Ce fut un privilège que de rencontrer le peintre René Gagnon, il y a quelques jours. Du haut de ses 90 ans, il fait revivre une époque révolue, marquée par l’apparition de personnages tels Ozias Leduc et Marc-Aurèle Fortin, sans parler de son oncle René Bergeron.

Ces témoins qui fascinent

CHRONIQUE / L’un des privilèges dont jouit un journaliste culturel tient à ses rencontres avec des artistes au long cours. Quand ils ont le goût de partager des bouts de leur passé, il se sent comme dans une machine à remonter le temps, une expérience que j’ai eu la chance de vivre en deux occasions dans les dernières semaines.

Une entrevue réalisée avec le peintre René Gagnon, maintenant âgé de 90 ans, m’a permis de l’imaginer quand il était tout jeune, aux côtés de son oncle, le galériste et critique d’art René Bergeron. Celui-ci jouissait d’une telle renommée qu’un artiste du calibre de Marc-Aurèle Fortin profitait de ses séjours dans la région pour travailler chez lui.

«J’ai aussi accompagné mon oncle au mont Saint-Hilaire, alors qu’il avait rendu visite à Ozias Leduc. À un moment donné, celui-ci s’était demandé qui incarnerait l’avenir de la peinture au Québec. Puis, il a regardé dans ma direction et m’a pointé du doigt en disant: «Peut-être que ce sera lui, la relève»», a relaté René Gagnon d’un ton amusé.

L’image fait rêver. Elle a quelque chose d’irréel, mais pendant une ou deux minutes, je l’ai vue se matérialiser sous mes yeux, un phénomène que Jean-Pierre Ferland m’a aussi permis d’expérimenter au début de décembre, lors de son passage au journal. Il était question de son nouvel album lorsque la conversation a glissé vers Félix Leclerc, fréquenté du temps où il résidait à Vaudreuil, puis à l’île d’Orléans.

«Félix m’aimait bien et de temps en temps, je téléphonais pour dire que je passerais le voir. À chaque fois, après le souper, il m’emmenait dans le grenier et me présentait ses nouvelles chansons en s’accompagnant à la guitare. Le problème est que j’étais fatigué, pas en état de porter un jugement sur ça. C’était un supplice, mais grâce à ces soirées, j’ai été le premier à entendre Notre sentier et Chanson pour mon fils», a mentionné Jean-Pierre Ferland

Une autre anecdote met en scène le grand Brassens, à l’intérieur de sa maison. «Il y avait un tableau sur lequel il créait ses chansons. Après la première ligne, il pouvait s’écouler pas mal de temps avant que la deuxième arrive. C’est pour ça qu’à un moment donné, Brassens s’est tanné d’écrire», affirme Jean-Pierre Ferland, dont la réserve de souvenirs est inépuisable.