Hélène Pedneault

Ces noms qui dérangent

Il y a quelques jours, les enfants de Marthe Asselin-Vaillancourt ont émis le voeu que la bibliothèque municipale d’Arvida porte le nom de leur mère. Ils ont invoqué sa contribution à l’avancement de la société, laquelle est indéniable, afin de justifier un tel honneur. Il serait d’autant plus apprécié que l’édifice nouvellement restauré est devenu un objet de fierté au sein de l’ancienne capitale mondiale de l’aluminium.

Si étoffé que soit leur argumentaire, cependant, l’histoire récente montre que de telles démarches sont rarement couronnées de succès, du moins à Saguenay. Dans le monde du sport, l’exemple le plus éloquent est celui du hockeyeur Pierre Pilote. Ni ses exploits avec les Blackhawks de Chicago ni sa vie sans tache n’ont pu infléchir l’administration Tremblay. Ce membre du Temple de la Renommée n’a pas été jugé digne de voir son nom se profiler sur le Palais des sports de Jonquière.

Un autre cas intrigant est celui de la salle de spectacles de l’UQAC, située à l’intérieur du Pavillon des arts. Le premier comédien à fouler cette scène a été le grand Jean-Louis Millette, qui avait brillé lors de l’interprétation en solo de la pièce de Larry Tremblay, The Dragonfly Of Chicoutimi. C’est lui qui l’avait créée, et après sa mort survenue peu de temps après son passage au Saguenay, certains ont suggéré – en vain – qu’on honore sa mémoire en donnant son nom au lieu de diffusion.

Les années ont passé, et la salle n’a toujours pas été baptisée, contrairement à l’espace qui se trouve au Centre culturel de Jonquière, près de la salle Pierrette-Gaudreault. Cette fois, l’administration municipale a entériné une proposition émanant du milieu du théâtre. Elle a accepté qu’on souligne la fidélité d’un homme, Henri-Louis Renaud, qui assistait à la plupart des spectacles offerts dans sa communauté. Ainsi est née la salle du Facteur culturel, deux ans avant le décès de l’ancien facteur en 2012.

Il aurait été approprié que les autorités fassent preuve de la même clairvoyance dans le dossier d’Hélène Pedneault, disparue en 2008. Elle qui a écrit pour le théâtre (La déposition) et la télévision (la seconde mouture de Sous le signe du lion), produit la biographie de référence consacrée à Clémence Desrochers, en plus de signer des chroniques dans de nombreuses publications, dont La vie en rose, aurait mérité qu’on perpétue sa mémoire à l’intérieur de la bibliothèque municipale de Jonquière. Un dossier a été monté. Des gens crédibles ont effectué les démarches nécessaires auprès des politiciens. Ils ne demandaient pas qu’on identifie tout le bâtiment. Juste la salle polyvalente, mais c’était encore trop. 

À croire que dans cette ville, dont l’identité demeure floue, dont même le nom continue de faire problème, le béton a préséance sur les individus, même les plus méritants