Le spectacle Love Me Tender v.1 comprend plusieurs duos, dont celui-ci, qui réunit Cai Glover et Kennedy Henry. Créé dans la foulée du confinement, il peut être présenté en salle ou à l’extérieur.
Le spectacle Love Me Tender v.1 comprend plusieurs duos, dont celui-ci, qui réunit Cai Glover et Kennedy Henry. Créé dans la foulée du confinement, il peut être présenté en salle ou à l’extérieur.

Cas Public à ciel ouvert

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
Elvis comme antidote à la crise sanitaire ? La formule est un peu trop cute, mais pas totalement fausse, du moins en ce qui touche la compagnie de danse Cas Public.

Au lieu de demeurer inactive en raison de la pandémie, elle a planché sur un nouveau spectacle baptisé Love Me Tender v.1. Ça s’est fait sur Zoom, puis en présentiel, pour employer une expression à la mode. Et le 19 août, cette production amorcera sa carrière publique dans divers sites de la métropole.

« La formule est simple. C’est deux ou trois couples, en plus de quelques solistes. Pour les duos, ce n’était pas un problème, vu que les personnes vivaient ensemble. Quant aux solistes, j’ai constaté qu’en les faisant danser ensemble, on retrouvait la sensation de groupe, tout en respectant la norme des deux mètres », a expliqué la chorégraphe Hélène Blackburn au cours d’une entrevue téléphonique avec Le Progrès.

Love Me Tender v.1 porte donc en lui l’ADN de son temps, ce que reflètent également les moyens limités dont disposait la Saguenéenne. Décors inexistants. Musiques puisées dans le catalogue de la compagnie, hormis une pièce signée Martin Tétreault. Recours à des lampes de poche et des projecteurs miniatures afin d’éclairer les interprètes. Et surtout, travail en extérieur, un choix commandé par les circonstances, mais qui correspondait à un désir longtemps refoulé.

« Ça faisait des années que nous voulions créer une oeuvre présentée dehors. Or, ça ouvre aussi des possibilités dans les salles. Au printemps, par exemple, j’aimerais bien présenter cette production à Chicoutimi. À ce stade-ci, cependant, on ne peut pas trop s’avancer », nuance Hélène Blackburn.

Hélène Blackburn, chorégraphe

Son agenda a été bousculé, en effet. On ne compte plus les spectacles reportés et, bien sûr, il y a ce damné virus. Peut-être n’a-t-il pas dit son dernier mot.

Lâcher prise

C’est au retour d’une tournée en France que la chorégraphe et les danseurs ont jeté les bases de Love Me Tender v.1. « Nous avons fait contre mauvaise fortune, bon coeur, rapporte Hélène Blackburn. Après avoir été rapatriés, nous avons tenu des classes Zoom pendant cinq semaines. Puis, nous avons réalisé que ce serait long, le confinement, et nous avons souhaité faire de la création. »

Elle ajoute en riant que la connexion Zoom n’est pas toujours stable. Des fois, ça coupe. Petit à petit, cependant, des numéros ont pris forme et quand le temps est devenu clément, le travail s’est poursuivi à l’extérieur. En petits groupes, puis avec tout le monde, lorsque le gouvernement a autorisé les rassemblements de 50 personnes. Ce qui n’a pas changé, en revanche, c’est le caractère un brin sauvage de ce projet improbable.

« C’était pour garder le moral, au départ. Parce que je ne voulais pas abandonner les danseurs à leur sort, explique Hélène Blackburn. Au lieu d’être inactif pendant quatre mois, le groupe s’est mobilisé. Le sentiment d’attachement a été renforcé et de mon côté, j’ai appris à travailler autrement. Moi qui suis perfectionniste, le fait de commencer ça sur Zoom m’a incitée à lâcher prise. »

Les premières représentations données devant public, de manière non officielle, ont montré que lui aussi était mûr pour ce genre de spectacle. « Les gens ont dit que ça leur avait fait du bien de voir des danseurs se toucher. On en avait besoin plus qu’on pensait », constate la chorégraphe.

C’est d’ailleurs en songeant à cette absence de contacts, accentuée pendant la période de confinement, que le titre de la chanson Love Me Tender lui est apparu si approprié. Il exprime un désir qui a été exacerbé cette année, ainsi que l’a constaté Hélène Blackburn, le jour où elle a vu ses parents à Québec. C’était leur première rencontre depuis le début de la crise. Il était triste de ne pouvoir se toucher, même pour une excellente raison, ce qui s’est ajouté à la longue liste des choses auxquelles il a fallu renoncer, après les avoir tenues pour acquises.

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UNE SAISON À REBATIR UNE DATE À LA FOIS

Pour mesurer à quel point les activités de Cas Public ont été perturbées par la pandémie, il suffit d’examiner son agenda, de la mi-mars jusqu’à la fin de mai. Trois de ses productions, soit 9, Suites ténébreuses et Cendrillon/Not Quite Midnight, devaient tourner en France, au Portugal, en Norvège, au Mexique, au Canada et au Chili. La plupart des représentations ont été annulées, alors que d’autres pourraient être décalées.

Le choc a été rude, mais peu à peu, la compagnie retrouve ses marques. Tout en se remontant le moral en créant le spectacle Love Me Tender v.1, ses membres ont commencé à encercler des dates sur le calendrier. Fidèles d’entre les fidèles, les diffuseurs européens bâtissent la prochaine saison en leur ménageant une place. Dès cet automne, les trois spectacles traverseront l’Atlantique.

« Il y a beaucoup de travail qui s’en vient là-bas. Les salles ont recommencé à présenter des choses, notamment en France, où nous pourrions nous rendre en novembre. Il est question de passer une semaine en Provence. On ne peut pas rêver à mieux. Puis, il y aurait une tournée du pays en décembre. C’est un dossier qui avance », se réjouit la fondatrice de Cas Public, Hélène Blackburn.

L’Opéra national de Paris projette également de recevoir la compagnie en janvier, tandis que les perspectives sont moins faciles à décoder en ce qui touche la Chine. En principe, les danseurs doivent s’y pointer en novembre. Or, rien n’a été confirmé, ni pour cette période ni pour plus tard.

« Dans une année normale, nous avons une centaine de dates, dont 90 en Europe. Si nous sommes chanceux, nous nous en tirerons avec 50 ou 60, en tenant compte des reports. J’ai toutefois le sentiment que ce sera plus complexe au cours de la saison 2021-2022. Il faudra voir quel est l’état de l’économie, de quelle manière on sortira de la crise sanitaire », analyse Hélène Blackburn.

Peu importe ce qui se produira, cependant, la chorégraphe se sent d’attaque pour amorcer la prochaine tranche de sa carrière. La période de confinement l’a déstabilisée, certes, mais il en a résulté une réflexion salutaire sur son métier. « Ça m’a fait comprendre la valeur de ce que je faisais et pourquoi je le faisais. Et comme j’ai passé plus de temps à Montréal, j’en ai profité pour recharger les batteries, faire des choses pour moi. Je suis rendue avec un grand jardin », lance-t-elle d’un ton amusé.