Comment ne pas aimer Cayouche, un artiste qui se présente sur scène sans aucun artifice, hormis une caisse de bière, et qui s’exprime avec tellement d’authenticité qu’après un quart d’heure, on a l’impression de tout connaître de lui?

Cayouche, en toute simplicité

«Des chaleurs de même, c’est pas normal. Ça fait trois jours que j’ai la poche par-dessus la cuisse.» «Si tu montres à un homme à pêcher, il va avoir du chômage tout l’hiver.» «À la T.V. l’autre jour, ils ont parlé du Viagra. Ils ont dit que si t’avais une érection qui durait quatre heures, que c’était dangereux. Moi, si ça m’arrive, j’va appeler tout le monde, pis j’va leur dire de venir voir ça.»

Ces perles de sagesse ont été égrenées vendredi soir sur la Zone portuaire de Chicoutimi. Des milliers de personnes s’étaient rassemblées devant la scène Ubisoft Saguenay-Le Quotidien afin de prendre un bain d’authenticité en compagnie de Cayouche. Fidèle à son personnage, le chanteur originaire de l’Acadie s’est installé sur sa chaise en toute simplicité, flanqué de ses deux musiciens. Ses bottes posées sur une caisse d’Alpine, la bière emblématique du Nouveau-Brunswick, il a ouvert quelques pages du livre de sa vie.

Après avoir invité les gens à oublier leurs problèmes, le temps de quelques chansons, l’homme a procédé aux présentations par l’entremise de l’un de ses succès, Pas d’icitte, pas d’ailleurs. Cet autoportrait de celui qui se définit comme un Acadien manqué (il a longtemps vécu aux États-Unis) a permis d’apprécier le jeu du trio, la guitare acoustique de Cayouche, la contrebasse de Martin Melanson et le violon de Johnny Comeau, qu’il troque parfois pour la mandoline. Ensemble, ils ont tissé une trame enlevée s’inscrivant dans la plus pure tradition du country.

Les bas de laine ont perpétué le charme en dépit du contraste entre la chaleur qui enveloppait la ville et cette phrase qui revenait sans cesse: C’est mieux d’être en bas de laine que d’être en bas de zéro. Le temps de lâcher un vigoureux «Hee-haw!» à la manière des Hillbillies et Cayouche évoquait les propriétés du Viagra, une manière comme une autre d’introduire Tu m’as flushé. La peine exprimée semblait réelle, autant que la peur de l’abandon que laisse filtrer le texte. Néanmoins, la musique était énergique, pas triste du tout.

Mais pour avoir droit à la totale, une histoire d’amour qui finit mal portée par un violon traînant, du genre à faire décoller la tapisserie, il a fallu attendre quelques minutes. «C’est là que j’ai eu le coeur brisé», a confié Cayouche avant de revivre ses années de bohême dans le Vieux Montréal, au temps de L’Auberge du Quai de l’Horloge. Les spectateurs qui venaient de chanter le refrain d’un autre classique, Au camp, se sont mis à se balancer doucement de gauche à droite. C’est tout leur corps, pas juste leurs cordes vocales, qui a exprimé l’émotion ressentie.

Pas peureux pour deux sous, le chanteur a ensuite abordé des sujets délicats, sourire en coin. Dans Fume fume, il s’est demandé pourquoi ceux qui n’aiment pas la cigarette insistent pour fréquenter les bars: «C’est toutes les non-fumeurs qui veulent de la bonne air. C’est eux qui devraient aller dehors». 

Hymne encore plus rassembleur, L’alcool au volant a été entonné par les fans avec tant de conviction qu’il a généré un moment de pure magie. Il a été couronné par des cris très forts et quelques cannettes tendues bien haut, tandis qu’une voix masculine s’est élevée dans la nuit chicoutimienne: «On t’aime, Cayouche!»

Que dire de plus, sinon que le fils le plus célèbre de Burnsville poursuivra sa tournée à Albanel, ce soir, à l’occasion du Festival de la gourgane?