Les gars de Carotté savent marier le trad et le punk, ainsi qu'ils l'ont démontré dans la nuit de jeudi à vendredi, dans le cadre du Festival de la chanson de Tadoussac.

Carotté à Tadoussac: comment creuser le sillon du punk et du trad

On raconte que dans les années 1970, de jeunes agriculteurs faisaient jouer du Pink Floyd dans leur étable. Il paraît que c'était bon pour les vaches, qu'elles donnaient du meilleur lait parce que leur niveau de stress diminuait à l'écoute de pièces comme «Echoes».
Les gars de Carotté savent marier le trad et le punk, ainsi qu'ils l'ont démontré dans la nuit de jeudi à vendredi, dans le cadre du Festival de la chanson de Tadoussac.
Les gars de Carotté savent marier le trad et le punk, ainsi qu'ils l'ont démontré dans la nuit de jeudi à vendredi, dans le cadre du Festival de la chanson de Tadoussac.
Aujourd'hui, il n'est pas clair que les préférences musicales des vaches aient évolué pour la peine. Par contre, celles de la nouvelle génération d'éleveurs ne se confinent plus au rock planant, ce dont témoigne le groupe Carotté, qui participe pour la première fois au Festival de la chanson de Tadoussac.
Il a subi son baptême du feu jeudi, entre minuit et 1h, et doit récidiver vendredi à 11h 50. Installés sous un chapiteau, sur le site de l'Auberge de jeunesse, ses membres n'ont pas mis de temps à prendre les airs de la maison. Dès leur apparition, des dizaines de jeunes se sont rassemblés devant la scène avec la ferme intention de perdre un certain nombre de calories.
«Ça faisait longtemps qu'on voulait venir icitte», a confié le chanteur Éric Roberge. Lui et ses cinq camarades, tous proches du milieu agricole, ont enchaîné avec une de leurs compositions, «La bière», qui est représentative de leur approche. Le ton est punk. Ça déménage autant qu'un brûlot des Pogues de la grande époque, à la différence que le trad de chez nous se substitue aux accents celtiques.
Autre détail intéressant: une formation phare du punk français, les Garçons Bouchers, a aussi composé une pièce intitulée «La bière». Or, comme eux, Carotté ne fait pas dans la dentelle. Quand Éric Roberge chante, par exemple, c'est avec la puissance d'un spécialiste du «Minuit, chrétiens» et l'intensité d'un encanteur sur le speed. Et on ne parle pas de son veston carreauté qui lui donnait l'allure d'un joueur de hockey au temps de Guy Lafleur. Une belle manière de célébrer le nom du groupe.
L'attachement aux racines est manifeste, comme dans «Veillée chez Médé», où filtre un vieil air popularisé par Muriel Millard. Idem avec «Tape la bizoune», un hommage à Oscar Thiffault livré avec juste ce qu'il fallait de drôlerie, tout en ajoutant des épices cajun dans le mix. Les jeunes se sont encore plus animés pendant qu'un joli chapeau était lancé très haut, à répétition. On a les effets spéciaux qu'on peut.
Carotté ne slamme pas idiot, cependant. Il arrive que des préoccupations sociales se glissent dans le propos, comme cette référence au pipeline qu'on veut déployer jusqu'aux Maritimes. Pour un homme comme le guitariste Médée Langlois, dont la famille cultive la même terre depuis 1667, ce genre d'idée est anathème.
Il y a aussi «Chômage», une composition inédite où les politiciens en prennent pour leur grade en raison de leur inaction. Mais la fin du spectacle approchait et le moment était bien choisi pour administrer une nouvelle dose d'humour absurde avec «Les curés et les patates».
Il commençait à faire froid, dehors, mais tous sont repartis avec les oreilles pleines et le coeur chaud. Carotté, qu'on pourra voir - ou revoir - le 28 avril, dans le cadre du Festival de la gourgane d'Albanel, venait de se faire plein de nouveaux amis.