité. Selon eux, la relation amoureuse qui unit les deux personnages est tout aussi importante.

Les balbutiements d’un couple, le plaisir d’être collés, le besoin d’être peau à peau, d’écouter Friends sans arrière-pensée, le premier Noël, la première chicane : voilà tant d’aspects qui permettent, au même titre que le désir, d’accéder à l’intimité qui se crée entre les protagonistes.

«La littérature est remplie de mal-être ou d’expériences qui racontent des traumatismes. […] Notre défi était donc d’écrire un livre qui porte sur le sexe, mais le sexe quand ça va bien», soutient Francis, qui ne souhaitait surtout pas être kitsch ni quétaine.

Selon Alice, l’amour est ici le liant de cette relation qui ne pourrait, sans ce sentiment, être fusionnelle : «Le plus important, pour moi, c’est que ce sont deux personnes qui ne se prennent pas pour acquises et qui se font confiance.»

L’ouvrage de 125 pages illustre alors surtout la révélation qu’ont deux êtres humains qui se retrouvent enfin en quelqu’un d’autre, expliquent les deux auteurs.