Jean-Pierre Ferland

Chanter, envers et contre tout

Pourquoi les gens affluent-ils aux spectacles de Jean-Pierre Ferland? De passage à la rédaction mardi, dans le but de promouvoir le rendez-vous du 12 février au Théâtre du Palais municipal de La Baie, où il sera l'invité de Diffusion Saguenay, le principal intéressé répond en invoquant sa volonté de demeurer moderne.
Jean-Pierre Ferland, qu'on voit à côté d'une partie de son imposante discographie, refuse de devenir une pièce de musée.
«Ma musique est vivante et aujourd'hui encore, j'écoute de tout; du rap, du tango, du rock, du 2-4, du 5-4. C'est comme ça que j'ai réussi à durer. Mon public est âgé de 20 à 100 ans», a mentionné le jeune octogénaire au cours d'une entrevue accordée au Quotidien. L'esprit alerte, l'oeil rieur, il incarne à merveille cette disposition d'esprit qu'est la curiosité.
Parlant du spectacle qui sera donné à La Baie, par exemple, le voici qui évoque les éléments de rap intégrés dans sa version d'Envoye à maison. «On s'amuse», résume le chanteur. Il aime aussi varier le menu, parfois sur-le-champ, ce que lui permettent ses musiciens dirigés par André Leclair, autant que les choristes Mélissa Bédard et Anne Saumur. Ils le connaissent à l'endroit et à l'envers.
«Ce n'est jamais la même chose. Il y a beaucoup d'improvisation et tout découle de ma première intervention, à partir de laquelle le reste s'enchaîne. Même quand j'arrive avec une liste de chansons, je peux la mettre de côté sans problème parce que le groupe me connaît par coeur. J'aime le surprendre et aussi me surprendre», confie Jean-Pierre Ferland.
Le prix du changement
Signe que l'artiste refuse de devenir une pièce de musée, il a mis au rancart une pièce aussi connue que Feuille de gui, l'un de ses premiers succès. «Je ne la ferai plus jamais sur une scène. Elle n'est pas bien bonne et je lui trouve un air périmé», tranche-t-il. En gros, sa ligne de partage entre l'ancien monde et le moderne est l'album Jaune, le premier où on l'a vu injecter des accents rock aux arrangements.
À propos de ce classique, Jean-Pierre Ferland raconte que les réactions n'ont pas été universellement favorables, contrairement à ce qu'on pourrait imaginer. Comme Bob Dylan quand il a électrifié sa guitare, ce qui lui avait valu de passer pour un traître aux yeux des «folkies» purs et durs. Des fans de la première heure n'ont guère apprécié. «Des gens m'ont insulté dans la rue. Pourtant, c'était du rock léger», fait-il remarquer.
Un autre facteur qui l'aide à rester sur le qui-vive, sur scène, tient au plaisir que lui procure cet exercice. Chaque sortie lui remémore à quel point il s'était ennuyé à la suite de sa tournée d'adieu, celle qui avait été momentanément interrompue en raison d'un accident vasculaire transitoire. À la même époque, son camarade Claude Léveillée s'était effondré sous les yeux du public. Ça l'avait fait réfléchir.
«Je me suis dit que notre génération de chanteurs était fatiguée, malade, et que le moment était venu d'arrêter ça. J'ai alors écrit l'oeuvre de ma vie, La femme du roi. Je me battais pour me désennuyer, mais comme cette comédie musicale n'est pas à point, j'ai recommencé à donner des spectacles. Après tout, chanter est bon pour la santé et, quand on fait ce métier, on ne s'aperçoit pas qu'on vieillit», énonce l'auteur de Je reviens chez nous.
L'hommage aux camarades
Ceux qui se rendront au Théâtre du Palais municipal de La Baie, le 12 février, devront attendre au rappel pour entendre quelques extraits de l'album Chansons jalouses, le tout dernier de Jean-Pierre Ferland. Ce sera l'occasion de mesurer à quel point cet homme de mots et de notes apprécie le travail de ses camarades.
À tout seigneur, tout honneur, la première des dix reprises figurant sur cet encodé est Bozo. L'artiste est fier d'avoir donné une coloration country au texte de Félix Leclerc. Il aime aussi son adaptation de Si j'étais un homme, notamment son choix de s'adresser à Diane Tell, histoire de masculiniser le point de vue. Pas étonnant qu'elle ait été émue en l'entendant chanter Si j'étais ton homme.
Une autre immortelle, Ordinaire, est livrée telle quelle, contrairement à la version remaniée par Mouffe, l'auteure de ce texte, au bénéfice de Céline Dion. «Je ne veux rien dire de mal à propos de Céline, mais je n'ai changé aucun mot. Ce n'était pas nécessaire parce qu'il s'agit d'une chanson de gars», a fait observer Jean-Pierre Ferland au cours d'une entrevue accordée au Quotidien.
Chansons jalouses constitue aussi le rappel de souvenirs heureux, comme l'illustre Est-ce ainsi que les hommes vivent? , de Léo Ferré. Pendant ses quatre années passées en France, un séjour qui a pris fin sur l'air de Je reviens chez nous, le Québécois a fraternisé avec lui. Il admirait sa poésie, mais aussi le compositeur et l'arrangeur de talent.
«Je n'ai qu'une 11e année et c'est pour m'éduquer que je m'étais rendu en France. Ça m'a permis de connaître des gens comme Bécaud, Ferrat et Aznavour. J'ai aussi rencontré Brel, un soir, et il m'avait envoyé chier. Je le félicitais à la suite d'un spectacle dont j'avais assuré la première partie, à Paris, et il m'avait traité de con», rapporte Jean-Pierre Ferland en riant.
L'homme n'est pas rancunier, ce qui explique la présence de La chanson des vieux amants sur son nouvel opus, disponible depuis la fin de novembre. Elle ferme la marche avec sa seule composition à lui, La musique. «Celle-là, je l'aime parce que ma poésie y est péremptoire, analyse-t-il. Je n'ai pas eu peur d'être poète.»