Guillaume Thibert est le directeur général du Centre d’expérimentation musicale.

CEM: trois musiques pour trois films d’animation

La bande Sonimage et le Centre d’expérimentation musicale (CEM) pilotent un projet qui n’a pas d’équivalent au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Grâce à cette initiative baptisée Dessins animés, trois musiciens de la région composent la bande sonore de trois courts métrages d’animation créés ici. Le duo Stellaire planche sur une oeuvre de la cinéaste Sonia Boudreau, Guillaume Tremblay collabore avec Alexa Tremblay-Francoeur, tandis que Charles Côté fait de même avec Anaë Bilodeau et Louis-Pierre Cossette.

Chaque film durera trois minutes et l’objectif consiste à livrer le produit fini dans les premiers mois de 2019. Un autre voeu caressé par les deux organisations consistait à mailler les compositeurs et les cinéastes le plus tôt possible dans le cadre du processus de création, ce qui fut fait. Des musiques ont vu le jour avant même que les images soient prêtes pour diffusion, souvent à partir de versions préliminaires. Ça tranche avec les expériences vécues par les musiciens dans le passé, raconte Guillaume Thibert, directeur général du CEM et membre de Stellaire en compagnie de Sara Létourneau.

« Il nous est arrivé de participer à de petites productions indépendantes qui ne disposaient pas d’un budget consacré à la musique, pour qui c’était l’affaire qu’on réglait en dernier. Cette fois-ci, par contre, nous avons été intégrés à la production dès l’étape de la scénarisation, ce que favorisait la décision de faire des courts métrages d’animation. Nous avons aussi travaillé dans de bonnes conditions, une chose rare dans ce contexte », a-t-il mentionné, il y a quelques jours, à la faveur d’une entrevue accordée au Progrès.

Directrice générale de la bande Sonimage, Claudia Chabot note que c’est la première fois que cet organisme collabore à des films d’animation et qu’il monte un projet comportant un volet musical. « Ce sont des univers qui me fascinent. Le travail que ça demande, l’animation, c’est impressionnant. Quant aux musiques, une fois les enregistrements complétés, elles seront traitées à Montréal par Christian Rivest, qui en profitera pour intégrer les sons. Le mixage se moulera au contexte des salles de cinéma », souligne-t-elle.

Une grande liberté

Appelé à décrire son expérience, l’un des compositeurs, Guillaume Tremblay, précise que le film d’Alexa Tremblay-Francoeur se déroule dans une école de musique et qu’il ne comporte aucun dialogue. « J’ai joui d’une grande liberté. Des choses ont été testées sur scène à Rimouski, puis des enregistrements ont été réalisés au CEM avec sept musiciens, dont Lori Freedman à la clarinette. Au début, c’est relax, harmonieux, ce qui reflète l’atmosphère qui règne à cette étape du court métrage. Puis, ça dérape », mentionne-t-il.

Charles Côté trace également un bilan positif de sa collaboration avec Anaë Bilodeau et Louis-Pierre Cossette. Intitulé À l’aube, le film sur lequel se poseront ses compositions est fait de petites vignettes montrant des gens qui amorcent leur journée. « J’ai préparé de courtes pièces, des segments faisant intervenir l’alto, le violoncelle et la flûte en sol. Les premières sont tranquilles, alors que les personnages se réveillent. C’est ensuite plus dynamique avant de finir sur un mantra bouddhiste inspiré par la musique balinaise », rapporte le musicien.

Ses premières propositions, qui épousaient une facture classique, n’ont pas reçu l’aval des cinéastes. Toutefois, les suivantes ont collé à leur vision, si bien que ce maillage est satisfaisant à ses yeux. « J’ai beaucoup aimé ça. C’était mon premier projet en lien avec le cinéma et ça tombait vraiment dans mes cordes », estime Charles Côté. Quant à Stellaire, c’est pour Cosmos, le film de Sonia Boudreau, qu’il a pris le chemin du studio. Comme les scènes se déploient « entre l’espace et l’eau », comme le dit Guillaume Thibert, le duo a imaginé de brèves compositions épousant un caractère ambiant, minimaliste.

« Nous avons intégré des sons de voix et des synthés, ce qui est proche de ce que fait Stellaire dans le cadre de sa démarche. Il y a aussi des moments où ça brasse un peu plus. C’était intéressant pour nous de travailler sur ce projet, puisqu’il n’y avait pas de dialogues. Ça ouvrait tout l’espace », analyse Guillaume Thibert. Il parle d’un processus de cocréation et a hâte de découvrir le court métrage en salle, tout en se réjouissant de l’expérience acquise par les musiciens associés au CEM à la faveur de ce partenariat avec la bande Sonimage.

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UN SECTEUR EN ÉCLOSION

Le désir de la bande Sonimage de lancer le projet Dessins animés témoigne de l’éclosion du cinéma d’animation au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Deux des trois courts métrages produits dans le cadre de cette initiative, ceux de Louis-Pierre Cossette et Anaë Bilodeau, ainsi que d’Alexa Tremblay-Francoeur, sont le fait de gens ayant acquis une expérience significative dans ce domaine, tandis que Sonia Boudreau mène une pratique multidisciplinaire où les arts visuels se marient au cinéma.

« Comme il existe un noyau de créateurs dans la région, ça vaut la peine de les soutenir. Nous avons d’abord invité les participants à un atelier animé par un cinéaste qui connaît bien ce créneau, Joël Vaudreuil. Il leur a donné des trucs pour faire vivre de très beaux univers, puis il y a eu la collaboration avec le Centre d’expérimentation musicale », fait remarquer la directrice générale de la bande Sonimage, Claudia Chabot. 

Elle tenait à ce que le plus grand nombre d’étapes possible se concrétisent au Saguenay–Lac-Saint-Jean et à l’exception du mixage, ce voeu a été exaucé. On la sent également fière de la célérité avec laquelle les artisans ont procédé. « Nous avons réalisé ce projet dans un laps de temps relativement bref, surtout si on compare aux pratiques qui ont court à l’Office national du film, signale Claudia Chabot. Il aura suffi d’une année pour compléter le processus de création. »

Bien sûr, la directrice générale souhaite que les trois films jouissent d’une vitrine en 2019, à l’occasion du festival REGARD sur le court métrage au Saguenay. Le mandat de la bande Sonimage ne se résume pas à cet événement, toutefois. L’organisme enraciné dans la région se donne trois ans pour leur procurer une visibilité à l’échelle internationale.

Claudia Chabot croit que l’absence de dialogues ouvrira les portes de plusieurs festivals, puisqu’elle a pour effet d’éliminer la barrière de la langue. L’expérience acquise par le centre spécialisé dans le soutien en production cinématographique constitue également un atout. Après avoir été partie prenante de 25 projets de courts métrages depuis sa fondation, il connaît bien les réseaux et sait comment aborder les différents marchés.